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Le Capitole à Washington

De la fin de la démocratie ? Avec Marc Lazar et Marie-Cécile Naves

43 min
À retrouver dans l'émission

Le mouvement d'intrusion dans le Capitole, qui a fait 5 morts, a choqué les pays démocratiques, tandis que les régimes autoritaires ont crié à l'hypocrisie des Etats-Unis.

Le Capitole à Washington
Le Capitole à Washington Crédits : JOE RAEDLE - AFP

L’invasion du Capitole à Washington a suscité l’émotion des pays démocratiques, tandis que les régimes autoritaires ont ironisé sur le sort des Etats-Unis. Le Président iranien Hassan Rohani, ennemi traditionnel des Etats-Unis, a déclaré que la démocratie occidentale était "fragile et vulnérable" et a mis en garde "le monde entier" contre la montée du "populisme". 

Alors, qui, pour défendre encore la démocratie ? Qui sont ces populistes qui se veulent plus démocrates que les démocrates ? Ces mouvements sont-ils le signe que les démocraties sont plus vivantes que jamais ? 

Pour en parler, nous recevons Marc Lazar, professeur des universités en histoire et sociologie politique à Sciences Po, il a a publié en 2019 “Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties”, Gallimard ainsi que Marie-Cécile Naves, politiste, directrice de recherche à l’IRIS, spécialiste des Etats-Unis et auteure de La Démocratie féministe : réinventer le pouvoir (éd. Calmann-Levy) et de Trump, la revanche de l'homme blanc (éd. Textuel).

Marc Lazar 

Ce qu'il s’est passé au Capitole nous montre une forme d’épuisement de la démocratie libérale et représentative. Même si on a vu dans le même temps la capacité de résilience des formes classiques de la démocratie, en l’occurrence du régime américain.

Jusque-là, on résumait le populisme à un style politique dont on avait du mal à apprécier la capacité d’action une fois au pouvoir. Or là, on se demande quelle est la frontière entre un régime démocratique gouverné par un populiste et les premiers signes d’un basculement vers un véritable autoritarisme.

Les populistes ont l’argument d’être des démocrates. Leur slogan consiste à dire « nous sommes le peuple », et à ce titre, ils désignent les lieux du pouvoir comme des cibles.

Marie-Cécile Naves

Une partie de l'électorat républicain est dans une guerre culturelle et refuse un certain nombre d’évolutions comme les droits des femmes et des minorités. Ce faisant, ce groupe se retranche sur lui-même et adhère à l'idée que l’Amérique est assiégée par la gauche médiatique.

Les désordres de l’information, ici l’occurrence la croyance selon laquelle l’élection américaine a été truquée, constituent une première pierre du fascisme. C’est aussi une nouvelle étape dans le rejet de l’évolution du corps électoral. 

Marc Lazar

Dans le fascisme, il y a une idéologie très structurée et une volonté d’engendrer une humanité nouvelle. Cette dimension ne me semble pas encore atteinte chez les populistes contemporains. Mais toute la question est de savoir si ces régimes sont prêts à basculer dans un totalitarisme.

La crise de Covid-19 sera déterminante à court et moyen terme. Elle le sera en France pour l’élection présentielle de 2022, puisque le bilan du Président Macron sera jugé au regard des effets des mesures prises. Et au-delà, cette crise nous interrogera sur la capacité d’action des démocraties.

Marie-Cécile Naves

Aux Etats-Unis, la défiance démocratique était là avant Trump, elle s’est aggravée avec lui et elle lui a servi à accéder au pouvoir. C’est donc un problème ancré dans le régime américain. Et pour y remédier, il ne faut pas donner de gages aux anti-démocrates ni entretenir une réalité parallèle pour séduire les électeurs, comme on a pu le voir avec le pacte passé entre les républicains et Trump.

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Intervenants
  • professeur d’histoire et de sociologie politique, directeur du Centre d’histoire de Sciences Po à Paris.
  • Politologue, spécialiste des Etats-Unis. Directrice de recherche à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) où elle dirige l’Observatoire Genre et Géopolitique.
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