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La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 où figure l'article 10 sur la liberté d'expression

Liberté d'expression : "Nous avons besoin de vous", avec Antoine Lilti et Ghaleb Bencheikh

42 min
À retrouver dans l'émission

Radio France, France Télévisions et de nombreux titres de la presse nationale et régionale ont signé hier une lettre ouverte inédite pour appeler les Français à défendre la liberté d’expression, liberté qu’ils considèrent actuellement menacée.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 où figure l'article 10 sur la liberté d'expression
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 où figure l'article 10 sur la liberté d'expression Crédits : Jean-Pierre MULLER - AFP

« Nous avons besoin de vous. De votre mobilisation. Du rempart de vos consciences. » Ce sont les mots tirés de la lettre ouverte pour défendre la liberté d’expression à l’initiative de la rédaction de Charlie Hebdo. Une lettre signée et reprise hier par une centaine de médias français. Parmi les signataires : Radio France, France Télévisions ainsi que de nombreux titres de la presse nationale et régionale. Cette mobilisation historique intervient alors que des menaces de mort pèsent à nouveau sur l’hebdomadaire satirique.

Que dit cette lettre ouverte pour la défense de la liberté d’expression ? Dans quelle mesure s’inscrit-elle dans l’héritage de la pensée des Lumières ? Faut-il avoir peur du retour de la censure et peut-on encore blasphémer en France ? 

Pour en parler, nous recevons ce matin l’historien Antoine Lilti, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il est notamment l’auteur de L’héritage des Lumières, co-édité au Seuil, EHESS et Gallimard (2019). Avec nous également, Ghaleb Bencheikh islamologue, président de la Fondation de l’Islam de France et producteur de l’émission "Questions d'islam", le dimanche de 7h05 à 8h sur France Culture.

Antoine Lilti : 

"L'héritage des Lumières n'est pas celui d'une liberté d'expression absolument inconditionnelle pour les hommes du 18ème siècle, pour les philosophes des Lumières, y compris pour les révolutionnaires. La liberté d'expression s'oppose à toute forme de censure préalable, mais elle implique néanmoins des limites. Et c'est pour cela que l'article 11 qui est cité dans la tribune est très important. (...) Il existe des abus de cette liberté et on peut devoir en répondre. Et les cas sont déterminés par la loi. Donc, ce ne sont pas des individus ou des groupes qui peuvent se faire justice, mais c'est la loi qui détermine les limites de la liberté d'expression."

La question la plus complexe, finalement c'est comment peut-on définir les abus de cette liberté d'expression? Ce qui est très intéressant, c'est que les constitutionnels, les députés qui en 1789 ont voté cette Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, étaient tous d'accord pour affirmer qu'il existait des abus et que ces abus devaient être punis. Mais il n'était absolument pas d'accord sur la nature de ces abus. C'est pour cela que la formule est si vague. Certains pensaient que les abus, c'était de critiquer la religion, justement, notamment catholique. D'autres pensaient que c'était la sûreté de l'Etat. D'autres pensaient que c'était la liberté des autres individus, c'est-à-dire tout ce qui relève de la diffamation, des propos injurieux, etc... Et comme il n'était pas capable de se mettre d'accord, ils ont utilisé cette formule assez vague en laissant le soin ensuite à la loi de déterminer la nature de ses excès ou de ses abus qui devaient être punissables.

"Le débat sur la cancel culture tend quand même à confondre et à mélanger des choses qui n'ont rien à voir. On ne peut pas passer comme ça, quasiment sans transition, des menaces, des attentats violents, de la mise à mort de journalistes, à des militants qui dénoncent des propos racistes, antisémites, sexistes. Donc, il faut quand même faire très attention au fait qu'on est dans des ordres de grandeur et des formes de menaces qui n'ont absolument rien à voir. Et par ailleurs, si on doit trembler pour la liberté d'expression, je voudrais quand même rappeler qu'aujourd'hui à l'échelle du monde, la grande menace sur la liberté d'expression, ça reste quand même des menaces qui viennent des Etats autoritaires. On a dans le monde entier des journalistes emprisonnés, et sans aller jusque là, même dans les États démocratiques, il y a des tendances à la limitation ou la répression du droit à l'information et de la liberté d'expression pour des motifs qui sont celles de l'ordre public, de la sécurité, du secret d'Etat."

Ghaleb Bencheikh : 

"L'équilibre à trouver est entre le droit d'exercer la liberté et l'éthique qui n'autorise pas à blesser gratuitement son semblable, équilibre à trouver, le curseur doit être remis quelque part. De mon côté, je le mettrais toujours, et il ne bougera pas, du côté de la liberté et avec la possibilité pour quiconque se sent atteint par l'exercice de cette liberté de saisir les tribunaux."

A propos du blasphème, je considère pour ma part que cette liberté de conscience est très récente dans la longue et lente maturation de l'humanité, c'est un acquis de la modernité et une conquête de l'esprit. Je ne suis pas sûr que dans notre pays, il y ait un droit au blasphème. En revanche, il n'y a pas un délit de blasphème, et ça, c'est important de le souligner. Quiconque a envie de blasphémer, grand bien lui fasse. Il ne sera pas puni. 

"Dans les pays qui manifestent contre Charlie et les organismes terroristes que vous avez cités, on n'a pas encore compris fondamentalement qu'on ne doit pas occire quelqu'un pour son opinion, quelle qu'elle soit. On ne l'a pas encore bien mesuré et saisi. Aucune cause au monde, aussi noble soit celle, aussi juste, aussi légitime, n'autorise le massacre d'innocents. On est encore dans la logique de Pardonnez moi le terme. Vous n'avez pas compris la première leçon et on rajoutera encore. Eh bien, il ne faut pas céder à cette logique là."

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Intervenants
  • islamologue, président de la Fondation de l'islam de France et producteur de l’émission "Questions d'islam", le dimanche de 7h05 à 8h sur France Culture
  • Historien et directeur d'études à l'EHESS, directeur de l’Ecole doctorale de l’EHESS.
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