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Qui de Donald Trump ou Joe Biden remportera la 59e élection présidentielle américaine ?

Présidentielle américaine : un duel très serré pour une issue incertaine

54 min
À retrouver dans l'émission

Nell Irvin Painter, Yasha Mounk, Romain Huret, Avital Ronell, Thomas Chatterton Williams ainsi que Douglas Kennedy sont les invités de Guillaume Erner pour commenter le dénouement de cette 59e élection présidentielle américaine.

Qui de Donald Trump ou Joe Biden remportera la 59e élection présidentielle américaine ?
Qui de Donald Trump ou Joe Biden remportera la 59e élection présidentielle américaine ? Crédits : ANGELA WEISS - AFP

Plus de 100 millions. C’est le nombre d’électeurs américains qui ont choisi de voter par correspondance pour cette élection présidentielle américaine hors-normes. On ne sait pas encore avec certitude qui sera le prochain locataire de la Maison Blanche. Mais ce que l’on peut déjà affirmer, c’est que cette élection marquera un tournant pour l’histoire des Etats-Unis et de leurs institutions démocratiques. 

Pour analyser cette 59e élection présidentielle américaine, Guillaume Erner reçoit ce mercredi 4 novembre 2020 Romain Huret, historien des Etats-Unis, directeur d’études à l’EHESS. Il sera accompagné par Nell Irvin Painter, historienne, professeure émérite de l’université de Princeton depuis l’état de New York, Yasha Mounk, politologue, professeur associé à l’université Johns-Hopkins, fondateur de la revue Persuasions en direct de la capitale américaine Washington DC, Avital Ronell, philosophe et professeure à l’université de New York en direct de la Big Apple, Thomas Chatterton Williams, essayiste et critique depuis New York également, and last but not least Douglas Kennedy, l’écrivain américain préféré des Français depuis Stockholm. 

Nell Irvin Painter, historienne, professeur émérite de Princeton, auteure d'Histoire des Blancs, éd. Max Milo (2019) : 

"Dans ce vote il y a un décalage entre femmes et hommes. Il semble que le parti républicain est en passe devenir un parti mâle, alors que le parti démocrate attire beaucoup plus les femmes. J'ai été aussi heureuse de voir que les partis démocrates des citoyens américains qui sont blancs, ont fait beaucoup de chemin depuis le début de l'année, particulièrement depuis le mois de juin et de l'affaire George Floyd et du Black Lives Matter, donc je crois qu'à long terme, on va voir un électorat américain plus raisonnable, du moins d'une maturité plus raisonnable"

"Les démocrates ont été déçus c'est certain, mais je suis très fière de tous mes concitoyens, tous, car ils ont montré un tel dévouement au privilège fondamentale et au devoir de la citoyenneté qui est d'aller voter. _Voir des millions d'Américains faire des files d'attente pour aller voter c'est très inhabituel aux Etats-Unis_, c'est des choses qu'on peut voir dans d'autres pays, mais ici 97 millions d'Américains ont voté par avance, c'est vraiment exceptionnel."  

_"Certains parlent de la division de l'électorat entre la classe blanche ouvrière et celle des gens de couleurs, des femmes, d'identités sexués mais comme vous l'avez dit, le_s Américains d'origine afro-américaine ou minoritaire ont une position de classe et font plus attention aux besoins économiques de la classe ouvrière. Les politiques économiques des démocrates ont été plutôt favorables à la classe ouvrière, aux syndicats. Cependant en termes de dynamique raciale et de ressentiment ont fait un excellent travail en mobilisant leurs forces. Ce n'est pas toute la réponse, mais ça fait beaucoup. Donc, on a encore une longue route pour se battre pour éradiquer le racisme aux Etats-Unis."

Yasha Mounk, politologue, professeur associé à l’université Johns-Hopkins, fondateur de la revue Persuasions :

"Il y a ce récit qui est très simpliste aux Etats-Unis, que plus ou moins les minorités ethniques votent pour les démocrates, récit selon lequel il va y avoir plus de minorités ethniques et qu'il faut juste attendre cette Amérique future pour que les démocrates puissent gagner à chaque tour. Ça a été dit et répété. Or on voit aujourd'hui que Donald Trump a gagné la Floride du fait des votes des Latinos, par exemple. En Californie aussi, un État où la majorité des votants des minorités ethniques a voté contre ceux qui auraient introduit la discrimination positive, c'est-à-dire la préférence pour les minorités dans les emplois publics et les universités de Californie. Je crains que les démocrates et la gauche américaine ne doivent vraiment repenser leur modèle."

"Les Américains ne croient pas que chaque Américain qui vote pour Trump est forcément raciste. Malheureusement, si on regarde les grands médias américains, si on regarde aussi ce que disent quelques-uns des politiciens américains qui sont suivis dans les médias et sur les réseaux sociaux, c'est ce qu'ils sont en train de dire."

Avital Ronell, philosophe, professeure à l’université de New York (NYU) : 

"Il y a vraiment _un clivage entre des gens qui n'ont pas de formation et ceux qui sont bien formés, qui vont dans les grandes écoles, pour qui il n'y pas forcément beaucoup d'espoirs. Mais il y a un niveau de superstition, de bêtise. C'est sans espoir, surtout en Amérique_."

"Noublions pas que ce sont les Noirs qui ont plus ou moins fait confiance à Biden. Ils ont dit on le connaît, on a confiance en lui, on ne veut pas de Bernie Sanders ou d'autres. D'autre part, avec Obama sur la scène de nouveau, il y avait ce retour du refoulé des obsessions phobiques de Trump par rapport à Obama. On le respecte beaucoup mais là j'étais inquiète, car _vis-à-vis de Trump et des Trumpistes c'était une erreur de ramener Obama sur le devant de la scène_."

"Il y a une espèce d'identification avec Trump dans sa souveraineté perverse, il se permet tout, il est vulgaire, il fait ce qu'il veut, il dit ce qu'il veut, il se laisse aller, il se plaint sans cesse. Je pense qu'il y a une espèce d'identification maladive et très forte."

"Ce qui dissocie Biden de Trump, c'est un topos psychanalitique. Qu'est-ce qu'a à offrir Biden aux Américains ? C'est la possibilité du deuil, de la mort. Trump c'est le rejet de la mort. En anglais c'est la nuance entre "grieve" and "grief", c'est presque le même mot pour désigner le deuil et la plainte. Il y a toute une population qui ne veut pas reconnaître toutes les pertes et même les pertes de la grandeur des Etats-Unis. Biden est celui qui dit je viens de la perte, je meurs dans la perte, on est en train de mourir." 

Romain Huret, historien des Etats-Unis, directeur d’études à l’EHESS

"Trump est une sorte de Frankenstein du conservatisme en quelque sorte. Il est un pur produit de 30, 40 années de conservatisme. Mais il en a totalement transformé les codes, les pratiques. Et c'est ce qui, je crois, nous empêche de comprendre ce qui est en train de se passer et de comprendre que le schisme renvoie à des logiques politiques, institutionnelles, juridiques. Il suffit de lire les sciences sociales et de lire tout ce qui a été écrit sur le conservatisme depuis 30, 40 ans pour voir que toute la révolution juridique, la révolution politique, la révolution sociale, l'immigration, tout cela a été pensé depuis des décennies dans les cercles conservateurs et Trump incarne aujourd'hui, à sa manière, un fantasque haut en couleur." 

"Les mondes sociaux déterminent les hommes politiques et pas l'inverse. _Il faut peut être que les intellectuels rendent mieux compte des mondes sociaux pour gagner les élections_."

"Trump est quelqu'un qui est incapable de négocier calmement. Il négocie par le bruit et la fureur. Il est aussi dans une posture. Là, il est en train de mettre la pression. En bon négociateur, il sait parfaitement le faire. Il met la pression sur les arbitres du scrutin, sur les gouverneurs dans les États. Tout le monde va faire attention et on va scruter chaque bulletin de vote. Et donc là, il fait ce qu'il a toujours fait : mettre sous pression ses adversaires. Donc, on risque d'avoir des tensions verbales, j'espère en tout cas, qu'elles resteront verbales dans les jours à venir."

Thomas Chatterton Williams, essayiste et critique, auteur d'Autoportrait en noir et blanc, déconstruire l'idée de race, éd. Grasset (2021) :

"Je pense que la responsabilité de la gauche est de comprendre ce qui se passe au-delà du récit de cette journée, qu'est-ce que ça signifie pour les élites hautement éduquées. Raconter un histoire qui ne satisfait pas les gens qui sont impliqués dans cette pandémie. La gauche doit revenir au monde réel, comprendre ce que vivent au quotidien les gens, comprendre les inégalités sociales et pourquoi on rejette ce récit de la gauche américaine."

"On voit un rejet de la culture politiquement correct. La classe ouvrière n'apprécie pas ce genre de position, ça n'attire pas non plus une grande partie des électeurs, des noirs, des latinos. Cette politique identitaire, cette coalition des peuples de couleurs ne les satisfait pas. Beaucoup de latinos ne votent pas dans l'intérêt des gens de couleurs et beaucoup de noirs ne votent pas dans l'intérêt des émigrants. Donc il faut réfléchir à ce que cela signifie d'avoir des messages qui appellent universellement, plutôt que de faire appel à des groupes identitaires extrêmement ciblés."

"L'identité n'est pas la baguette magique pour comprendre un monde très compliqué et multi-ethnique comme l'Amérique du XXIe siècle. Les médias ne sont plus en contact avec ce qui intéresse les gens."

"Je pense que l'argument de l'ordre compte plus que ce qu'on aimerait le croire. A Minneapolis, la ville où George Floyd a été horriblement assassiné par la police cet été, la police est revenue et il y a beaucoup plus de violences que précédemment. Et les Noirs ont demandé à la municipalité blanche de ne pas mettre un terme aux activités de la police. Il y a une réalité ici à laquelle il faut se mesurer et comprendre. La raison pour laquelle cette élection est si indécise, c'est que s'il n'y avait pas eu la pandémie de Covid-19, ce serait une victoire énorme pour Trump."

Douglas Kennedy, écrivain, son dernier roman Isabelle, l'après-midi est paru aux éditions Belfond en juin 2020 : 

"Trump a juste délégitimé l'élection dans son discours complètement fou comme d'hab'. C'est très romanesque. Pour moi, on a deux Amériques qui se détestent l'une et l'autre. Et maintenant le pays est si divisé. Si Trump gagne cette élection, c'est la fin du siècle américain, c'est fini." 

"Seulement 20% de la population américaine est éduquée aujourd'hui. C'est un grand problème. On n'a pas investi dans l'éducation depuis l'époque de Reagan, ça fait 40 ans. Le pouvoir néo-chrétien dans le sud et le Midwest américain, le fait qu'il y avait une guerre culturelle depuis l'époque de Nixon, ça fait 52 ans, a divisé le pays entre les gens qui sont contre Trump et ceux qui sont pro-Trump. Ca c'est choquant ! 

"Trump, c'est notre Mussolini et maintenant, c'est aussi notre Raspoutine. C'est impossible de tuer un Raspoutine, électoralement la même chose pour Trump. On est au milieu d'une pandémie extraordinaire, 220 000 morts aux Etats-Unis, quatre fois le nombre de morts dus à la Guerre du Vietnam, et résultat : Trump est très proche de gagner un deuxième mandat. "

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