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Guillaume Erner et Paul Verhoeven

La part de Dieu, la part du diable : Paul Verhoeven est l’invité des Matins

17 min
À retrouver dans l'émission

Cinq ans après son retentissant film « Elle » Paul Verhoeven revient dans un film toujours aussi provocant et sulfureux. Benedetta c’est l’histoire vraie d’une nonne lesbienne et manipulatrice, considérée comme une sainte dans l’Italie du XVIIe siècle.

Guillaume Erner et Paul Verhoeven
Guillaume Erner et Paul Verhoeven Crédits : .

Le réalisateur néerlandais Paul Verhoeven projette cette année à Cannes son nouveau film Benedetta. Il s’agit de la réécriture d’une l’histoire vraie, celle du procès de Benedetta Carlini, une nonne italienne condamnée au XVIIe pour saphisme, bien qu’elle ait été considérée comme sainte à son époque. Dans son film, Paul Verhoeven reprend ses thèmes favoris à savoir le sexe et la violence.

Ouvertement athée, le réalisateur s’intéresse plus particulièrement à la religion et ses rapports de pouvoir à travers le personnage controversé de soeur Benedetta, qui cède aux désirs charnels avec la novice Bartoloméa. Toutes deux vont entretenir une relation sacrilège et blasphématoire, et pour laquelle elles seront condamnées par l’Église. Mais Benedetta est aussi sujette à des apparitions du Christ et est reconnue pour réaliser des miracles, lui valant un soutien populaire. Un personnage ambiguë donc, qui permet au réalisateur de révéler la place de la manipulation et de la domination dans les institutions religieuses, à travers une mise en scène aussi violente que crue. 

Le film qui met en scène des femmes puissantes et manipulatrices, n'est pas sans rappeler les précédents personnages féminins de la filmographie de Paul Verhoeven, de la romancière Catherine Tramell incarnée par Sharon Stone dans Basic Instincts (1992) au personnage de Michelle interprétée par Isabelle Huppert dans Elle (2016). Comment le film Benedetta permet à Paul Verhoeven de poursuivre sa réflexion sur le pouvoir du sexe féminin ?  Nous en discutons avec lui. 

Une histoire de procès

Paul Verhoeven raconte la genèse du film. L’idée d’adapter Immodest Act, ouvrage de l’historienne américaine Judith Brown, lui a été soumise par un de ses scénaristes. Après des désaccords pendant le travail d’adaptation, le réalisateur néerlandais s’est finalement tourné vers le scénariste de son précédent film Elle.

Pour moi c’était une histoire de pouvoir, une femme qui veut prendre le pouvoir c’est rare au XVIIe. Le livre explique que c’est l’historie d’une nonne lesbienne donc il est aussi question de sexualité et de comment les gens percevaient la sexualité au XVIIe siècle. C’est intéressant de voir comment à l’époque on a pu envisager le saphisme. À l’époque beaucoup de gens jugeaient impossible qu'une femme puisse tomber amoureuse d’une autre femme. En 1530 la loi en Europe occidentale disait qu’une femme qui était amoureuse d’une autre femme devait être brûlée.

Une filmographie du trouble

La filmographie de Paul Verhoeven est large, de l'adaptation du roman de Philip K Dick Total Recall, au très sensuel Basic Instincts. Dans la plupart d'entre eux, le réalisateur joue sur le doute qu'il cherche à semer chez le spectateur. 

Dans Total Recall, on ne sait plus si c’est un rêve ou une réalité. À la fin du film Benedetta, on ne sait toujours pas si elle est vraiment sincère ou capable de réaliser des miracles. Ce facteur d’ambiguïté on le retrouve dans la plupart des films. Dans Basic Instinct aussi à la fin du film on se pose des questions : est-ce que Sharon Stone est l’assassin ? L’ambiguïté est le fil conducteur des trois films mais il y a tant d’autres choses qui dépendent de l’interraction du point de vue de l’observateur. Tout le monde a sa propre perception du monde. J’aime bien donné au spectateur la possibilité de ne pas savoir exactement. 

Un rapport intime à la religion

Dans sa jeunesse, Paul Verhoeven s'est une fois tourné vers Jésus, il dit même avoir ressenti sa présence, dans une période de désespoir alors que sa compagne vivait une grossesse involontaire. C'est lorsque celle-ci avorte, que le réalisateur se détourne de la religion sans cesser de s'intéresser à Jésus. 

Si je n’avais pas eu cette expérience, je ne serais pas penché sur Jésus pendant 50 ans et je n’aurais jamais mené ce projet. Je m’intéresse énormément à Jésus, mais avec le film Benedetta je n’essaie pas de dépeindre ma perception de Jésus, mais la sienne. Un Jésus qui la prévient et lui dit de ne pas s’approcher de cette autre femme. Sa perception de Jésus change, elle pense que c’est un faux Jésus alors qu’un vrai Jésus lui aurait dit « tu peux enlever tes vêtements ».

Bibliographie

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