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Le Ministre de la Santé Olivier Veran à la rencontre de soignants durant la visite de l'unité de soins Covid à l'hôpital public de la Timone de Marseille le 25 septembre 2020

L’hôpital public est-il prêt ?

43 min
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Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé vendredi dernier l’ouverture de 4 000 lits supplémentaires. La mesure est-elle à la hauteur du rebond épidémique et de la crise que traverse l’hôpital public ?

Le Ministre de la Santé Olivier Veran à la rencontre de soignants durant la visite de l'unité de soins Covid à l'hôpital public de la Timone de Marseille le 25 septembre 2020
Le Ministre de la Santé Olivier Veran à la rencontre de soignants durant la visite de l'unité de soins Covid à l'hôpital public de la Timone de Marseille le 25 septembre 2020 Crédits : Christophe SIMON - AFP

4 000 lits supplémentaires. C’est l’annonce faite par Olivier Véran vendredi dernier. Le ministre de la Santé a ainsi confirmé que les 50 millions d'euros supplémentaires négociés en juillet dernier seront finalement alloués pour ouvrir 4 000 nouveaux lits dans les hôpitaux, et ce dès décembre 2020. 

Cette mesure permettra-t-elle à l’hôpital public de faire face au rebond actuel de l’épidémie ? Quel avenir pour l’hôpital public soumis à de très fortes tensions depuis quelques années déjà, et plus particulièrement encore ces six derniers mois ? 

Pour en parler, Guillaume Erner reçoit ce lundi 12 octobre 2020 Agnès Hartemann, cheffe de service de diabétologie à La Pitié Salpêtrière à Paris, membre du collectif Inter-Hôpitaux, ainsi que Mathias Wargon, chef du service des urgences et du SMUR (structure mobile d'urgence et de réanimation) du centre hospitalier Delafontaine, à Saint-Denis, directeur de l’Observatoire des soins non-programmés d’Île-de-France en lien avec l’ARS et fondateur du think tank "La fabrique de la santé". 

Quelle est la situation dans les hôpitaux aujourd'hui ? 

« On est confronté à deux problèmes. On voit arriver aux urgences non pas plus de patients que d'habitude, mais des patients plus graves, avec ou sans Covid. (…) On est confronté à un deuxième problème qui est que, par rapport à janvier février, où on avait déjà tiré la sonnette d'alarme sur l'état du service public hospitalier, il y a des unités […] qui ont fermées par manque de personnel. Du jamais vu. On est très inquiets. (Agnès Hartemann)

Actuellement, la situation est extrêmement tendue - on a un peu plus de patients – mais on n'est pas dans une situation telle que celle de mars avril. Nous, on n'a pas fermé d'unité. C'est ça qui est un peu étonnant, alors qu'on a moins de personnel quand on compare les taux de personnel APHP. Actuellement, notre problématique, c'est de jongler entre les patients Covid et les patients non Covid. Le problème, c'est les chambres, c'est à dire qu'on n'a pas suffisamment de lits. A la Pitié-Salpêtrière, où il y a 1.600 lits tous les jours, il y a des patients sur des brancards le matin. (Mathias Wargon)

On a toujours trop de patients de toute façon. Là, on est dans une situation type hivernale, où on a des problèmes d'hospitalisation.  _On est toujours dans ces situations de tension. Là, d'un seul coup, avec le Covid, on s'en aperçoit (…) On on ne laisse pas de patients Covid dans les couloirs, alors que d'habitude, ça dérange personne qu'on laisse des patients âgés dans les couloirs ; des patients avec la grippe. Mais un patient Covid, avec tout ce maelström médiatique, finalement, ça permet de rechercher des places._ (Mathias Wargon)

Pourquoi cette défaillance du système hospitalier ? 

Il y a eu une politique de ressources humaines depuis des années, à cause de la tarification à l'activité, qui a été maltraitante. Moi, je l'exprime comme ça et les gens n'ont pas été entendus et n'ont pas l'impression de l'être. Donc, il y a une rupture du rapport de confiance (Agnès Hartemann)

On a plus de personnel depuis des années, alors je ne mets pas ça sur le dos de la tarification à l'activité. Parce que chez les urgentistes, une des raisons évoquées, c'est cette recherche permanente de lits. (Mathias Wargon)

Quelles conséquences des décisions prises pendant le Ségur ?

Pendant le Ségur il y a eu des annonces sur les salaires qui ne sont pas négligeables parce que pour des petits salaires, 180 euros, ce n'est pas rien, en particulier pour les aides soignants. Ils ne sont toujours en dessous de la moyenne de l'OCDE, mais c'est une augmentation. Je reprends ce mot de maltraitance qui me tient à coeur. La politique RH dans les hôpitaux publics a été telle que les gens se sont sentis abandonnés. Les conditions de travail sont devenues extrêmement difficiles et les personnels n'ont pas été entendus. Ça ne suffit pas l'annonce sur les salaires.  (Agnès Hartemann)

Il ne fallait pas être naïf. Je crois que tout le monde savait qu'il n’en sortirait pas grand-chose rapidement pour une raison extrêmement simple : […] La question est de voir le système hospitalier le système de santé à partir des CHU, des centres hospitaliers universitaires. C'est se tromper complètement de mon point de vue. Il faut une réforme complète du système de santé à la fois. (Mathias Wargon)

Au Ségur, on n'a parlé que de l'hôpital public, on n'a pas parlé des cliniques ou des médecins libéraux. Or, tout ça, c'est un système. […] En France, on est dans un système très hospitalo-centré où l’on croit que tous les moyens doivent aller à l'hôpital. (Mathias Wargon)

Un problème de gouvernance des hôpitaux 

Ce qui est le plus marquant dans le Ségur, c'est ce qu'il y a de facultatif. Les directions qui ont appliqué cette politique de ressources humaines qui a été catastrophique et qui fait que les gens s'en vont ne bouge pas, ces directions sont toujours là. (...) Dans Ségur, il n'y a que des choses facultatives sur la gouvernance : "expérimentez, si vous le voulez, d'associer des soignants à la direction, si vous voulez. (Agnès Hartemann)

A l'hôpital, on ne fait pas de management. En fait, il y a la direction d'un côté, les chefs de service de l'autre. Je ne nie pas les problèmes qui ont été engendrés par toutes ces millefeuille administratif, mais les médecins n'ont jamais voulu  prendre le pouvoir. (Mathias Wargon)

Où en est-on des traitements ? 

J'espère qu'on soigne mieux qu'avant mais on ne le saura qu'à la fin. Pour la prise en charge, c'est sûr qu'on met beaucoup plus rapidement les corticoïdes. Les types d'oxygénation sont différents - on intube moins rapidement les patients pour lesquels on peut attendre. La prise en charge est différente mais il n'y a toujours pas de traitement spécifique du Covid. Il y a les corticoïdes mais ce n'est pas un traitement spécifique, ça empêche un peu ce qu'on a appelé la tempête inflammatoire. Mais le seul traitement actuellement, c'est la prévention. La prévention, c'est les tests, c'est l'isolement. (Mathias Wargon)

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  • Chef de service de diabétologie à La Pitié Salpétrière à Paris, membre du collectif Inter-Hôpitaux
  • Chef de service des urgences et du SMUR du centre hospitalier Delafontaine à Saint-Denis, Directeur de l’Observatoire des soins non-programmés d’Ile-de-France en lien avec l’ARS, Fondateur du think tank "La fabrique de la Santé"
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