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Une crise des vocations pour les professions de santé ?

Professionnels de santé : crise des vocations ? Avec Frédéric Pierru et Mathilde Renker

31 min
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A l'aube des vacances d'été, sages-femmes, généralistes, pédiatres ou encore psychiatres peinent à trouver des remplaçants pour les congés estivaux. Quelles sont les causes de la perte d'attractivité des professions de santé ?

Une crise des vocations pour les professions de santé ?
Une crise des vocations pour les professions de santé ? Crédits : FREDERICK FLORIN - AFP

Le problème de carence de personnel soignant en période estivale est récurrent, mais cette année, du fait du Covid et d’une 4ème vague qui plane à l’horizon, la situation est d’autant plus sous tension. Comment expliquer les difficultés à trouver des médecins urgentistes remplaçants, des sages-femmes, des pédiatres, des psychiatres, en période estivale ?

Un an après le SEGUR de la santé, quels effets sur la crise structurelle de l’hôpital ? 

Nous en discutons avec Frédéric Pierru, politiste, sociologue, chercheur en sciences sociales et politiques au CNRS Ceraps‑Lille‑II et co-auteur avec André Grimaldi de Santé : urgence (Odile Jacob, 2020) et Mathilde Renker, présidente de l’ISNAR-IMG (InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale), interne de médecine générale à Nancy.

Manque de médecins : un constat contrasté

Chez les médecins, toutes les spécialités ne subissent pas des manques d'effectifs : il s'agit notamment des spécialités plus intellectuelles et moins techniques, comme la psychiatrie et la pédiatrie, ou encore des spécialités rares (radiologie, chirurgie). 

Ces spécialités sont surtout en tension dans l'hôpital public, les professionnels choisissant davantage le secteur privé pour échapper à des conditions de travail dégradées.

On assiste à une baisse du nombre de médecins généralistes qui, par ailleurs, réduisent leur temps de travail. Et c'est bien normal. En même temps, le corps médical s'est très largement féminisé ces dernières années, et on assiste à une baisse de la densité médicale concrète en matière de médecine générale. Frédéric Pierru

Dix millions de personnes vivent dans des zones où l'accès aux soins est de moindre qualité que la moyenne des territoires. Alors que le débat sur la revalorisation de la médecine générale persiste depuis 20 ans, la baisse des médecins généralistes continue à s'opérer au profit des spécialisations. Une baisse qui est compensée par une politique d'importation de médecins étrangers. 

Matilde Renker, qui est médecin généraliste, a fait ce choix de métier pour avoir un rapport holistique à ses patients. Contrairement aux attentes, elle affirme que le milieu rural peut attirer les médecins internes lorsque ces postes leur permettent de découvrir les territoires et de progresser dans leur profession, par des formations et des stages. 

Il y a 20% d'internes de médecine générale qui souhaitent s'installer dans des milieux ruraux et 60% qui souhaitent de s'installer dans des milieux semi-ruraux. Matilde Renker

Pour Frédéric Pierru, les déséquilibres territoriaux en termes de densité médicale sont permanents :

C'est une réalité historique qui a été en partie cachée par le fait qu'on ait eu une démographie médicale qui a beaucoup augmenté après mai 68. Frédéric Pierru

Puis il y a eu le numerus clausus, et on est en train d'assister aux effets délétères de cette politique malthusienne de gestion de la démographie médicale, qui était en fait motivée par des objectifs de finances publiques. L'idée à Bercy était : moins de médecins prescripteurs, moins de dépenses. Et puis, certains syndicats de médecins se sont dit : moins de médecins, moins de concurrents, plus de revenus. Frédéric Pierru

La psychiatrie, qui était à l'avant-garde d'une politique médicale sectorielle avec un maillage territorial fin dans les années 1970 et 1980, est particulièrement affectée par la désertion. 

En 2010, tous les postes de psychiatres étaient pourvus. Dix ans après, il y a 17,5% de postes qui ne sont plus pourvus. On a détruit le métier d'infirmier psychiatrique au nom de la polyvalence. Frédéric Pierru

Les jeunes étudiants en médecine ne veulent plus investir en psychiatrie parce qu'il n'y a pas assez de moyens. Ensuite, l'image se dégrade, donc elle attire encore moins. Frédéric Pierru

Quelles solutions ?

Face à une inégalité de répartition permanente, des mesures coercitives sont envisageables, selon Frédéric Pierru :

Je pense notamment au conventionnement collectif. L'Assurance maladie pourrait dire: vous pouvez vous installer où vous voulez, mais pas dans les zones où on a déjà beaucoup de médecins. Frédéric Pierru 

Mathilde Renker ne partage pas cette lecture :

Le conventionnement sélectif, c'est quelque chose qui ne fonctionne pas, parce que les médecins auront tendance, on le voit en Allemagne, à s'installer à la limite des zones qui sont définies, et donc ça ne fonctionne pas dans les zones vraiment en tension. Mathilde Renker

Pour Mathilde Renker, les contraintes d'installations peuvent aussi bousculer les projets familiaux de médecins qui terminent leurs études tard et ont parfois déjà des attaches familiales.

Une revalorisation de certaines filières pendant la formation s'impose également :

Revaloriser les actes intellectuels par rapport aux actes techniques serait peut-être aussi fortement incitatif pour orienter les jeunes étudiants en médecine vers ces spécialités en tension. Frédéric Pierru

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Intervenants
  • Politiste, sociologue, chercheur en sciences sociales et politiques au CNRS Ceraps‑Lille‑II
  • présidente de l’ISNAR-IMG ((InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale) , interne de médecine générale à Nancy

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