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Catastrophisme, moralisme, identitarisme : réagir avec philosophie

Catastrophisme, moralisme, identitarisme : réagir avec philosophie. Avec Perrine Simon-Nahum

43 min
À retrouver dans l'émission

Sommes-nous trop pessimiste pour agir et écrire notre propre histoire ?

Catastrophisme, moralisme, identitarisme : réagir avec philosophie
Catastrophisme, moralisme, identitarisme : réagir avec philosophie Crédits : Andrew Merry - Getty

Le conformisme, le moralisme et la bien-pensance voilà les fléaux dénoncés par Perrine Simon-Nahum dans son ouvrage “Les déraisons modernes” (L’Observatoire). Ces derniers émergent des théories de la collapsologie ou encore la pensée identitariste, qui piègent l’humain dans son milieu, le fige dans son temps et le conditionne à subir les émotions populaires. 

Mais dénoncer les inégalités sociales et les discriminations raciales, est-ce se laisser en proie à l’émotion ? Alerter sur le réchauffement climatique, est-ce déraisonnable ?  

Perrine Simon-Nahum appelle à réagir grâce à une nouvelle philosophie qui incite les hommes à redevenir acteur de leur destin et de l’histoire. En choisissant sa voie et ses relations, l’homme est capable de se redonner confiance pour relever les enjeux écologiques et de justice sociale.

Comment trouver son indépendance dans une société qui empêche et contraint au nom de l’urgence sanitaire ? Le moralisme imposant à la responsabilité individuelle de veiller au bien collectif est-il condamnable ? Quel équilibre trouver entre individualisme, individu et société ?

Perrine Simon-Nahum est philosophe, directrice de recherches au CNRS, professeure attachée au département de philosophie de l’Ecole normale supérieure (ENS), directrice de collection aux éditions Odile Jacob. Elle publie “Les déraisons modernes” (L’Observatoire)

La pandémie, boîte de Pandore de notre pessimisme ?

Selon Perrine Simon-Nahum, si la pandémie a révélé les forces déraisonnables, ces dernières étaient déjà présentes. La crise a accentué notre incapacité à nous approprier les événements au lieu de les subir.

La crise révèle l’insuffisance de nos instruments intellectuels et politiques pour y répondre. Cette pandémie est une catastrophe mais elle est aussi une chance qui nous offre la possibilité de rebondir en se donner les moyens pour penser le présent.

On n'a jamais fait autant de progrès médicaux, grâce à l’extraordinaire créativité de nos scientifiques. L’humanité a vécu d’autres catastrophes mais jamais dans l’histoire on n’a eu autant de moyens et d'instruments pour faire face.

Le paradoxe de l'effondrement

Si la collapsologie annonce la catastrophe, elle doit toujours être démentie sinon nous ne serions plus là pour la dénoncer. Si on est dans l’effondrement, il n’y a pas de futur. Pour appuyer son propos, Perrine Simon-Nahum reprend la théorie de l'effondrement de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, auteur de "Comment tout peut s'effondrer : Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes" (Seuil, 2015)

Leur message est négatif : Servigne et Stevens annoncent la catastrophe sans dire comment l’éviter. Ils parlent un monde futur mais ne se prononcent pas sur comment il est organisé. Ils n’ont rien à offrir.

Paul Valery disait que les civilisations sont mortelles mais il donne aussi une porte de sortie : l’esprit. Toutes les civilisations ont connu des difficultés : massacre, famine, guerre. Mais nous sommes toujours là. Nous sommes tous des êtres finis, nous allons tous mourir, mais au-delà de nous, l’humanité va continuer.

Le nouveau clivage politique

Le clivage politique ne semble plus se présenter entre la gauche et la droite, mais entre le progressisme et le populisme. Pour Perrine Simon-Nahum, les populismes mettent en danger la démocratie en supprimant la médiation et à travers elle nos institutions.

La démocratie est en péril mais pas de la même manière qu’elle était menacée avec la montée du fascisme. À trop comparer le présent avec le passé, on oublie des éléments comme les réseaux sociaux, l’organisation internationale des partis d’extrême droite et la confusion des valeurs et des principes, orchestrée par ces déraisons modernes.

Raymond Aaron disait qu’il ne fallait pas confondre le prince et son conseiller. Il arrive que les dirigeants politiques prennent des décisions que la morale commune réprouverait en fonction d’un projet qu’ils ont investi et à des valeurs que nous avons en partage.

Je pense qu’il y a un épuisement des idées de la droite et une diffusion des idées de l’extrême droite. Il n’y a plus d’identité bien définie entre chaque parti. Les partis politiques sont tétanisés à l’idée de ne pas avoir l’air de prendre en compte les victimes, les souffrances de l’opinion. La politique maintenant n’est plus action mais réaction compassionnelle à ce que les politiques imaginent être l’opinion et ils l’anticipent. Il n’y a plus d’homme d’État qui s’informe, réfléchit et décide en fonction d’intérêts qui ne sont pas forcément les siens mais selon une perspective large qui est celle de la garantie de la démocratie.

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Bibliographie

Intervenants
  • philosophe, directrice de recherches au CNRS, professeure attachée au département de philosophie de l’Ecole normale supérieure (ENS), directrice de collection aux éditions Odile Jacob
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