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Marine Le Pen et Jordan Bardella parlent à la presse après avoir déposé une gerbe de fleurs devant la statue de Jeanne d'Arc, à Paris, le 1er mai 2021.

Le Rassemblement National a-t-il gagné la bataille des idées ? Avec Chantal Delsol et Jean-Yves Camus

42 min
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Alors que le scénario d'un second tour des présidentielles confrontant Emmanuel Macron et Marine Le Pen se dessine dans les sondages, les thèmes du Rassemblement national semblent s'imposer dans le débat public.

Marine Le Pen et Jordan Bardella parlent à la presse après avoir déposé une gerbe de fleurs devant la statue de Jeanne d'Arc, à Paris, le 1er mai 2021.
Marine Le Pen et Jordan Bardella parlent à la presse après avoir déposé une gerbe de fleurs devant la statue de Jeanne d'Arc, à Paris, le 1er mai 2021. Crédits : BERTRAND GUAY - AFP

Protectionnisme, souveraineté, sécurité : il semble que les thèmes portés historiquement par le Front National ont fini par structurer le débat public à l’approche des Présidentielles de 2022. Si le parti fondé par Jean-Marie Le Pen a subi des transformations majeures depuis sa création en 1972, la persistance de sujets tels que l’immigration et l’identité nationale dans son programme n’est plus à démontrer. Comment Marine Le Pen est-elle parvenue à faire du Rassemblement National la première force d’opposition en France ? Comment l’influence du parti structure-t-il désormais le paysage politique ? Pour en parler, nous recevons Chantal Delsol, professeure émérite de philosophie politique, écrivaine et membre de l’Institut et Jean-Yves Camus, politologue, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès.

L'identité politique du Rassemblement National 

Chantal Delsol identifie un tournant idéologique du Front National avec l’arrivée de Marine Le Pen à la présidence du parti en 2011. Cette dernière aurait délaissé le conservatisme social pour se concentrer sur les enjeux liés à l’immigration : 

Je pense qu’il s’est opéré un retournement entre son père et elle. (…) Elle a maintenu le parti familial avec finalement le seul cheval de bataille de l’immigration. Mais pour tout le reste elle n’est pas du tout comme son père. Chantal Delsol, professeure émérite de philosophie politique 

Malgré cette mutation récente, le FN désormais dénommé Rassemblement National s'inscrit dans un courant de défense de la culture judéo-chrétienne qui trouve ses origines au 18ème siècle : 

Marine Le Pen et son père avant elle s’inscrivent et s’inscrivaient dans cette défense de la civilisation occidentale qui était collée à la chrétienté en tant que civilisation chrétienne. Ils s’inscrivent dans ce courant très vaste et d’ailleurs assez pugnace il faut le dire, qui a commencé au moment de la Révolution française (…) et qui a duré tout le 19ème et tout le 20ème siècle avec les excès que l’on sait. Parce que finalement c’est ce mouvement défenseur de la civilisation occidentale qui a provoqué les fascismes corporatistes du 20ème siècle. Chantal Delsol, professeure émérite de philosophie politique 

Un parti à combattre sur le champ des idées 

Pour le politologue Jean-Yves Camus, le parti du Rassemblement National doit désormais être combattu de manière rationnelle par ses adversaires politiques, en s'attaquant aux différents points de son programme. Le temps où la disqualification morale fonctionnait a selon Jean-Yves Camus, définitivement disparu : 

Ce qu’il faut faire maintenant urgemment – et c’est presque déjà trop tard - c’est prendre ligne à ligne les programmes et recommencer à faire de la politique. C’est-à-dire, si on n’est pas d’accord avec le programme du RN : démonter de manière rationnelle et si possible convaincante ses arguments un à un et les présenter aux français. Si l’on recommence à faire une campagne contre le Rassemblement National qui sera uniquement fondée sur des jugements moraux, sur des prédictions sur ce qu’il fera une fois qu’il sera au pouvoir, et en oscillant entre la côte d’alerte et le retour du fascisme, on n’y arrivera pas. Jean-Yves Camus, politologue

L'injonction à constituer un "Front Républicain" contre la menace incarnée par le Rassemblement National n'est désormais plus une solution : 

Le front républicain il peut marcher de nouveau, mais il ne résout rien. C’est-à-dire qu’au soir du deuxième tour, quand le front républicain a fonctionné, on constate effectivement que mathématiquement, le candidat ou la candidate du Rassemblement National est battu, mais c’est une victoire à la Pyrrhus. Ça n’empêche absolument pas que la fois d’après, ou dans la circonscription d'à côté, le même front républicain ne fonctionne pas. Jean-Yves Camus, politologue 

La reconfiguration du paysage politique en France 

Malgré le recul notable des partis historiques dans le paysage politique français, existe-t-il encore un parti de gauche et un parti de droite en France ? Pour Chantal Delsol, si le socialisme n'est plus, il a été remplacé par une nouvelle idéologie : 

La République est devenue depuis je dirais environ 25 ans, une sorte d’idéologie qui a remplacé le socialisme finalement. Le socialisme qui s’est trouvé en perte de vitesse après la chute du mur de Berlin a été remplacé. Je l’ai vu clairement chez un certain nombre d’intellectuels de mes amis qui étaient socialistes auparavant qui sont devenus des fervents défenseurs de la République. Chantal Delsol, professeure émérite de philosophie politique 

Si la gauche peine à se retrouver autour d’un programme commun, le versant droit de la politique est également en quête d’unité, alors que la France se caractérise par l’absence de grand parti chrétien-démocrate : 

Ce pays se caractérise par deux anomalies. La première : il n’y a pas de véritable grand parti conservateur. La seconde, il n’y a pas de véritable parti démocrate-chrétien. La démocratie chrétienne n’a jamais vraiment pris en France, il y a eu la tentative du MRP sous la IVème République mais nous sommes un des rares pays, où à cause de notre laïcisme intransigeant, il n’y a pas de parti démocrate-chrétien viable et puissant qui puisse incarner le courant d’une droite sociale. Jean-Yves Camus, politologue

Pour le politologue, il est nécéssaire de redéfinir ce qu'incarne le Rassemblement National dans le paysage idéologique de droite en France. Selon lui, le RN appartiendrait plutôt à la droite radicale qu'à l'extrême droite : 

Moi je parle aujourd'hui bien davantage de "droite radicale" que d'"extrême droite". Parler d'extrême droite, cela tend à faire croire que ces partis sont à l'extrémité de la droite, autrement dit, qu'ils ne sont que l'idéologie de droite poussée dans ces derniers retranchements. Or ces partis sont en rupture avec une bonne partie de la droite. Dans le logiciel économique de Marine Le Pen, vous ne retrouverez pas les fondamentaux de la droite libérale. Jean-Yves Camus, politologue

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Intervenants
  • philosophe, romancière, éditorialiste, professeure émérite de philosophie politique et membre de l’Institut, Académie des Sciences morales et politiques
  • politologue, co-directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès
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