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Anne Applebaum (2021)

Nationalisme autoritaire : le danger à droite de l’Etat, Anne Applebaum est l’invitée des Matins

44 min
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En 2004, elle a remporté le prix Pulitzer pour son enquête sur le goulag et elle a poursuivi avec Rideau de fer, L'Europe de l'Est écrasée 1944-1956, puis Famine rouge. La guerre de Staline en Ukraine. À présent, elle se penche sur la crise des États de droit avec “Démocraties en déclin” (Grasset).

Anne Applebaum (2021)
Anne Applebaum (2021) Crédits : Getty

Orban et maintenant Kaczynski, président du parti polonais Droit et Justice… le vieux continent est confronté à une crise de l’Etat de droit, dont les ressors s’étendent, dans des proportions différentes, à de nombreux pays. A l’autre bout du continent. Comment expliquer la dérive de la droite occidentale ?  Ces nationalismes autoritaires sont-ils une parenthèse ou ont-ils suffisamment transformé la vie politique pour y prendre une place durable, dangereuse mais légitime ? 

Anne Applebaum est journaliste, membre de la rédaction du magazine The Atlantic, lauréate du prix Pulitzer, historienne et auteur de La démocratie en déclin, aux éditions Grasset.

Une radicalisation des partis de droite 

A l'origine de l'ouvrage Démocraties en déclin, il y a un constat personnel d'Anne Applebaum : alors qu'elle évoluait dans les années 90 au sein d'un cercle d'intellectuels de centre droit attachés à l'Etat de droit et aux institutions démocratiques, elle a dû rompre avec un certain nombre de ses connaissances en raison de leur radicalisation politique. Elle décrit la pensée d'extrême droite, qui s'est imposée au pouvoir en Pologne : 

L'extrême droite en Pologne, qui est la façon dont je caractériserais le parti au pouvoir, ne croit pas en tout cela : ils pensent que la justice doit être politisée, ils pensent que l'éducation doit être réformée pour être plus patriotique, ils pensent que les médias ne doivent pas être indépendants, ils essaient de prendre le contrôle des médias autant que possible (...). 

Selon Anne Applebaum, un clivage nouveau structure désormais la pensée politique en Pologne : les partis qui croient aux institutions démocratiques, au marché et à l'intégration du pays dans un système mondialisé, et les partis qui s'y opposent. 

Les facteurs explicatifs de la montée de l'extrême droite 

Pour expliquer la popularité des sujets préemptés par les partis d'extrême droite, Anne Applebaum évoque un sentiment commun à de nombreuses populations à l'ère de la mondialisation, la déception : 

Je pense que la principale réponse, l'idée principale à comprendre, c'est cette idée de la déception. Il y a des personnes qui ont été déçues par leur pays, ou parfois par leurs propres carrières. Il y a des personnes qui observent l'évolution de la Pologne depuis 1989 et qui se disent : ce n'est pas ce que je voulais, ce n'est pas le monde que j'espérais créer.

Associées à ce sentiment de déception, les théories du complot disqualifiant les partis traditionnels ont eu un rôle essentiel dans la montée en puissance des partis d'extrême droite. Anne Applebaum évoque la trajectoire politique de Viktor Orbán, qu'elle côtoyait dans les années 80, et qui s'est progressivement détourné du centre droit pour porter des thèses politiques plus porteuses électoralement : 

Progressivement, il s'est déplacé vers la droite. D'abord vers la démocratie chrétienne, et puis plus tard beaucoup plus loin à droite. Et je pense que dans son cas, c'était un moyen politique : il pensait qu'il y avait plus de votes à récolter.

La dérive autocratique des partis d'extrême droite 

En se présentant comme des "partis du peuple", les partis d'extrême droite au pouvoir dans les pays occidentaux font courir un risque conséquent à la nature démocratique des régimes : 

Qu'est-ce qui vous donne l'autorité, le droit de renverser le système ? De dire " Je ne crois plus dans notre démocratie " ? ce qui vous donne ce droit, c'est cette prétendue décision du peuple : l'idée que vous représentez le peuple d'une manière vraie, authentique, et pas uniquement parce que vous avez été élu." 

Et cette menace autocratique semble peser sur tous les pays sans distinction de culture ou d'historique politique : 

Je pense que ce qui se passe en Pologne, en Hongrie, pourrait arriver dans d'importe quel pays européen. Il s'est déjà passé quelque chose de tout à fait similaire aux Etats-Unis (...) alors que culturellement, historiquement, il n'y a pas plus différent de la Pologne que les Etats-Unis.

Mais cette perspective n'est pas indépassable, Anne Applebaum conclut son ouvrage sur un rappel de la multitude de possibilités qui s'offre aux régimes politiques à l'avenir : 

On peut perdre la démocratie. Mais dans le même temps, je ne pense pas que qui que ce soit soit condamné à la démocratie ou que la démocratie soit condamnée à mourir. Les pays changent, la politique évolue, il y a toujours une nouvelle génération, de nouvelles idées qui viennent changer la politique. (...). Nous avons besoin de compter, de nous appuyer sur cette nouvelle génération pour nous aider à développer le changement, à réformer nos institutions démocratiques pour qu'elles survivent. 

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  • Journaliste, membre de la rédaction du magazine The Atlantic, lauréate du prix Pulitzer, historienne et auteur de La démocratie en déclin, Grasset
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