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Manifestation contre le racisme à Tunis, en 2014.

Luttes pour la démocratie : entre Histoire, mémoire et miroir. Avec Sophie Bessis.

45 min
À retrouver dans l'émission

Droits des femmes, nationalismes et mondialisation... Sophie Bessis analyse les lieux de tensions entre les volontés d'émancipation et les tendances autoritaires à travers la Méditerranée.

Manifestation contre le racisme à Tunis, en 2014.
Manifestation contre le racisme à Tunis, en 2014. Crédits : FETHI BELAID - AFP

Dans un court essai adressé directement à Hannah Arendt (Je vous écris d'une autre rive - Lettre à Hannah Arendt, Elyzad, Tunis, 2021), l'historienne et intellectuelle franco-tunisienne Sophie Bessis adresse deux sujets. D'abord, elle explique en quoi elle rejoint les vues de la philosophe allemande à propos du sionisme et étend les critiques sur le projet sioniste formulées par Arendt à tous les nationalismes, y compris ceux des pays du Sud nés au cours de luttes d'émancipation anti-coloniales dont elle souligne la légitimité. Mimant l'état-nation occidental qui les a pourtant opprimés, les pays du Sud se dotent de récits nationaux à qui toute forme de pluralité est étrangère. 

Elle adresse ensuite ses critiques à Arendt, "Européenne incurable", qui a oublié selon elle d'intégrer à son récit l'histoire des Juifs arabes et raconte sa propre histoire, celle d'une identité multiple et mise à mal par les grands récits nationalistes de part et d'autre. Sophie Bessis continue ici d’explorer les thèmes qui lui sont chers : la négation des particularités culturelles par des postures chauvines et démagogiques qui se marient très bien avec la mondialisation.  

Femmes et nationalismes 

Elle ne cesse pas non plus de travailler sur les droits des femmes, dans un long article récemment publié dans la Revue internationale et stratégique. Elle y explore le rôle des femmes dans les processus révolutionnaires dans le monde arabe. Pour elle d’ailleurs, les femmes sont aussi victimes des nationalismes hégémoniques qui manipulent leur statut et leur image pour appuyer leurs visions culturalistes.

Dans le monde arabe aujourd’hui la question de l’égalité des sexes et de la liberté des femmes est un clivage majeur au sein des sociétés. [...] Dans beaucoup de pays arabes, les femmes peuvent être Premier ministre mais ne peuvent pas quitter le pays sans l’autorisation de leur mari. 

Je suis convaincue qu’il ne peut pas y avoir à l'intérieur du paradigme religieux, une égalité entre les hommes et les femmes. Dans les trois religions monothéistes ce sont des religions du père, de la loi du père. La sécularisation, la laïcité sont des conditions à l’égalité. 

Quelles que soient les circonstances et les lieux, le voile est un symbole de l’oppression. Dans les pays où il est obligatoire, il convient de se battre pour que les femmes aient le choix de ne pas le porter. Dans les pays occidentaux, le voile reste un symbole de l’oppression dans le sens où les islamistes ont importé l’idée que le voile est un symbole de l’intégrité de sa foi, ce qui est un exploit. Il convient de l’interdire aux enfants à l’école et aux fonctionnaires mais l’interdire de façon général aux femmes est impossible. Aujourd'hui le voile est polysémique qu’on le veuille ou non. 

Hannah Arendt et le nationalisme

Il y a une série de courts textes sur la question du sionisme écrits entre les années 1940 et 1960. Ce qui est intéressant chez Arendt c’est de voir son évolution d’une posture pro-sioniste à un anti ou non-sionisme. 

J’ai fouillé dans ses écrits pour comprendre ce qui l’avait amenée à réviser son sionisme et c’est son anti-nationalisme. Le nationalisme se fonde sur une rétractation identitaire antinomique avec l’altérité. Tous les nationalismes sont porteurs, d’une façon ou d’une autre, de fascisme.

Je partage avec Hannah Arendt cette certitude que tout nationalisme refuse toute compagnie de l’altérité. Elle a démontré dans ses ouvrages que le nationalisme et un refus de vivre avec l’autre, qui va jusqu’à le tuer. Dans le nazisme, c’était supprimer l’autre de la surface de la terre.

Romain Gary disait que le patriotisme c’est l’amour de son pays et le nationalisme c’est la haine de l’autre. On n’a pas choisi d’être né quelque part mais on peut avoir un attachement à son pays ou pays d’adoption. Le terme patriotisme a été dévalué par les nationalistes en y connotant un refus de l’autre. 

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  • historienne, spécialiste de l'Afrique subsaharienne et du Maghreb, ainsi que de la condition des femmes dans le monde arabe
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