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Des personnes portant le masque sur l'avenue des Champs-Elysées, à Paris le 27 août 2020

La vie masquée : de la distanciation sociale au destin commun

41 min
À retrouver dans l'émission

Depuis le début de la semaine, la France se voile la face. Ecole, bureau, espace public, le masque s’est généralisé dans notre paysage quotidien. Est-il le symbole de notre responsabilité commune ou celui de notre perte de liberté ?

Des personnes portant le masque sur l'avenue des Champs-Elysées, à Paris le 27 août 2020
Des personnes portant le masque sur l'avenue des Champs-Elysées, à Paris le 27 août 2020 Crédits : Ludovic MARIN - AFP

Depuis la rentrée, la France vit masquée. Du collège à l’entreprise en passant par l’espace public, le masque s’est généralisé dans notre paysage quotidien. D’abord considéré comme un accessoire inutile par les autorités, c’est désormais un dispositif obligatoire dans plus du tiers des communes françaises. Ce revirement du gouvernement intervient après que l’OMS a admis début juillet que la transmission du Covid-19 par l’air « ne peut être exclue ». Si les Français semblent - pour la plupart - faire contre mauvaise fortune bon cœur, les discours changeants à propos de l’utilité du masque n’ont pas facilité son acceptation. 

Alors le masque est-il le symbole de notre responsabilité commune ou celui de notre perte de liberté ? Souligne-t-il notre notre vulnérabilité et donc notre appartenance à un destin commun ? Le masque est-il aux prémices des changements à opérer ? 

Pour en parler, nous recevons Corine Pelluchon, philosophe, professeure à l’université Gustave-Eiffel, spécialiste de philosophie politique et d’éthique normative et appliquée, ainsi qu'André Comte-Sponville, philosophe, dont le dernier livre “Dictionnaire amoureux de Montaigne” aux éditions Plon sort le 3 septembre en librairie. 

Corine Pelluchon :

« Le masque c’est une contrainte. Ensuite on peut penser que mettre son masque quand on part de chez soi chaque matin, cela témoigne de notre vulnérabilité commune, du fait que nous pouvons contaminer autrui et que nous pouvons être contaminés. Cela fait le lien entre notre vulnérabilité commune et notre responsabilité commune (...). »

C’est quelque chose de difficile pour communiquer dans les relations quotidiennes. Le visage est le lieu de la communication infraverbale, par le sourire notamment. Le masque masque le sourire, mais on peut rencontrer autrui même masqué. Emmanuel Lévinas écrivait que le visage n’est pas la face physique, c’est une manière de dire qu’autrui échappe. Lévinas pensait que le visage peut être rencontré dans la nuque de quelqu’un, notamment sa fragilité. On peut rencontrer autrui même masqué dans ce qu’il nous échappe, il faut juste un peu d’imagination. 

« Le masque nous oblige à prendre conscience d’une situation très grave, qui peut-être se répètera, puisque notre modèle de développement nous expose à des crises sanitaires et environnementales importantes. Et d’une certaine manière, cela nous oblige à reconnaître cette situation, de l’incorporer et, peut-être, que c’est l’occasion de changer, de faire sa part dans l’immense chantier qui nous attend de reconstruction et de réorganisation des modes de production et de consommation. »

André Comte-Sponville : 

« Le masque c’est une contrainte nécessaire, même si je le porte en pestant. Je le porte par discipline républicaine et aussi par solidarité. Se protéger, c’est protéger les autres. Mon inquiétude c’est plutôt : combien de temps ça va durer ? C’est la grande différence avec le confinement, on savait tous que ça ne pouvait pas durer pour des raisons économiques. Le masque rien n’interdit que cela dure. Vous imaginez 50 ans, 20 ans de masque ? J’aime mieux mourir de la Covid-19 ! » 

Je disais au départ, à propos du confinement, qu’il fallait l’appliquer, le respecter mais que ça allait coûter terriblement cher et que ça compromettait l’avenir de nos enfants. Je suis plus inquiet en tant que père de famille pour l’avenir de mes enfants que pour ma santé de septuagénaire. 

« Montaigne qui a connu la peste nous rappelle que la vulnérabilité ça ne commence pas avec la Covid-19. Il nous rappelle que la vulnérabilité, la mort font partie de la condition humaine. Montaigne c’est le penseur de la vulnérabilité, de la fragilité et de l’amour de la vie. Mais aimer la vie cela suppose qu’on accepte la mort.»  

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Sophie Letourneur
Intervenants
  • Philosophe, professeure à l'université Paris-Est Gustave Eiffel, spécialiste de philosophie politique et d'éthique normative et appliquée
  • philosophe
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