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Affaire Pegasus : la révolution numérique de l’espionnage mondial mise à nue, avec Nicolas Arpagian et Pierre Gastineau

28 min
À retrouver dans l'émission

Depuis les révélations du projet Pegasus sur la mise à disposition de logiciels malveillants par la société NSO à des Etats autoritaires, les ripostes diplomatiques se succèdent. À l'heure où l'espionnage fait sa révolution numérique, assistons-nous à une militarisation du cyber-espace?

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. Crédits : JOEL SAGET / AFP - AFP

L'actualité est encore chaude, mais les Etats semblent déjà vouloir passer à autre chose: une semaine après les premières révélations de Forbidden Stories et Amnesty International, les accusés continuent de nier, tandis que les victimes manquent de recours. Les scandales de cybersurveillance se normalisent et sanctionnent les nouveaux modes opératoires de l'espionnage. 

Pourtant, le détournement du cyberespace à des fins politiques et militaires pose question, tant il favorise l'irresponsabilité d'agresseurs de plus en plus virulents. Entre cyber-espionnage et cyberattaques, comment réguler ces pratiques du hacking embrassées par des Etats aux objectifs troubles? Pour en discuter avec nous, les Matins accueillent Nicolas Arpagian, enseignant à l'Ecole de la Guerre Economique, auteur de La Cybersécurité aux PUF et Pierre Gastineau, rédacteur en chef d'Intelligence Online et auteur de Conversations Secrètes.

Usages et abus des cyber-technologies

Dans le sillage médiatique du scandale Pegasus, Amnesty International réclame un moratoire sur la vente et l'utilisation de logiciels espions, tandis que la chancelière allemande s'est exprimée pour de nouvelles règles à l'exportation. Le "double usage" de ces technologies complique néanmoins une réglementation efficace.

Une fois qu'on va parler de cyber-espionnage, on va parler d'une activité qui est éminemment duale, c'est-à-dire à la fois potentiellement civile et militaire. D'ailleurs, la preuve, c'est que même des internautes français peuvent en quelques secondes, avec leur moteur de recherche favori, trouver des solutions et s'équiper exactement de ce type d'équipement pour intercepter des communications géolocalisées. Nicolas Arpagian

Si de tels outils sont commercialisés dans des logiques de contrôle parental ou de sécurisation de personnes vulnérables, leurs usages réels se résument souvent à des intrusions illégitimes dans la vie privée des cibles.

Au niveau international, l'arrangement de Wassenaar sert de convention cadre pour l'exportation de cyber-armes depuis les années 1990. Cet accord n'empêche pas le regroupement de telles technologies dans des offres commerciales proposées à des agences de renseignement, qui peuvent en décupler la virulence. 

Malgré de nombreuses initiatives internationales, au niveau des Nations Unies par l'Union internationale des télécoms, ou encore à l'échelle du G7 et de l'OCDE, celles-ci n'ont jamais abouti à des règles contraignantes. Un résultat que Nicolas Arpagian explique par la posture ambiguë des Etats.

On a quand même un peu le sentiment que les Etats apprécient cet univers où ils peuvent éviter de voir leur responsabilité juridique mise en cause et de conduire des actions et s'exonérer de leurs responsabilités.Nicolas Arpagian

Tous les Etats avec des ambitions internationales disposent en réalité de capacités de cyber-espionnage. Certains pays néanmoins sont contraintes à opérer par le biais de sociétés privées :

Les pays qui développent ce système de supplétifs et de proxys, ce sont des pays qui ont des capacités dépassant leur assise diplomatique formelle. En fait, vous avez des pays comme Israël, l'Italie, ou la France où des sociétés évoluent à la marge de l'Etat et permettent ce qu'on appelle le déni plausible. Pierre Gastineau

Un enjeu de puissance internationale 

La nature secrète de l'espionnage en fait une méthode de choix pour s'arroger une longueur d'avance, même sur des alliés.

On a des alliés politiques diplomatiques ponctuels, c'est vrai. Mais au final, les Etats restent concurrents entre eux, même au sein de la famille européenne. Quand une entreprise s'installe d'un côté du Rhin, c'est madame Merkel qui est contente. Quand c'est de l'autre côté du Rhin, c'est monsieur Macron.Nicolas Arpagian

Cet intérêt diplomatique pour des informations utiles en négociations peut expliquer les agissements marocains dévoilés dans l'affaire Pegasus. 

Il faut le rappeler, le renseignement est une drogue dure. Quand vous avez pris l'habitude de collecter des données, d'avoir une vision la plus globale possible des états d'âme et des mouvements de pensée de votre interlocuteur, vous  avez du mal à y renoncer. Nicolas Arpagian

Aujourd'hui, l'intérêt pour les cyber-armes dépasse largement le domaine du renseignement à proprement parler. Elles deviennent ainsi des outils de guerre informationnelle et de disruption infrastructurelle. Les victimes de telles attaques, à l'image de la France, commencent à muscler leurs défenses, ainsi que leurs capacités de détection. 

L'attribution d'une cyberattaque ne consiste pas uniquement à remonter techniquement, c'est aussi l'accès à des écoutes qui montrent que tel pays avait bien planifié une attaque. Donc, ça devient en soi l'apanage d'une grande puissance de pouvoir dire "tel pays m'a visé sur telle attaque", très précisément. Pierre Gastineau

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