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Agathe Rousselle dans "Titane" de Julia Ducournau

Le film “Titane” à Cannes et en salles : Julia Ducournau et Agathe Rousselle sont les invitées des Matins d’été

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A l'occasion de la sortie en salle ce mercredi 14 juillet du film "Titane", en sélection officielle au Festival de Cannes, nous recevons aujourd'hui la réalisatrice Julia Ducournau et l'actrice Agathe Rousselle.

Agathe Rousselle dans "Titane" de Julia Ducournau
Agathe Rousselle dans "Titane" de Julia Ducournau Crédits : Kazak Productions

Titane est le deuxième long-métrage de la réalisatrice Julia Ducournau. Elle avait déjà fait sensation à Cannes lors de la Semaine de la Critique et dans plusieurs festivals internationaux avec son film Grave sorti en 2016.  Cela lui avait d'ailleurs valu d'être érigée en nouvelle cheffe de file du cinéma de genre. 

Le film suit l’histoire d’Alexia (Agathe Rousselle), une jeune danseuse trentenaire qui a la particularité d'avoir un implant en titane dans le crâne suite à un accident de voiture. Prise de pulsions meurtrières, elle va croiser la route de Vincent (Vincent Lindon), un pompier dont le fils a disparu il y a 10 ans. 

Le titre fait à la fois référence au métal qui a la particularité d'être très résistant à la corrosion et à la chaleur.  C’est dans cette matière qu’est fait l'implant d'Alexia. Cela amène chez elle une forme d’hybridité et de froideur. Mais pour la réalisatrice, c'est aussi une référence à la mythologie puisqu’il s’agit d’une féminisation du terme « titan » habituellement désigné au féminin par le terme « titanide ». 

Dans Titane le rapport aux corps s'exprime à travers une certaine violence, comme si les enveloppes corporelles étaient le réceptacle de la souffrance psychologique des personnages. Julia Ducournau interroge aussi la transformation, la mutation corporelle et identitaire, les limites du genre et les frontières de la féminité. Un questionnement permis notamment par le physique androgyne du personnage d'Alexia, campé par Agathe Rousselle dont c'est le premier film.  

Au-delà de la violence du premiers tiers du film, Titane explore la rencontre entre Alexia et Vincent, deux personnages qui portent en eux une ambivalence faite de vulnérabilité, d'une certaine folie, de traumatismes et d'une grande force. Le film offre aux spectateurs un chaos, un brasier de violences qui permettra de donner naissance à une relation profonde entre ces deux-êtres à part.

Un film d'amour et de mots

Après le succès de Grave, la réalisatrice Julia Ducournau affirme avoir voulu se tourner vers les thèmes de l'amour pour son film suivant.

On parle beaucoup de la violence du film mais je voulais faire un film d’amour, il n’est pas très conventionnel mais c’est le cas. Julia Ducournau

Pour transmettre l'émotion des personnages, Julia Ducournau s'est attachée à faire passer les sentiments par les images, jusqu'à les pousser à l'extrême. 

J’ai cette impulsion, ce désir, quand j’écris une scène je vais jusqu’au bout de ce que l’image peut porter, les mots n’interviennent que dans un dernier temps. Julia Ducournau

Un moyen d'expression qui demande donc un important travail du corps pour les acteurs, à commencer par celui de Vincent Lindon, méconnaissable, aussi musclé que malmené. Pour Agathe Rousselle aussi, la préparation physique a été longue :

J’avais un coach sportif, j’ai aussi travaillé avec une danseuse de pole dance à un rythme soutenue, on a travaillé les cascade en amont. Ensuite avec Julia, comme je n’avais pas vraiment de texte, elle m’a fait apprendre des monologues comme celui dans Twin Peaks sur la tombe de Laura Palmer ou celui dans The Network pour travailler une amplitude d’émotions car même si je ne parle pas je dois dire beaucoup, parfois seulement avec les yeux. Agathe Rousselle

S'exprimer par la danse

Pour remplacer les dialogues, la réalisatrice a donné une importante place à la danse qui permet aussi d'exprimer les émotions des personnages, des plus douces au plus violentes. 

Pour moi une scène de danse est une vraie scène de dialogue, on peut lire dans les regards, dans les mouvements, dans l’espace. La danse permet d’être dans une dimension hyper émotionnelle, pas du tout intellectuelle et de se laisser aux échanges entre les personnages. Julia Ducournau

Je suis férue de danse, je vais beaucoup à l’Opéra mais je ne me suis dit jamais dit que j’allais écrire des scènes de danse, c’est venu très naturellement car ce sont des personnages avec une dimension très animale, qui se sentent, se touchent, se rejettent et il n’y a que les corps qui peuvent communiquer dans ces moments-là. Julia Ducournau

Se définir par la violence

Des personnages au caractère "animal", dont les corps permettent aussi d'exprimer la violence de leur souffrance. Pour Julia Ducournau, la violence ressentie dans le film est subjective. Elle la ressent plus particulièrement dans le regard du père d'Alexia. 

On ne voit pas tous la même violence au même endroit. Pour moi la violence suprême est celle de l’absence de regard du père, c’est la plus grande violence faite au personnage d’Alexia et qui la façonne dans l’expression de sa pulsion de mort. Elle n’a pas de contours car elle n’a jamais été regardée. Julia Ducournau

Ses pulsions n’ont pas de canalisation d’où le déferlement de violence dans la première partie du film qui est pulsionnelle. Puis le regard de Vincent va réussir à lui donner vie puisqu’il lui donne des contours. Julia Ducournau

Bibliographie

Agathe Rousselle dans "Titane" de Julia Ducournau

TitaneJulia DucournauKazak Productions, 2021

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