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Supporters de Donald Trump devant le Capitole le 6 janvier

États-Unis : l’impossible passation de pouvoir ? Avec Romain Huret et Hubert Védrine

42 min
À retrouver dans l'émission

Les partisans de Donald Trump ont envahi le Capitole, à Washington. Face à cette crise, les institutions américaines sont-elles assez résistantes ?

Supporters de Donald Trump devant le Capitole le 6 janvier
Supporters de Donald Trump devant le Capitole le 6 janvier Crédits : ANDREW CABALLERO-REYNOLDS - AFP

Ce mercredi, des milliers de partisans de Donald Trump ont conflué dans le centre de Washington, la capitale administrative du pays, pour une démonstration de force, revendiquant une élection «volée». Comment qualifier cet événement ? Une ligne rouge a-t-elle été dépassée ? Comment cela rebat-il les cartes de la passation des pouvoirs ? 

Nous recevons en première partie Romain Huret, Historien des Etats-Unis, directeur d’études à l’EHESS. Il sera rejoint par Hubert Védrine, diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand.

Romain Huret :

Je ne suis pas surpris par ce qu'il s’est passé hier. Cette pensée antidémocratique, cette défense de valeurs blanches, éternelles… C’est l’image d’une Amérique des pères fondateurs qui a aujourd’hui disparu. Et une grande partie de la population ne l’accepte pas. Trump incarne de manière brutale l’ensemble de ces dispositifs intellectuels qui étaient en germe dans l’Amérique depuis 50 ans.

Les personnes que l’on a vues hier demeureront Trumpistes au-delà de Trump. C’est un mouvement qui ne disparaîtra pas, il transcende les élus qui l’incarnent aujourd’hui.

« Trump transgresse depuis 4 ans toutes les règles de la démocratie américaine. »

Il me semble peu probable que Trump soit révoqué par une procédure d’impeachment.  Il reste peu de temps. L'enjeu aujourd'hui, plus qu'une destitution, c'est la transition. 

Le terme de coup d’Etat me semble trop fort pour désigner ce qu'il s’est passé hier. Si tel avait été le cas, Biden serait en prison. C’était toutefois une véritable occupation symbolique du cœur de la démocratie américaine.

« Deux mots résument cet évènement contestataire : militarisation et brutalisation. » 

Je pensais hier en voyant les images à des lettres échangées par des conservateurs dans les années 1960, et qui disaient qu’ils se prenaient pour des trotskystes de droite. On pouvait y lire leur intention de prendre le pouvoir à Washington. C’était à l’époque une minorité agissante, et dans leur esprit cette prise de pouvoir devait être démocratique. Aujourd’hui on constate que non seulement ils ont pris le pouvoir, mais ils le veulent plus le perdre. Ils n’acceptent plus le jeu démocratique de l’élection.

Hubert Védrine :

Quelle que soit la suite jusqu’à l’arrivée de Biden, c’est une tâche qui ne s’effacera pas. Pour le reste du monde, l’Amérique était l’incarnation d’un idéal démocratique avec ses institutions, sa Constitution, son culte symbolisé par le Capitole… Même si le système reprend le dessus, l’évènement aura eu lieu. 

Le seul point commun avec les Gilets jaunes, c’est le rejet de la démocratie représentative. C’est un phénomène général qu'on aurait tort d’attribuer à la personnalité de Trump. Beaucoup d'observateurs considèrent que sans la pandémie, il aurait été réélu. Il a obtenu tout de même 74 millions de voix en 2020, et il a conquis plus de voix chez les électeurs afro-américains qu'en 2016.

« C’est moins la contestation complotiste que sa dimension qui est nouvelle. »

Beaucoup de pays en profiteront pour signifier à l’Occident que son monopole est terminé. Parce qu'il y a pire que le comportement de Trump : il y a cet Occident donneur de leçon, et ces mécanismes nouveaux comme les sanctions extraterritoriales américaines. C’est une façon brutale d’imposer les intérêts américains aux autres pays, y compris les alliés Européens. 

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Intervenants
  • historien, directeur d'études à l'EHESS, spécialiste des inégalités et de la pauvreté aux États-Unis.
  • diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand
L'équipe
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