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L'économie vaut-elle "le prix d'une vie" ?

Ariel Colonomos : "L'Etat est l'arbitre des vies humaines"

31 min
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Un dilemme s'est imposé à la faveur de la crise sanitaire : jusqu'à quel point un Etat peut sacrifier des vies pour protéger l'économie ? Derrière cette question, Ariel Colonomos, spécialiste d'éthique et des relations internationales, s'interroge sur la valeur de la vie.

L'économie vaut-elle "le prix d'une vie" ?
L'économie vaut-elle "le prix d'une vie" ? Crédits : Philippe Lopez - AFP

Que vaut la vie humaine ? Une question dérangeante, et pourtant ce rapport entre des vies détruites ou sauvées, et des biens gagnés ou perdus est au cœur de ce que nous vivons avec la crise du coronavirus. Etat, communauté, marché : voilà les trois ensembles au confluent desquels s'élabore le prix de la vie, selon Ariel Colonomos, chercheur au CERI, professeur à Sciences-Po et auteur de "Un prix à la vie : Le défi politique de la juste mesure" (PUF, 2020).

Le prix de la vie, une question centrale 

Si "nous sommes habitués moralement à considérer que la vie n'a pas de prix, ou que "sauver une vie, c'est sauver le monde", nous indique Ariel Colonomos, sur le plan politique, la valeur des vies humaine est fondamentale : 

D'une part, le politique paie avec des vies la poursuite de ses intérêts, comme avec la guerre où l'Etat décide de mettre en danger la vie de ses soldats, et de tuer des ennemis et des civils, souvent non-intentionnellement. D'autre part, le politique paie pour des vies, c'est-à-dire lorsqu'une institution politique décide de sauver des personnes en faisant des choix qui peuvent être coûteux en terme d'intérêt : l'aide international, la réparation d'injustices historiques, comme pour l'esclavage. 

On l'a vu pendant le confinement, toutes les vies ne se valent pas face à la maladie. Pourtant, le chercheur en éthique des relations internationales note un fort investissement pour sauver les vies : "malgré la présence des inégalités face au risque d'infection au coronavirus, les Etats ont fait des choix extraordinairement coûteux à l'aune de l'histoire des épidémies. Cela démontre une évolution du politique vers une valorisation de la vie humaine. Dans le passé, les Etats payaient bien plus souvent avec des vies plutôt que pour des vies."

Cette question s'est cristallisée avec l'annonce du déconfinement, au printemps, mais continue de jalonner notre quotidien avec les annonces récentes reconfinement de plusieurs pays dans le monde, avec l'idée de la responsabilité politique. 

Le débat autour du déconfinement est intéressant : quand sortir, quand se reconfiner ? Le politique doit se reposer sur des prédictions, elles-mêmes discutables, et trouver le bon moment, le kaïros, où il faut prendre une décision. Ce choix sera toujours critiqué et des recherches montrent déjà le coût de la sortie précoce d'un déconfinement et en concluant sur de mauvais choix politiques. 

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  • directeur de recherches au CNRS / CERI, enseigne à Sciences Po les relations internationales et la théorie politique, auteur notamment du livre « Le pari de la guerre - guerre préventive, guerre juste ? », ed. Denoël.

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