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Le prix Goncourt 2020, retardé pour cause de confinement, sera décerné lundi 30 novembre.

Goncourt 2020 : dernière ligne droite avec les écrivains Maël Renouard, Camille de Toledo, Djaïli Amadou Amal et Hervé Le Tellier

39 min
À retrouver dans l'émission

Reporté pour cause de confinement, le prix Goncourt sera finalement remis lundi 30 novembre prochain. En attendant la décision du jury, la matinale de France Culture reçoit les quatre finalistes de cette sélection 2020 : Maël Renouard, Camille de Toledo, Djaïli Amadou Amal et Hervé Le Tellier.

Le prix Goncourt 2020, retardé pour cause de confinement, sera décerné lundi 30 novembre.
Le prix Goncourt 2020, retardé pour cause de confinement, sera décerné lundi 30 novembre.

C’est la dernière ligne droite pour le plus prestigieux des prix littéraires. Lundi prochain, nous connaîtrons l’heureux ou l’heureuse élu(e) du Goncourt 2020. Une édition un peu spéciale en cette année confinée, la remise du prix ayant été retardée en soutien aux librairies fermées. 

Pour en parler, Guillaume Erner reçoit les quatre finalistes de la sélection 2020 : Camille de Toledo, auteur de Thésée, sa vie nouvelle, publié aux éditions Verdier depuis Berlin, ainsi que Maël Renouard, en studio, auteur de L’Historiographe du Royaume chez Grasset. En deuxième partie, Les Matins de France Culture recevrons leurs deux autres camarades en lice : Djaïli Amadou Amal, auteure du roman d'autofiction Les impatientes, paru aux éditions Emmanuelle Collas, ainsi qu’Hervé Le Tellier qui signe l’anomalie chez Gallimard. 

Maël Renouard, auteur de L’Historiographe du Royaume, éditions Grasset

"Je suis allé au Maroc après la publication du livre. J'étais invité à Casablanca début octobre, mais quand j'ai écrit le livre, je n'étais pas allé au Maroc. (…)Ensuite, il y avait des contraintes de temps et il fallait terminer le livre. Et le fait d'aller au Maroc à la fin de l'écriture aurait probablement retardé l'achèvement du livre, qui a déjà été très long, à vrai dire. Par ailleurs, j'avais aussi remarqué que le Maroc actuel a beaucoup changé par rapport à celui des années 50, 60, qui est le Maroc décrit dans le livre."

"Le coup d'Etat manqué de 1971 a eu lieu le jour-même de l'anniversaire du roi. Il y avait une grande garden-party dans un palais au bord de la mer, avec beaucoup d'invités, beaucoup de Français (...). J'ai connu des gens qui étaient parmi les invités et qui ont vu cet événement. Plusieurs centaines de soldats venus d'une école de sous-officiers sont arrivés pour investir le palais et prendre en otage les invités, et pour tenter de renverser le roi qui s'était réfugié dans les toilettes de son palais avec un petit groupe autour de lui. C'est une histoire absolument rocambolesque, car pendant tout l'après-midi, le roi est enfermé. Les mutins partent à Rabat, annoncer la victoire de la Nouvelle République à la radio. Et pendant ce temps-là, le roi sort, rencontrent les soldats qui lui disent "Majesté, nous sommes venus pour vous sauver". Ce qui s'est passé, apparemment, c'est que ces soldats avaient été entraînés dans le coup d'Etat en leur expliquant qu'ils allaient sauver le roi des mauvais conseillers. Parce qu'évidemment, tous ces jeunes soldats n'auraient pas accepté de participer à un coup d'État." 

Sur son expérience de plume de François Fillon, en 2009 à Matignon : 

"L’idée d'inventer un personnage dans l'entourage du roi est née après cette expérience. Mais ensuite, dans le détail, il y a très peu de tentatives de transposition. Ce n'est pas du tout des Lettres persanes. Ce n'est pas un récit qui parle de la France à partir d'un regard décentré. En tout cas, pas dans mon esprit. En revanche, ce qui m’avait frappé, c'est qu'en lisant des livres sur les historiographes en France à l'époque de Louis XIV, Louis XV, j'avais remarqué notamment la figure de Paul Pellisson, qui apparaît à un moment dans le livre, qui a été d'abord une sorte de conseiller culturel du surintendant des Finances Nicolas Fouquet, qui a été jeté à la Bastille en 1761, puis sorti de la Bastille par Louis XIV d’un coup, qui en fait son historiographe. Quelque chose qui arrive un peu à mon personnage d'ailleurs, et j'avais lu que Pellisson a été en quelque sorte sous le titre d'historiographe du roi. La plume de Louis XIV."

Camille de Toledo, auteur de Thésée, sa vie nouvelle, éditions Verdier

"J'ai commencé cette interrogation sur ce que je nomme dans ce livre-là la matière humaine, mais qui est une interrogation à partir des blessures de ce qui nous arrive et essayer de voir comment ces blessures peuvent être liées à des blessures du temps long, d'un très long temps de l'Histoire. Et comme je suis non pas, disons, biographe ou autobiographe, mais écrivain, je déplace et j'accomplis un certain nombre d'opérations pour bien ouvrir cette histoire, celle qui m'a toujours préoccupé, à savoir qu'est-ce que c'est que ce que l'on entend par cette Europe ? De quoi est-elle faite ? Comment est-elle tramée par des mémoires qui ont cette forme d'inertie, qui continuent de travailler, d'inventer le présent ?" 

"L’extermination des Juifs d'Europe est assez peu présente dans le livre, mais c'est vrai qu’elle hante, mais au fond, le livre traverse d'autres formes de violence de l'histoire. Il remonte jusqu'à la Première Guerre mondiale, jusqu'au front. Il traverse différentes histoires d'exil avec deux frères qui partent de l'Empire ottoman. Le livre, en fait est aussi un miroir entre l'histoire de deux frères qui quittent l'Empire ottoman pour une vie française, une vie européenne, une vie moderne au début du XXe siècle et en miroir on retrouve deux frères, Jérôme et Thésée, à la fin du vingtième siècle, vivant après l'effondrement du mythe des Trente Glorieuses, où il y a à la fois la tragédie familiale et la tragédie collective." 

"Je crois que ce qui me ce qui m'intéresse depuis de longues années en fait, déjà avec un essai sur la tristesse européenne en 2009, « Le hêtre et le bouleau », c'est de comprendre en fait ce que l'on entend par les âges mémoriels, comment la mémoire continue de travailler dans les corps. Et donc, là je le fais pour la première fois en embrassant, en utilisant des matériaux biographiques, mes boulets pour les rendre dans une fiction en lien avec l'Histoire et essayer de voir ce qui, dans le temps long, fait la bascule entre la première moitié du XXe siècle et une qui est en fait un temps historique."

Djaïli Amadou Amal, auteure du roman d'autofiction Les impatientes, éditions Emmanuelle Collas

"Je voulais écrire un roman sur les violences faites aux femmes sous plusieurs formes : le mariage précoce et forcé sans violence, la polygamie violente, les violences conjugales, les violences physiques, les violences psychologiques. (…) Mais comment parler de toutes ces violences-là en allant sur un seul personnage ? Et quel est le mot clé pour pouvoir parler de toutes ces violences ? Alors pour moi, c'était le mot « Munyal » qui signifie la patience. La patience est d'abord l'une des valeurs fondamentales de la culture peule. Je rappelle ici que les Peuls se trouvent quand même dans 22 pays en Afrique. Donc, cette histoire aurait très bien pu se passer au Sénégal, au Mali, au Burkina, au Soudan, bref, dans 22 pays... L'histoire aurait aussi bien pu se passer dans un milieu musulman ou animiste, car la condition des femmes au Sahel est la même partout. Et évidemment, quand on parle de violences faites aux femmes, c'est un sujet universel."

"Il faut toujours rappeler que les violences faites aux femmes sont généralement perpétrées par les femmes elles-mêmes. Et c'est pour cela que c'est important d'en parler pour faire prendre conscience, justement, aux uns et aux autres leur part de responsabilité dans ce qui se passe. Je voulais parler du mariage précoce et forcé parce qu'elle reste quand même la violence la plus pernicieuse qui soit, parce qu'elle entraîne automatiquement toutes les autres formes de violence. C'est-à-dire qu'une femme ou une jeune fille mariée précocement ne continuera pas ses études, n'apprendra pas un métier. Elle restera dépendante financièrement toute sa vie et donc automatiquement, elle entraîne le viol conjugal, les violences physiques, psychologiques et les violences économiques, esthétiques, etc..."

"Ce n'est pas un récit autobiographique, c'est un roman, une fiction inspirée de faits authentiques, des faits réels, mais qui ne me sont pas arrivés personnellement. Évidemment, j'ai subi deux mariages précoces et forcés, puisque je me suis mariée à l'âge de 17 ans à un homme qui en avait 50. J'en ai beaucoup souffert et j'ai utilisé ma plume pour m'en sortir. C'est mon troisième roman et il n'est pas du tout autobiographique. Mais évidemment, à chaque fois que j'évoque le sujet du mariage précoce et forcé, de la polygamie, du viol conjugal, il y a toujours une partie de moi."

"Je peux dire que la littérature m'a carrément sauvé la vie. D'abord, la lecture. Quand on m'offrait un livre, c'était le seul moment où j'étais heureuse parce que je pouvais être n'importe où dans la peau de n'importe quel personnage, sauf là où j'étais réellement mariée à 17 ans, à un puissant qui était le maire de la ville, qui avait cinq autres épouses, des enfants qui étaient plus âgés que moi. C'était une période très, très, très difficile pour moi et je suis passée par toutes les phases de dépression, de la fugue jusqu'aux tentatives de suicide, etc... Et à un moment, il fallait absolument me confier à quelqu'un. Mais puisque tout le monde subissait la même chose, on m'aurait dit tout simplement  que j'étais en vie, dans un milieu quand même assez aisé et donc que je ne devrais absolument pas me plaindre. J'ai commencé à écrire d'abord pour moi, c'était une sorte d'exutoire, de thérapie. J'ai écrit mon autobiographie que je n'ai jamais publiée jusqu'à présent."

Hervé Le Tellier , auteur de l’anomalie, éditions Gallimard

"Parfois, on a beaucoup de choses à dire et un seul personnage ne suffit pas et on a envie de voir beaucoup de personnages. En l'occurrence, j'avais un sujet qui me passionnait, qui avait trait à la confrontation à soi. Donc, j'avais effectivement le choix de couvrir l'intégralité des âges, l'intégralité des gens, l'intégralité des sexualités, l'intégralité des couleurs de peau, de manière à montrer à chaque fois comment chacun, individuellement, par rapport à son propre vécu, pouvait réagir face à une situation inattendue, voire exceptionnelle, auquel il serait confronté."

"Et tous ces personnages, en plus, me permettaient de traiter une chose qui allait de pair pour moi, qui était la question du genre en littérature, c'est-à-dire quand j'avais un personnage commun comme un tueur, je voulais un roman noir, quand j'avais deux jeunes mathématiciens qui tombent amoureux l'un de l'autre, je voulais un roman de ce qu'on appelle la "chick lit", à savoir de la littérature pour jeunes dames. Et puis, quand j'avais un roman d'introspection, je voulais un auteur qui soit dans la littérature dite blanche. Donc je pouvais ainsi adopter pour mon lecteur différents types de formes."

"Je voulais que mes personnages s'incarnent de manière assez forte, que tous soient dans des métiers très différents les uns des autres. Ça allait de l'architecte en passant par la monteuse de cinéma. Le tueur à gages était un métier un peu à part, mais quand même, quand on le fait bien....et l'avocate et le musicien. Et à chaque fois, je voulais le documenter parce qu'il me semblait que le personnage prenait du réel, s'incarnait et de manière beaucoup plus forte lorsque chacun de ces métiers était très documenté. Donc, j'avais ce travail simultané qui m'intéresse énormément, qui est de toujours construire une architecture autour du personnage pour que cette architecture vis-à-vis du lecteur lui permette d'être plus dense et quasiment immédiat, ce qui permettait d'avoir ce qu'on peut presque dire des stéréotypes. Parce qu'au fond, chaque personnage est un stéréotype."

"Ce qui m'intéressait avec le personnage de Victor Miesel, qui est écrivain, c'est qu'il pouvait avoir une écriture très différente de la mienne et publier un livre qui s'appelle "l'anomalie", qui n'a absolument rien à voir avec le livre qui s'intitule "L'anomalie" chez Gallimard. Ce livre intérieure au livre est un livre extrêmement blanc, extrêmement fin entre Blanchot, Cioran, Jankélévitch. Il y a des fulgurances métaphoriques que j'avais envie d'écrire et ça m'est très étranger. Et en même temps, en les écrivant, je me suis dit "ah, j'adorerais faire ça"."

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