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Egalement réprimées, les femmes occupent une place centrale dans le mouvement de contestation en Biélorussie.

Biélorussie : jusqu'où peut aller la contestation ?

31 min

Manifestants, opposition, journalistes : en Biélorussie, celles et ceux qui contestent le scrutin présidentiel, dont Alexandre Loukachenko, président depuis 1991, est ressorti vainqueur à plus de 80% dimanche dernier, sont tabassés, interpellés, ou expulsés. Mais la mobilisation ne faiblit pas.

Egalement réprimées, les femmes occupent une place centrale dans le mouvement de contestation en Biélorussie.
Egalement réprimées, les femmes occupent une place centrale dans le mouvement de contestation en Biélorussie. Crédits : Sergeï Gapon - AFP

Jusqu'où peut aller le mouvement de contestation en cours en Biélorussie ? Les manifestants, qui s'opposent aux résultats des "élections" de dimanche dernier, arriveront-ils à renverser le régime autoritaire d'Alexandre Loukachenko, en poste depuis l'éclatement de l'URSS ? 

Pour Alexandra Goujon, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'Université de Bourgogne-Franche-Comté et chercheuse au Centre de recherches et d'études en droit et sciences politique, spécialiste de l'Ukraine et de la Biélorussie, la ténacité des manifestants face à la répression est surprenante.

L'ampleur de la mobilisation et le mécontentement général exprimé dans plusieurs villes avec autant de vigueur ne sont pas habituels en Biélorussie. D'ordinaire, la peur et la répression y sont efficaces : quelques centaines d'arrestations après une élection suffisent à faire taire les contestations. Mais aujourd'hui, nous avons affaire à une situation différente. Les situations se débattent, par tous les moyens. Alexandra Goujoun

La Biélorussie, souvent présentée comme la dernière dictature d'Europe, compte un peu moins de 10 millions d'habitants et a obtenu son indépendance en 1991. En 1994, Alexandre Loukachenko, élu pour la première fois, commence à y construire un pouvoir dictatorial. 

Le système autoritaire repose, comme dans d'autres pays, sur la loyauté envers le chef, une très forte personnalisation du pouvoir et l'éradication de l'opposition. Depuis le milieu des années 1990, il n'y a pas eu d'opposition au sens institutionnel du terme en Biélorussie. Les arrestations régulières d'opposants, cependant, permettent de penser l'opposition comme un mouvement clandestin. Alexandra Goujon

La stabilité selon Loukachenko

La Biélorussie est le seul pays européen à ne pas être membre du Conseil de l'Europe, notamment car dans cet Etat, la peine de mort est encore appliquée et utilisée plusieurs fois par ans. Pour tenir ce régime éloigné du respect des droits de l'homme, Alexandre Loukachenko a mis en place une politique de socialisme de marché. Peu de privatisation, de grandes entreprises publiques et beaucoup de subventions résultent sur un taux de chômage faible : le président biélorusse a mis l'accent sur l'emploi, délaissant ainsi les transformations économiques. Malgré cela, le système a duré, en particulier car la Biélorussie est aidée par son voisin russe au moyen d'aides financières et d'énergie vendue à bas prix. Une situation néanmoins perturbée par la crise sanitaire : 

Plus que l'amélioration de la situation économique, Loukachenko insiste sur la stabilité et la protection, se présentant lui-même comme le protecteur de son peuple. Cependant, il a commencé par se moquer de la crise sanitaire, et même des patients infectés par le coronavirus, ainsi que de nombreuses mesures préventives. Il n'y a eu aucune forme de confinement, les écoles sont restées ouvertes. Progressivement, la population a jugé cette gestion de la crise trop légère, ce dont il s'est défendu avant sa réélection, insistant sur son souhait de maintenir l'économie et niant l'ampleur de la crise dans son pays. Alexandra Goujon

Contestation, nouvelle génération

Dans cette société fortement contrôlée où la liberté d'entreprendre est limitée, la jeunesse souffre d'une absence de perspectives et d'un sentiment de profonde stagnation. 

Bien que les falsifications et le contrôle de la procédure électorale aient toujours existé en Biélorussie, ils sont cette fois tellement massifs qu'une obligation de défendre sa voix gagne la jeunesse. Les mêmes jeunes qui quittent leur pays pour trouver du travail en Russie ou en Pologne sont ceux qui sont maintenant dans la rue pour protester contre l'injustice. Alexandra Goujon

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Intervenants
  • maîtresse de conférences à l’université de Bourgogne, rattachée au Centre de recherche et d’étude en droit et science politique (Credespo), spécialiste de la Biélorussie
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