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Elles font l’art : une autre histoire de la création. Avec Martine Lacas, Camille Morineau et Hélène Delmaire

44 min
À retrouver dans l'émission

Elles ont marqué l’histoire mais qui connaît leur nom ? Ce matin, retour sur les artistes-femmes oubliées, aujourd'hui redécouvertes grâce notamment à deux expositions.

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Sans titre Crédits : Hélène Delmaire

“Peintres femmes”, au musée du Luxembourg ou encore “Elles font l’abstraction” au centre Pompidou : les expositions qui mettent les artistes femmes à l’honneur ont le vent en poupe. Mais cela n’a pas toujours été le cas. L’histoire de l’art les a souvent invisibilisées. Elles étaient pourtant bien présentes dans la production artistique des dix-huitième et dix-neuvième siècles, parfois vivement reconnues et à l’avant-garde de certains mouvements, avant d’être déconsidérées.

Quels mécanismes ont œuvré à cet oubli ? Aujourd’hui, comment leur redonner une place dans l’histoire ? L’art a-t-il un genre ? 

Pour en parler, nous recevons :

Martine Lacas : docteure en histoire et théorie de l’art, auteure et chercheuse indépendante, commissaire de l’exposition “Peintres femmes, 1780 - 1830. Naissance d'un combat”  jusqu'au 25 juillet 2021, au musée du Luxembourg.

Camille Morineau : conservatrice du patrimoine, directrice de l’association Aware (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions…), commissaire freelance d’exposition.  

Hélène Delmaire : artiste peintre, dont les œuvres ont servi au film “Portrait d’une jeune fille en feu” de Céline Sciamma.

Les fantômes de l'abstraction 

Camille Morineau explique que l'abstraction est une forme d'art qui existe depuis longtemps, on en retrouve par exemple dans l'art islamique. Dans l'histoire de l'art occidental, les premiers peintres a avoir travaillé l'abstraction dès le XIXe siècle ont été des femmes.

Georgiana Houghton et Hilma af Klint sont des femmes qui ont fait de l’abstraction avant tout le monde à la fin du XIXe, en se mettant en rapport avec les esprits. Elles étaient médium et voulaient représenter les esprits. Ce n'est que dix à quinze ans plus tard que Kandinski s'est intéressé à l'abstraction. Camille Morineau

La pulsion artistique est égal entre les femmes et les hommes. Mais pendant des siècles ont avait ôté aux femmes leur capacité de créativité. On a perdu beaucoup de travaux de femmes parce qu’ils n’ont pas été documenté, analysé et acheté. [...] Il y a eu des moments d’égalité dans certains pays et certaines périodes. C’est l’histoire et les musées qui les ont oubliées. Camille Morineau

Entre succès et oubli posthume

Martine Lacas rappelle cependant qu'à la fin du XVIIIe siècle les femmes peintres étaient aussi bien considérées que les hommes. Elles ont profité d'une forte visibilité de leur vivant au sein d'un monde artistique très féminin et leurs œuvres étaient achetées et collectionnées. Leur oubli n'a donc été que posthume. 

Ce qui est nouveau en 1790 c’est l’émergence d'une nouvelle catégorie de femmes qui viennent de milieux qui n’ont rien à voir avec la pratique picturale. On remarque une mixité sociale dans les ateliers. Les honnêtes pères de famille n’hésitaient pas à réunir le nécessaire pour envoyer leur fille dans des ateliers réputés. Martine Lacas

Existe-t-il un art féminin ? 

Camille Morineau précise que certains supports ont été privilégiés par les artistes femmes au XXième siècle. La photographie, par exemple, est une technique qui a été très utilisée par les femmes, notamment les photographies abstraites.

Il y a aussi une grande présence de la danse et du théâtre, les femmes sont plus libres d’utiliser les arts appliqués en faisant des costumes et des décors de théâtre. Elles se restreignent moins, comme Sonia Delaunay, beaucoup de femmes ont évolué entre l’art et l’art appliqué. Les femmes ont aussi beaucoup plus utilisé le textile, notamment à l’école de Bauhaus, elles y ont développé les formes qu’elles voulaient dont l'abstraction textile.  Camille Morineau 

Je suis une femme qui peint des femmes mais pas que. Ce n’est pas quelque chose que j’ai développé consciemment. Quand on créé on suit une pulsion, ce n’est pas rationnel à l’origine. aujourd’hui je réalise que je créé avec un croisement d’éléments qu’on peut qualifier de féminin : le pastel, les couleurs douces, …  que je confronte à quelque chose de plus violent pour faire un clash libérateur. Hélène Delmaire

A propos du female gaze - ou regard féminin - concept que l'on applique plus particulièrement pour analyser le cinéma, l'artiste peintre Hélène Delmaire se défend d'une volonté revendicatrice.

Cette idée de female gaze n’est pas quelque chose que j’ai eu en tête quand j’ai commencé à peindre et encore aujourd’hui, mais on me l’a beaucoup fait remarquer, tant au niveau institutionnel que celui du public. On créé à partir de ce qu’on vit et même si je suis aussi le produit d’un contexte socio-culturel et d’une éducation. Je pense qu’il y a autant de female gaze que de femmes. Hélène Delmaire

Être femme et artiste

Les trois invitées s'accordent sur la nécessité de rendre une forme de visibilité aux artistes femmes mais regrettent cette catégorisation au sein du domaine artistique. 

Les femmes faisant l’abstraction se sont posé la question de la revendication féministe. Il y a des peintres féministes qui ont fait de l’abstraction féministe en peignant par terre par exemple, avec des matériaux trouvés dans des poubelles, pauvres, qui vont remettre en question les matériaux habituels et ainsi se positionner dans une forme d’activisme. Camille Morineau 

Il y a des femmes qui récupèrent ces questions pour inspirer leur art mais il y a aussi des femmes qui créent sans avoir envie de parler de féminisme. Aujourd’hui, on a besoin de donner de la visibilité aux femmes mais j’espère qu’après on ne sera plus obligée d’être dans la case femme comme une niche. Hélène Delmaire

Le grand perdant dans ces catégorisations de plus en plus étroites c’est le renoncement à l’affrontement de la peinture. Je rêve qu’on puisse parler d’une artiste femme en utilisant des catégories multiples. Mais on a l'impression que ce moment ne vient jamais, on est toujours dans l’introduction et la mise en contexte. Ça relance les femmes dans cette catégorie du féminin ce qui est très dangereux et qui donne l’effet contraire de celui escompté. Martine Lacas

Les expositions citées dans l'émission

Peintres femmes, 1780-1830 : naissance d'un combat au Musée du Luxembourg jusqu'au 23 juillet

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Elles font l'abstraction, au Centre Pompidou, jusqu'au 23 août 

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Intervenants
  • Docteure en histoire et théorie de l’art, commissaire de l’exposition “Peintres femmes, 1780 - 1830. Naissance d'un combat”.
  • Conservatrice du patrimoine, directrice de l’association Aware (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions…), commissaire freelance d’exposition.
  • Artiste peintre, dont les œuvres ont servi au film “Portrait d’une jeune fille en feu” de Céline Sciamma.
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