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L'édition académique polonaise de "Mein Kampf" d'Adolf Hitler, une édition originale du livre datant de 1942 et une édition académique allemande.

Éditer Hitler : comment désarmer le passé ? Avec Sophie de Closets, Florent Brayard et Antoine Vitkine

43 min
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C’est le livre écrit par le cerveau d’une des pires horreurs de l’histoire de l’Humanité.

L'édition académique polonaise de "Mein Kampf" d'Adolf Hitler, une édition originale du livre datant de 1942 et une édition académique allemande.
L'édition académique polonaise de "Mein Kampf" d'Adolf Hitler, une édition originale du livre datant de 1942 et une édition académique allemande. Crédits : WOJTEK RADWANSKI - AFP

1945, en Allemagne. Devant les caméras de la propagande de guerre, des soldats américains fondent les plaques qui servaient à imprimer Mein Kampf. Vingt ans plus tôt, le chef nazi Adolf Hitler mettait en circulation son texte d’une violence rare, dans lequel il dévoilait son programme. Mein Kampf contient-il un poison qu’on ne saurait conjurer ? La question a ressurgi lorsque les droits du livre sont tombés dans le domaine public, le 1er janvier 2016, après avoir cessé d'être détenus par le seul État régional allemand de Bavière, qui les avait reçus des forces d'occupation américaines au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Ce 2 juin, une maison d’édition française, Fayard, mettra en circulation un imposant volume de 1000 pages, à la mise en page réduite au strict minimum. Une version de Mein Kampf assortie d’un important appareil critique et dont le titre, “Historiciser le mal”, laisse bien comprendre qu’il s’agit plus d’un travail universitaire que d’une simple réédition.

Avec cette parution, c’est une vieille question qui se repose à nous : faut-il connaître le mal pour le combattre ? L’historien Antoine Vitkine rappelle dans son “Mein Kampf, Histoire d’un livre” (Flammarion, 2015), que des militants anti-nazis ont favorisé la diffusion du texte dès les années 1930, espérant par là une prise de conscience des sociétés civiles et des dirigeants européens. Le Comité français de libération nationale imprime même le livre en pleine guerre à l’attention des soldats des forces libres, avec cet avant-propos : « En guerre, pour bien se battre, il faut connaître son ennemi.”

Les procès des chefs nazis ainsi que le travail des intellectuels sur la Shoah et l’autoritarisme n’ont cessé de questionner : quel a été le poids de l’idéologie, et notamment de ce livre, dans l’avènement du IIIème Reich ?

Sophie de Closets est présidente directrice générale de la maison d’éditions “Fayard” qui publie cette semaine “Historiciser le mal : une édition critique de Mein Kampf” (disponible le 2 juin 2021, Fayard).

Florent Brayard est co-directeur de l’ouvrage “Historiciser le mal : une édition critique de Mein Kampf” (Fayard) avec Andreas Wirsching directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS, spécialiste de l'histoire de la Shoah.

Antoine Vitkine est journaliste, réalisateur de documentaire, auteur de “Mein Kampf, histoire d’un livre” (Flammarion, 2009, réédition mise à jour en version poche, en librairie le 2 juin).

Les origines de cette nouvelle édition

Pendant la guerre, Hitler avait interdit la circulation de Mein Kampf en France. 

Hitler a dit un jour, dans les années 1930, que s'il avait su qu’il deviendrait chancelier, il n'aurait peut-être pas écrit ce livre. Il avait conscience d’en dire beaucoup sur son programme dans Mein Kampf. Comment se fait-il que les crimes nazis aient pu être commis alors qu’ils étaient annoncés en germe dans ce livre ? Hitler parle beaucoup de la France, qui arrive après le problème des Juifs. Il veut sa revanche et fait interdire la publication du livre en France car il y a exposé sa politique étrangère. Il le fait interdire au nom du respect du droit d’auteur. Antoine Vitkine

Sa publication aujourd'hui relève d'autres enjeux, notamment pour sa traduction. 

Il fallait reprendre la traduction qui posait des problèmes. Beaucoup de personnes n’avaient pas accès à ce texte tel qu’il a été écrit en 1934, notamment parce qu’il est rédigé dans un allemand qui s’adressait aux grands bourgeois. Sophie de Closets

La question de la réédition de Mein Kampf s'est posée quelques années plus tôt en Allemagne, où l'opération semble avoir été un succès. 

La réception en Allemagne a été excellente car une très grande partie des historiens qui ont travaillé sur le sujet ont validé la nécessité absolue de publier une édition critique. Contrairement en France, Mein Kampf était interdit d’impression en Allemagne, il n’y avait plus de volumes autres que ceux publiés jusqu’en 1945. Florent Brayard

Un contenu flou à démystifier

Dans ce livre, on retrouve des propos sinueux qui laissent penser à un univers mental dense chez Hitler.

Mein Kampf est à la fois une autobiographie trafiquée pour présenter l’auteur comme un messie, et un programme politique où il expose sa vision du monde raciste et antisémite. C’est également un manuel du bon militant et il y a aussi des chapitres incroyables dans leur folie. En particulier le chapitre 11, où Hitler se lance dans une histoire du monde régit par des luttes éternelles entre les races arienne et juive, responsable de tous les malheurs de l’humanité. Hitler n’est pas écrivain et il est incapable de cerner son propos. Florent Brayard

Hitler se présentait comme écrivain. Avec ce livre, il est devenu un idéologue et non plus seulement un chef de parti qui voulait prendre le pouvoir. Antoine Vitkine

Sa circulation après-guerre

Si avant la deuxième guerre mondiale, Mein Kampf a beaucoup été publié dans le monde, sa diffusion est plus difficile à tracer après 1945.

Après la guerre, le livre a continué à s’exporter. Il a eu un rôle international de mobilisation des nazis en Amérique latine, aux États-Unis et en Angleterre. Selon un magazine américain, il s’en vendrait en langue anglaise 20 000 par an. En Inde il s'en vend aussi plusieurs milliers par an, comme en Turquie. Il ne faut pas surestimer sa dimension nazie, mais il vaut comme un symbole ultra-nationaliste. Antoine Vitkine

C’est bien parce que ce livre circulait clandestinement comme un fétiche maléfique qu'il fallait le ramener à un statut de source historique. Sophie de Closets

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