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Un agriculteur conduit un tracteur à Larceveau-Arros-Cibits, dans le sud-ouest de la France, le 27 mai 2021.

PAC : quel nouveau cap pour l'agriculture ? Avec Matthieu Calame et Jean-Christophe Bureau

42 min
À retrouver dans l'émission

Une question simple, mais qui semble présider à toutes les discussions et négociations politiques à échelle européenne comme française aujourd’hui : peut-on concilier une agriculture “verte” et qui soit rentable pour les professionnels ?

Un agriculteur conduit un tracteur à Larceveau-Arros-Cibits, dans le sud-ouest de la France, le 27 mai 2021.
Un agriculteur conduit un tracteur à Larceveau-Arros-Cibits, dans le sud-ouest de la France, le 27 mai 2021. Crédits : GAIZKA IROZ - AFP

Les États membres de l’Union européenne ont entamé un ultime round de négociations ce 24 juin 2021 à Bruxelles pour trouver un accord sur la nouvelle politique agricole commune (PAC). En mai dernier, ils avaient échoué en mai à s’entendre sur des règles communes qui assurent une transition environnementale sans fragiliser les revenus des agriculteurs.

Ces discussions à l’échelle européenne se télescopent avec des débats français autour d’une nouvelle loi sur l'organisation du secteur agroalimentaire, destinée à assurer des revenus décents aux professionnels, et à l’adoption d’un « plan d’action climat » par le ministère de l’Agriculture.

Pour parler de ces sujets, Guillaume Erner reçoit Matthieu Calame, ingénieur agronome, auteur de Enraciner l'agriculture : Société et systèmes agricoles, du Néolithique à l'Anthropocène (PUF, 2020), et Jean-Christophe Bureau, professeur en économie à AgroParis Tech, co-auteur avec Sophie Thoyer de « La politique agricole commune », ed. La découverte.

Le bilan de la loi EGalim

La proposition de loi EGalim 2 a été déposée à l'Assemblée nationale par le groupe LREM, trois ans après la loi EGalim 1. Pour Matthieu Calame, cette nouvelle proposition est un aveu d'échec dans l'ambition de la première loi à partager la valeur ajoutée au sein de la filière alimentaire. C'était d'ailleurs l'une des grandes nouveautés de cette loi que de s'intéresser non pas seulement au secteur agricole mais alimentaire. 

EGalim 1 avait aussi permis de faire entrer les collectivités locales dans la filière. La grande nouveauté : des appels d’offres pour plus de produits bio ou l'incitation pour les collectivité locale à moins consommer de viande. Matthieu Calame

Pour Jean-Christophe Bureau la loi EGalim porte l'ambition de réguler les rapports entre les agriculteurs et les acteurs de la grande distribution.

Ce qui est choquant pour un économiste, c’est qu’il y a des centrales de supermarché très concertées qui font des accords entre elles pour négocier contre les agriculteurs qui n’ont pas de pouvoir de marché. Jean Tyrole avait conseillé non pas de renforcer le pouvoir des agriculteurs mais d’organiser la concurrence dans les centrales d’achat. Face à cette concentration, l’initiative européenne est de renforcer le pouvoir des agriculteurs. Jean-Christophe Bureau

En France, il y a la loi EGalim de 2018 qui essaye d’organiser des relations plus équitables. Ce qui a bien fonctionné, c’est notamment que les prix d’achat par les supermarchés doivent refléter les coûts de production. Jean-Christophe Bureau

À quand une politique agricole écologique ?

Matthieu Calame rappelle que la politique agricole en place depuis les années 1950 est une politique d'industrialisation de l'agriculture dont l'héritage se fait encore sentir aujourd'hui avec des des politiques publiques très peu tournées vers l'environnemental. Par exemple, il existe autant d'aides pour l’agriculture avec des produits chimiques que pour l'agriculture biologique car les aides se comptent en hectares. 

Les pouvoirs publics voulaient que cela change mais nous avons ce qu’on appelle des complexes agro-alimentaires. C’est l’affrontement des complexes qui les fait bouger les uns par rapport aux autres, ce qui fait que l’envie du citoyen est rarement le facteur qui influe le plus sur la PAC. Matthieu Calame 

Avec les dernières élections européennes, les élus écologistes ont pourtant acquis plus de pouvoir. Ils s'alertent du manque d'ambition environnementale et du risque d’une course au moins-disant écologique. Jean-Christophe Bureau pointe notamment la Pologne ou la Hongrie pour lesquels les aides sont davantage dirigées vers l'investissement que la transition écologique. 

On est très en deçà d’une vraie ambition. L’autre point qui gène le Parlement et la Commission, c’est le Green Deal, portée par la Commission, et qui donne un cadre d’évolution des politiques européennes. Dans ce Green Deal, il y a tout un volet agro-alimentaire et agricole qui, en plus, a été renforcé par le plan de relance européen pour lutter contre la crise. Donc il y a aujourd’hui un décalage entre la PAC qui n’a aucune ambition environnementale et ce Green Deal. Jean-Christophe Bureau

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Intervenants
  • Ingénieur agronome, directeur de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme (FPH)
  • professeur en économie à AgroParis Tech, co-auteur avec Sophie Thoyer de « La politique agricole commune », ed. La découverte / collection Repères.
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