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Euthanasie, le dernier choix.

Euthanasie : le dernier choix. Avec Jean-Louis Touraine et Michèle Lévy-Soussan

42 min
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Demain un projet de loi visant à légaliser l’euthanasie active sera discutée à l’Assemblée nationale ouvrant à nouveau le débat sur la définition de l’euthanasie et son application. Quelle différence entre euthanasie active et passive ? Quelle est la législation actuelle en France ?

Euthanasie, le dernier choix.
Euthanasie, le dernier choix. Crédits : Boris Zhitkov - Getty

Le 8 avril 2021, les députés de l’Assemblée nationale débattront de la proposition de loi « visant à garantir et renforcer les droits des personnes en fin de vie » qui souhaite légaliser l'euthanasie active, c’est à dire réalisée par une injection létale délivrée par un médecin. 

Aujourd’hui en France, et depuis la loi Claeys-Leonetti de 2016, l’euthanasie passive est autorisée, c’est-à-dire la sédation profonde et continue d’un patient dont le pronostic vital est engagé à court terme. 

Mal connue, mal appliquée et surtout mal financée, la loi Claeys-Leonetti serait alors substituée par ce nouveau projet de loi discuté à l’Assemblée nationale allant plus loin dans la législation sur l’euthanasie. 

Pourquoi, cinq ans après son vote, la loi Claeys-Leonetti de 2016 est-elle si limitée ? Quels changements l'implication du médecin dans l’euthanasie impliquerait-elle sur le plan éthique ? 

Pour en parler, Jean-Louis Touraine, député du Rhône (LREM) et professeur émérite de médecine est notre invité. Il est également Président du groupe d’études fin de vie à l’Assemblée nationale, et a publié Donner la vie, choisir sa mort. Pour une bioéthique de la liberté aux éditions Érès en 2019. Il sera rejoint par Michèle Lévy-Soussan, médecin responsable de l’unité mobile d’accompagnement, co-animatrice de la cellule de support éthique, sur le groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière – Sorbonne Université.

L'euthanasie aujourd'hui en France

Comment se passe une euthanasie active ?

Le malade demande à pouvoir être dispensé d’agonie parce qu’il considère que ses souffrances physiques et psychiques ne sont pas supportables. Il demande alors à une équipe médicale et ils prennent une décision ensemble. Dans la meilleure des sérénités, il pourra obtenir un produit qui cesserait le fonctionnement de ses organes. Jean-Louis Touraine

Dans le serment d'Hippocrate, auquel se réfèrent les médecins, il est indiqué : "Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément."

Le serment d’Hippocrate date d’il y a 2500 ans et comporte beaucoup de choses qui ne s’appliquent pas aux temps modernes. Il n’y a pas de médecine curative, pas non plus le droit de faire une interruption volontaire de grossesse ou d’être payé pour enseigner. Aujourd’hui les enseignants sont payés et les gynécologues acceptent de pratiquer des IVG. Jean-Louis Touraine

Ce qui est urgent aujourd’hui c’est d’accompagner des malades face à l’agonie. C’est un progrès humanitaire. Comment refuser d’humaniser l’agonie ? Jean-Louis Touraine

Comment légiférer sur la santé ?

Quelques 3000 amendements, dont 2300 venant de députés LR, ont été déposés sur le texte proposé par Jean-Louis Touraine. Pourquoi tant d’amendements face à cette loi, si elle est "humaniste" ?

Les quelques rares opposants utilisent des moyens peu démocratiques en cherchant à bloquer la majorité. Faire un amendement est un droit total pour un député mais en faire 500 chacun pour freiner une loi portée par une grande majorité ce n’est pas démocratique. Il faut savoir que plus des deux tiers des députés ont voté en commission pour cette loi. Jean-Louis Touraine

Pour Michèle Lévy-Soussan, les lois, très rarement appliquées, ne permettent pas de répondre aux besoins personnels des patients.

Je suis médecin depuis 25 ans et j’ai vu passer beaucoup de lois sur ces questions sensibles, mais on ne soigne pas avec des lois. Trop souvent, j’entends des médecins dire que la demande d’un patient n’est pas dans les clous de loi alors que celui-ci crie sa détresse. Michèle Lévy-Soussan

On soigne en tendant l’oreille avec amour, à la voix d’un patient et à son histoire. On soigne avec une proposition médicale mais aussi ses alternatives avec les doutes et incertitudes liées à la médecine. La question du juste soin est une question de culture qui ne peut pas trouver de réponses dans les lois. Michèle Lévy-Soussan

La place du médecin dans la souffrance d'un patient

La proposition de loi de Jean-Louis Touraine comprend une clause de conscience pour les médecins refusant de pratiquer une euthanasie active.

On dialogue autant avec les malades et leurs proches qu’avec les équipes. On soigne aussi avec nos fantômes, ceux qu’on a accompagnés. On cherche à réparer. Le médecin est un professionnel de santé mais aussi sujet d’histoire avec ses croyances et convictions. Michèle Lévy-Soussan

La question de la collégialité est quotidienne. Dans le contexte de la crise Covid on est beaucoup plus souvent appelé par des jeunes médecins qui partagent leurs doutes, font vivre cette collégialité avec un tiers. La voix des proches d'un patient ne doit pas être piégée dans une seule oreille qui ne serait pas en accord avec ses croyances. Michèle Lévy-Soussan

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Intervenants
  • député du Rhône (LREM), professeur de médecine
  • médecin responsable de l’unité mobile d’accompagnement et de soins palliatifs, co-animatrice de la cellule de support éthique, sur le groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière – Sorbonne Université.
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