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"Plus on économise le temps, plus on a la sensation d’en manquer" explique le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa

Hartmut Rosa : "Un monde complétement sous contrôle devient muet, mort et ennuyeux"

25 min
À retrouver dans l'émission

Les Matins ont l’honneur d’accueillir le parrain de la Nuit des Idées 2021, le philosophe et sociologue Hartmut Rosa.

"Plus on économise le temps, plus on a la sensation d’en manquer" explique le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa
"Plus on économise le temps, plus on a la sensation d’en manquer" explique le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa Crédits : LUIS ACOSTA - AFP

Hartmut Rosa est l’invité des Matins et le parrain de la Nuit des Idées 2021. Le sociologue allemand, qui est l'un des plus importants de notre époque, est également philosophe, professeur à l’Université de Iéna en Allemagne et auteur notamment de Rendre Le Monde indisponible publié en 2020 aux éditions La Découverte. 

Hartmut Rosa est avant tout le père du concept de “résonance”. Alors comment ce concept résonne-t-il avec la situation inédite que nous sommes en train de traverser ? Nous lui posons la question. 

Des théories du complot pour s'approprier le monde

Malheureusement nous avons toujours eu des théories du complot et ce dans le monde entier, même avant le coronavirus. Je pense que ces mouvements se sont renforcés car il y a une défiance générale au niveau mondial à cause de ce virus. 

Les gens ont l'impression qu’on ne peut plus faire confiance au monde, on ne peut plus respirer librement et on ne sait pas si celui qui est à côté de vous n'est pas en train de vous infecter avec ce virus.

Je pense que le rapport au monde de la modernité dans son ensemble est entré en crise. Cette crise a une dimension qui est également politique puisque les gens ont l'impression qu'ils ne laissent plus de trace dans le monde et dans l’histoire. J’appelle cela un symptôme d'aliénation politique et le contraire c’est la résonance, la relation au monde dans laquelle on peut entendre sa propre voix.

Contrôler le virus

Les gens ont l'impression que les choses auxquelles ils sont confrontés, sont complètement en dehors de leur contrôle. Dans mes livres je parle de « contrôle d’indisponibilité ». Je comprends que l’exigence de la modernité, ou plutôt son ambition, est de rendre la vie disponible. Le vaccin est alors une tentative de contrôler ce virus. 

L'individu se rend compte qu’il est complètement impuissant et qu’il n’a pas d’influence sur la politique. On ne peut pas non plus avoir un impact sur la façon dont la vaccination se prépare, ni sur la recherche scientifique, ni sur la façon dont le vaccin va agir sur le corps. […] Les théories du complot sont une tentative de prendre, au moins intellectuellement, le contrôle en essayant d'identifier des coupables et en désignant des responsables. 

Un monde indisponible

La thèse que je défends est que dans la société moderne nous essayons d'avoir le monde à portée, disponible, le contrôler avec la science et les moyens techniques à notre disposition et nous voulons également réguler ce monde politiquement. 

Mais il y a une double indisponibilité : la première est qu’un monde sous contrôle arrête de nous parler : c’est un monde mutique et ennuyeux. […] Il est impossible de rendre le monde disponible et en vie en même temps. 

De l'autre côté, lorsque l'on veut tout contrôler l’indisponibilité revient comme un monstre. On voit cela dans notre rapport à la nature : nous avons essayé de contrôler complètement la nature et maintenant elle nous devient hostile avec par exemple le réchauffement climatique.

Ma thèse est la suivante :  nous avons un mauvais rapport à l’indisponibilité du monde. […] Je pense que le coronavirus est le symbole de cela. C’est un monstre d’indisponibilité : nous ne le maîtrisons pas scientifiquement, ni médicalement, nous ne pouvons pas le réguler politiquement et nous ne pouvons pas le voir, ni le sentir.

Repenser la modernité après une crise

La refondation du monde après une crise est quelque chose qui arrive régulièrement à travers l’histoire et cette refondation intervient très souvent après une crise. […] On capitalise sur l’expérience négative qu'on vient d'avoir par la crise et on tente de trouver des solutions.

Auschwitz n’est pas un retour à une forme archaïque prémoderne, un reliquat de barbarie. C’est davantage une barbarie produite par une logique de modernité, une logique de disponibilité totale. […] Cette catastrophe est une conséquence de la modernité. En revanche sur le virus il y a une discussion sur le fait de savoir si le virus a été produit par notre invasion croissante de la nature, par la façon dont nous repoussons les espaces naturels. 

Le virus représente une variation de la modernité, quand il y a un problème entre la nature et la modernité il y a ce type de frictions qui apparaît. Le coronavirus est un indicateur d’un mauvais rapport au monde, ce qu'était également la Shoah. 

Actuellement vaincre le virus requiert davantage de modernité. Sur le principe cela doit nous inviter à réfléchir dans d'autres cases que « plus » ou « moins » mais dans une logique de l’autre, de la différence. Peut-être avons-nous besoin d'une autre modernité, dans une société transmoderne. Nous avons besoin d'une organisation sociale dont le seul objet n’est pas l’accélération, ni la performance.

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