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"Outside", le dernier court-métrage d'Etgar Keret et Inbal Pinto à retrouver sur le site de France Culture

Ce que le confinement fait à la culture, avec Etgar Keret et Aurélie Filippetti

45 min
À retrouver dans l'émission

Comment l’art et la création se déploient-ils malgré les contraintes imposées par l’épidémie ? Pour en parler, Guillaume Erner reçoit l’écrivain, scénariste et réalisateur Etgar Keret, ainsi que l'ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti.

"Outside", le dernier court-métrage d'Etgar Keret et Inbal Pinto à retrouver sur le site de France Culture
"Outside", le dernier court-métrage d'Etgar Keret et Inbal Pinto à retrouver sur le site de France Culture

Alors que la culture, l’art et la fiction relèvent notre quotidien monocorde, la matinale de France Culture reçoit ce lundi 16 novembre Etgar Keret écrivain, scénariste et réalisateur. Il est notamment l’auteur du recueil de nouvelles Incident au Fond de la Galaxie et des chroniques intimes 7 années de bonheur, publiés aux éditions de l’Olivier. Il est rejoint en deuxième partie d'émission par l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti, pour s'interroger sur la création sous contraintes. 

"Outside", le dernier film réalisé par Etgar keret avec la chorégraphe Inbal Pinto, est à retrouver sous-titré en exclusivité sur le site de France Culture. Ce court-métrage est inspiré d’une nouvelle de l'écrivain israélien écrite et publiée au début du premier confinement par le New York Times dans le cadre du "Decameron Project"

"Outside" : "un monde où quand le confinement s'arrête, les gens refusent de ressortir" (Etgar Keret)

"L'histoire derrière ce court métrage, c'est qu'à la fin du premier confinement. J'avais écrit Une histoire sur un monde où, au moment où le confinement s'arrête, les gens refusent de ressortir parce qu'ils préfèrent vivre seuls chez eux. Et la police et l'armée tentent de les faire sortir de force, de retourner dans les rues. C'est une histoire très personnelle, hyper réaliste, quasiment en dépit des éléments extrémistes qui s'y trouvent. Inbal Pinto qui est une chorégraphe internationale extraordinaire, et c'est aussi une voisine, a lu ce texte. Elle a beaucoup aimé. Et avec l'émissaire du ministère des Affaires étrangères au Japon, on a fait une conspiration. On a tenté de transformer cette nouvelle en film de genre." (Etgar Keret)

"On s'est dit qu'on pourrait faire, par exemple, une transposition de ce texte en une sorte d'Alice au pays de la Covid. Que toutes ces histoires psychologiques se transforment en quelque chose de situations naïves, simples, tristes, comme une légende des frères Grimm. Le travail sur ce film a été très étrange parce que personne ne l'a commandé, ni soutenu. Mais on a réussi à le faire en tant que groupe de personnes. (...) En fait, j'ai utilisé les meubles de l'appartement de ma mère défunte et c'est devenu le décor d'un film sur la danse. (...) Ma femme et le mari de la danseuse nous ont aidés à pousser les murs dans les séquences où les murs bougent. (...) D'une certaine manière, c'est là aussi une sorte de kibboutz de création." (Etgar Keret)

La puissance de l'imaginaire pour surmonter les épreuves

"Je crois qu'il y a dans cette situation de vide une certaine force d'inertie. Lorsque les voitures arrêtent de rouler sur la route. Et puis soudain, on entend les oiseaux, le chant des oiseaux qu'on entendait quasiment plus. (...) Pendant le confinement. On devient tous un peu artiste, on se lève le matin et on doit se recréer à nouveau. Mais après, je pense que de ce point de vue, il y a des femmes qui découvrent et des hommes aussi, peut être qui découvrent qu'ils aiment cuisiner ou faire de l'exercice physique à la maison ou s'essayer sur un instrument de musique. Pour nous, les écrivains, peut être, c'est plus facile parce qu'à chaque fois qu'on rentre dans une pièce, on peut dire "Allez aujourd'hui! Je suis pirate. Demain, je vais être astronaute". Et puis, on peut avoir une petite liberté supplémentaire grâce au statut quo autour de vous et essayer de plonger dans un autre monde." (Etgar Keret)

"Pendant la Seconde Guerre mondiale, mon père s'est caché avec ses parents dans un trou creusé dans la terre. Il y est resté plus de 600 jours. Je pense que quand mon père me parlait de cette période, c'était la première fois de ma vie que j'ai compris le besoin d'imaginaire parce que mon père m'a dit que chaque jour, quand il se levait dans ce trou, il imaginait le monde extérieur. (...)  j'ai compris quelle était cette puissance dans les pires situations. On a la possibilité de fermer les yeux et de voir un autre monde. Donc, à ce moment là, ça veut dire qu'on ne sera jamais prisonnier de cette réalité, quelle que soit sa dureté." (Etgar Keret)

"Amazon est à la diversité culturelle, ce que les néonicotinoïdes sont à la biodiversité" (Aurélie Filippetti)

"Amazon est à la diversité culturelle, ce que les néonicotinoïdes sont à la biodiversité, c'est-à-dire que c'est un énorme rouleau compresseur et une machine qui repose sur des algorithmes, sur du marketing et sur de la fraude fiscale. Disons les choses clairement : l'avantage comparatif d'Amazon repose sur le fait qu'ils ne payent pas leurs impôts dans les territoires où pourtant ils exercent une activité. Ils ne payent pas. Ils ne respectent pas. Ils ont des employés qui travaillent dans des grands entrepôts dans des conditions sociales extrêmement difficiles. Et puis, ils se sont servis du livre comme produit d'appel, en quelque sorte, mais pour vendre derrière des baskets ou des robots ménagers. Donc, ils ne font pas le même métier que des libraires. Et pourtant, ils sont en concurrence directe avec les libraires. Donc, effectivement, c'est très difficile de s'attaquer à eux." (Aurélie Filippetti)

"La culture, c'est réfléchir au sens de notre vie ensemble, de notre vie en commun. C'est produire du commun. Et au fond, quel est le sens d'une société où on ne vit que dans l'hyper consommation ? On voit bien qu'avant le confinement, on était dans une espèce de frénésie consumériste qui était en train de détruire la planète du point de vue environnemental, mais aussi d'appauvrir considérablement nos modes de relations humaines et la manière dont on vit le sens, le sens de notre propre vie." (Aurélie Filippetti)

"Il y a eu un débat aussi pour que l'on transforme les librairies en commerces essentiels. Effectivement, la société doit se poser la question : qu'est-ce qui est essentiel pour la société? Est-ce qu'on a suffisamment de gamelles, de clous, de marteaux ? Ou est-ce que la culture fait aussi partie de ce qui est nécessaire pour ce lien entre les individus ? (...) Cela revient à dire que quand il n'y a pas de confinement, le fait d'avoir la culture, c'est comme prendre des vacances, voyager. Et quand il y a un confinement à ce moment là, c'est un luxe qu'on ne peut plus se permettre. Et là, vraiment, c'est une position très problématique." (Etgar Keret)

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