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L'Oruc Reis, bateau avec lequel la Turquie effectue actuellement des recherches sismiques en Méditérannée Orientale, à Istanbul en août 2020.

Comment expliquer l'escalade en Méditerranée orientale ?

33 min
À retrouver dans l'émission

Marc Pierini, ancien ambassadeur en Turquie, et Thierry Bros, professeur associé à Sciences Po, invités de Chloë Cambreling, décryptent les enjeux géopolitiques et énergétiques en Méditerranée Orientale.

L'Oruc Reis, bateau avec lequel la Turquie effectue actuellement des recherches sismiques en Méditérannée Orientale, à Istanbul en août 2020.
L'Oruc Reis, bateau avec lequel la Turquie effectue actuellement des recherches sismiques en Méditérannée Orientale, à Istanbul en août 2020. Crédits : OZAN KOSE / AFP - AFP

En dépit des appels à la désescalade lancés en particulier par l'Union européenne, la Turquie a annoncé le 16 août 2020 qu'elle allait prolonger ses recherches de gisements gaziers en Méditerranée orientale. Un navire de forage déployé au large de Chypre depuis plusieurs mois mènera des recherches au sud-ouest de l'île jusqu'au 15 septembre, tandis que le navire turc de recherche sismique déployé la semaine dernière entre Chypre et la Crète est escorté par des bâtiments de guerre et doit poursuivre ses opérations jusqu'au 23 août. Il est donc ici question de gaz, mais aussi de vieux contentieux réactivés sur la délimitation des eaux territoriales et des zones économiques exclusives. Il est question de géostratégie, de politique intérieure, d'influence régionale, le tout dans une zone instable : sans doute ce qui fait dire à l'Union européenne que la situation est "préoccupante". 

Aujourd'hui chercheur au centre Carnegie de Bruxelles, ancien ambassadeur de l'Union européenne en Turquie, Marc Pierini nous apporte des éclairages sur cette situation, avec également Thierry Bros, professeur à Sciences Po, spécialiste des problématiques énergétiques à la Direction générale de l'énergie et du climat. 

Le contentieux sur les zones de souveraineté en mer et sur les frontières maritimes se tient en particulier entre la Grèce et la Turquie, et il n'est pas récent. 

Le litige entre Grecs et Turcs est tout à fait ancien. Il date d'ailleurs de bien avant l'arrivée au pouvoir d'Erdogan en 2003. La situation juridique aujourd'hui concerne les frontières existantes, sur la mer Égée et la Méditerranée, qui sont contestées par la Turquie. Ce pays n'étant pas signataire de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, il n'a pas de support juridique pour discuter de cette question. Marc Pierini

Dans les deux derniers mois, la Turquie a malgré tout envoyé des navires de recherche et de forage escortés par d'autres navires militaires dans des zones qui ne sont pas juridiquement sa propriété. En parallèle, le pays a passé un accord avec la Libye afin de créer une zone navigable, en échange d'accords de protection militaire. 

La technique est très simple : quand la Turquie n'aime pas les règles qui s'imposent à la communauté internationale, elle en crée d'autres. On est à l'inverse de la culture politique de l'Union européenne, ou de l'Occident en général : au lieu de se prêter à une contestation formelle et à une discussion, le pays établit par la voie juridique des réalités unilatérales nouvelles et essaye ensuite de la mettre en oeuvre par la force, avec des moyens militaires. Marc Pierini

C'est au large de l'île de Castello Riso qu'ont eu lieu les tensions récentes entre la Turquie et la Grèce. Castello Riso est une île grecque formant partie d'un archipel qui longe la côte turque à parfois moins d'un kilomètre de distance. Entre l'île de Rhodes et la République de Chypre, il n'existe que Castello Riso, située à moins de 500 mètres du rivage turc. Etant donné que le droit international confère à une île le droit à un plateau continental, la Turquie se considère comme enfermée dans une zone grecque du simple fait de la présence de l'île de Castello Riso. 

Selon Athènes, la Turquie a violé les frontières maritimes grecs en approchant ses navires militaires de Castello Riso. Ces navires accompagnent en effet d'autres qui sont à la recherche d'hydrocarbures dans cette zone précise. 

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Intervenants
  • ancien ambassadeur de l’Union Européenne en Turquie, de 2006 à 2011, chercheur à Carnegie Europe à Bruxelles.
  • Professeur à Sciences Po, spécialiste de l'énergie

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