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Démographie de crise, crise démographique. Avec Pierre Grosser et Hervé Le Bras

43 min
À retrouver dans l'émission

La pandémie a remis la démographie au centre du débat public. Le vieillissement de la population et la baisse de la natalité connaissent une nouvelle accélération et les gouvernements du monde entier entendent y réagir.

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. Crédits : Alexander Spatari - Getty

La démographie a le vent en poupe. Une bataille d’analyse des chiffres oppose ceux pour qui l’épidémie a des effets majeurs sur les statistiques de mortalité et d’espérance de vie et d’autres, qui se veulent plus rassurants.   

Quoiqu’il en soit, la crise sanitaire s’est traduite par une baisse de la natalité en 2020, particulièrement dans les pays développés, et pourrait encore accélérer le vieillissement de la population européenne. Des gouvernements saisissent le sujet à bras-le-corps. En Italie, les parents pourraient se voir verser une nouvelle allocation mensuelle pour enrayer la chute de la natalité. Aux États-Unis comme en France, le coronavirus a aussi favorisé des mouvements de population des villes vers les banlieues et les campagnes.   

Et ce n’est pas tout. Fin avril, le recensement américain et un article du Financial Time sur la démographie chinoise, montrent que les géants géopolitiques connaissent des bouleversements structurels. Les États-Unis enregistrent ces dix dernières années leur croissance démographique la plus faible depuis huit décennies. En cause : la baisse conjuguée de la natalité et de l’immigration. En Chine, Pékin ferait face - avec une certaine fébrilité - à une baisse de sa population inédite depuis des décennies. Les modèles de gouvernances, les politiques sociales et économiques de ces grands États pourraient être entièrement transformés à l’aune de ces données. Quelles sont les conséquences de ces changements profonds dans nos sociétés ?

Pour analyser ces phénomène, Guillaume Erner reçoit Hervé Le Bras, historien et démographe, directeur d'études à l'EHESS et Pierre Grosser spécialiste d'histoire des relations internationales et membre du centre d'histoire de Sciences Po. 

Un recul démographique prévisible et modéré 

Pour Hervé Le Bras, la chute de la natalité observée actuellement était prévisible : 

Il y a eu une baisse de la natalité, neuf mois après le début de la crise. Ce qui est étonnant, c'est qu'on ait pensé qu'il n'y aurait pas cette baisse. J'ai sous les yeux un graphique, mois par mois, de ce qui s'est passé dans le cas de crises importantes : le SARS, la grippe espagnole au Danemark, en Suisse, Ebola, l'ouragan Maria et ainsi de suite. Dans tous les cas, il y a eu une baisse, mais elle est temporaire et suivie après la crise, par ce que les démographes appellent une "récupération".  Hervé Le Bras

Mais le démographe tient à relativiser l'impact de l'épidémie du coronavirus sur les indicateurs démographiques à l'échelle mondiale : 

Le mot épidémie étant un mot dramatique, on a pensé que ça influerait beaucoup sur la croissance démographique et puis sur la structure par âge. En fait, ce sera assez modeste parce que ce n'est pas une maladie qui tue énormément. Il faut voir que les estimations sont entre 0,5 et 1,5% de décès pour les personnes atteintes, ce qui est très peu. Ebola, c'est 50%, la variole au 17ème et 18ème siècle, c'était 15%.  Hervé Le Bras

Un déclin de la natalité en Chine 

Pour le spécialiste de l'Asie, Pierre Grosser, l'épidémie a en effet accentué le déclin de la natalité chinoise. Mais cette baisse est à replacer dans un contexte historique plus général : si dans les années 1960, Mao Zedong encourageait ses ressortissants à faire des enfants, la politique de l'enfant unique à partir des années 1970, conjointe à la modernisation de la société chinoise et à la mobilité accentuée de la population, a entraîné une baisse de la natalité que la crise du coronavirus n'a fait qu'accentuer : 

On a une tendance de déclin de la fécondité chinoise, qui est finalement relativement similaire à ce que l'on voit dans les pays développés de l'Asie de l'Est. Donc, la crise - et c'est valable pour la plupart des grands enjeux internationaux - ne fait qu'accélérer ou marquer les tendances qui existaient auparavant. Pierre Grosser

Quant à savoir si la Chine s'inquiète de la baisse de sa natalité vis-à-vis de l'Inde, Pierre Grosser tient à nuancer cette idée : 

Non je ne pense pas. Ce que regardent les Chinois c'est que leur PNB est cinq fois supérieur à celui de l'Inde. Je pense que c'est ce qui compte, et non pas l'évolution de la population. On sait très bien que ce qui est important pour la projection géopolitique, c'est l'image du pays, son dynamise, ses exportations, sa modernité, etc. Pierre Grosser

Des migrations internes qui se développent

Pour Hervé Le Bras, la crise va accentuer le mouvement observé antérieurement à l'échelle européenne de déconcentration des villes au profit des zones rurales. En France, ce phénomène continue à se développer : 

En France, le repeuplement concerne d'abord le Sud de la France. Dans le cadre de ces migrations internes, le solde est négatif pour tout le Nord-Est de la France et positif pour le Sud. La fameuse diagonale du vide continue à se dépeupler. Hervé Le Bras

En Chine aussi les migrations internes sont caractérisées par un dépeuplement des zones du Nord-Est du pays au profit du Sud, c'est ce qu'explique Pierre Grosser

En Chine, traditionnellement la grande zone du communisme chinois avec son dynamisme lié à des industries lourdes, c'était le Nord-Est. Aujourd'hui, l'économie du Nord de la Chine représente environ un tiers de l'économie chinoise, alors qu'elle atteignait 45% il y a 20 ans. Désormais, c'est le Sud qui est en pleine explosion. Je crois que c'est un mouvement que l'on retrouve dans beaucoup de pays. Pierre Grosser

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Intervenants
  • Démographe, directeur d'études à l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) et chercheur émérite à l'INED (Institut national d'études démographiques)
  • historien, spécialiste des relations internationales, membre du Centre d’histoire de Sciences Po.
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