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Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, à Poitiers le 23 février 2021.

Frédérique Vidal : "Je n'ai qu'une boussole : faire en sorte que la liberté académique soit préservée"

19 min
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Depuis ses propos sur l'"islamo-gauchisme", la ministre de l'Enseignement supérieur est sous le feu des critiques. Cette membre du gouvernement jusqu'ici discrète, est même accusée d'être trop peu présente pour gérer le dossier de la précarité étudiante en pleine pandémie.

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, à Poitiers le 23 février 2021.
Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, à Poitiers le 23 février 2021. Crédits : GUILLAUME SOUVANT - AFP

La ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de lʼInnovation, peu connue du grand public jusqu'à présent, a provoqué un tollé en évoquant, dimanche 14 février sur la chaîne de télévision CNews, l'"islamo-gauchisme" qui "gangrène", selon elle, "la société dans son ensemble" et l'université en particulier.

Regrettez-vous vos propos ?

Non, je ne regrette pas mes propos, parce que je sais qui je suis, et je sais pourquoi ils ont été tenus. Et je sais que l'immense majorité de mes collègues savent aussi pourquoi ils ont été tenus. Ensuite, les polémiques, les procès d'intention, les attaques… Alors ça fait partie de ce que j'ai accepté en devenant une femme politique publique.

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Je n'ai qu'une boussole, c'est faire en sorte que la liberté académique soit préservée dans les établissements d'enseignement supérieur. 

Où est-elle menacée ? 

Cette liberté académique, elle est menacée à partir du moment où l'on interdit des colloques, où l'on interdit à des collègues de s'exprimer.

De quels colloques parlez-vous ? 

Il y en a eu de multiples. L'empêchement de Mme Agacinski, que l'on ne puisse pas accueillir un ancien président de la République du fait qu'il y ait envahissement par des groupuscules parfois extérieurs à l'université. 

Ces empêchements ont-ils été organisés au nom de "l'islamo-gauchisme" ?

Au nom d'une pensée unique, c'est-à-dire on n'a pas le droit aujourd'hui, (en tout cas, c'est ce qui semble être rapporté par ces faits et c'est ce que je veux objectiver), de porter des regards différents sur des sujets comme les études post-coloniales, la décolonisation, la racialisation, etc.  

En tant que ministre de la Recherche, je veux avoir un état des lieux de ce qui se fait aujourd'hui en termes de recherche sur un certain nombre de sujets que les chercheurs eux-mêmes vont proposer de manière à ce que l'on puisse vérifier qu'il y ait pluralité d'idées aujourd'hui dans les universités.

Et si le résultat ne vous satisfait pas, que ferez-vous ? 

Cela voudra dire qu'il faudra qu'on finance probablement mieux les recherches de manière à ce qu'on puisse avoir ce débat contradictoire. L'objectif, c'est de vérifier que toutes les recherches sur tous les sujets et sur tous les courants de pensée soient correctement financées. (...) J'ai porté une loi pour la recherche qui lutte contre la paupérisation de la recherche, avec une augmentation de 10 % de tous les financements de base des laboratoires, jusqu'à 25 %d'augmentation de ces financements dans les deux prochaines années. C'est ce qui permet aussi à tous les courants d'être financés. A partir du moment où l'on a paupérisation de la recherche, à partir du moment où on a moins de moyens on voit qu'il y a parfois concentration sur certains courants qui sont plus, j'allais dire, à la mode. On a eu le même sujet avec les sciences économiques, les sciences économiques orthodoxes et hétérodoxes. On m'a même demandé pendant la loi de programmation de la recherche de créer une nouvelle section CNU consacrée à une partie des sciences économiques. Il me semble qu'on ne doit pas partitionner les choses. On doit garder des disciplines et au sein des disciplines, on doit garder la capacité à porter tous les courants de pensées.

Madame la Ministre, vous êtes aussi une chercheuse. Vous savez bien que ce sont généralement les pairs qui jugent de cela, qui décident des études, des recherches et qui aussi les évaluent. Ça n'est pas au ministère, a priori, de le faire. 

Mais je n'ai jamais parlé d'évaluer quoi que ce soit. Une enquête, ça revient à faire de la biblio. Cela revient à regarder quels sont les sujets de recherche qui sont les plus financés, qui sont les plus présents dans les laboratoires et de regarder comment est ce que l'on fait pour que les sciences humaines et sociales, aujourd'hui, retrouvent toute leur place dans notre société parce qu'elles sont absolument essentielles. Quand je rajoute 700 contrats doctoraux, parce que dans les sciences humaines et sociales, il n'y a que 40 % des doctorants financés, je donne la possibilité aux jeunes qui souhaitent s'engager dans des doctorants et aux professeurs et aux chercheurs qui vont les encadrer de pouvoir financer des thèses sur tous les sujets.

Parmi les critiques adressées à vos propos, Madame la Ministre, il y a l'idée qu'aujourd'hui, il y a une grande détresse des étudiants et que ce serait une manière d'allumer un contre-feu. Que faites-vous pour venir en aide à ces étudiants qui, aujourd'hui, sont dans la détresse ?

Ça aussi, je l'ai toujours dit et je crois que l'ensemble des chefs d'établissement peuvent en témoigner. Je me bats tous les jours pour les étudiants. Je me bats tous les jours pour qu'ils puissent revenir en cours. Ils y sont en réalité. C'est chaque étudiant pour l'équivalent d'une journée par semaine. Une journée par semaine, on le sait bien, ça peut être beaucoup plus que 20 % d'un programme. Leur permettre de revenir sur l'équivalent d'une journée par semaine, c'est leur permettre de retrouver le lien, de retrouver leurs professeurs, de retrouver les autres étudiants. C'est leur permettre de reprendre une vie universitaire avec non seulement la capacité à recevoir des enseignements en présentiel, mais aussi la capacité à nouer du lien.

Intervenants
  • ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation
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