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A Moscou, le 3 novembre 2020.

Quand la crise oblige à repenser l’économie avec Robert Boyer

44 min
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Les confinements successifs ont entrainé un phénomène jamais observé à l’échelle planétaire : le blocage immédiat et simultané d'une grande partie des économies nationales. Comment notre modèle économique s’en relèvera-t-il à long terme ?

A Moscou, le 3 novembre 2020.
A Moscou, le 3 novembre 2020. Crédits : Alexander NEMENOV - AFP

Depuis le début de la crise mondiale de la Covid-19, les questions sur notre avenir économique se multiplient. Les mesures adoptées par la plupart des gouvernements pour endiguer la diffusion du virus ont entraîné un arrêt brutal de pans entiers de la production et de la demande, au nom de la préservation des vies humaines. En dépit des plans de relance, de nombreux observateurs anticipent une sortie de crise difficile pour les économies. Comment appréhender notre avenir alors que nous sommes encore en pleine pandémie ? Notre modèle économique a-t-il atteint ses limites ? 

Nous en parlons avec Robert Boyer, économiste au CEPREMAP (Centre pour la recherche économique et ses applications), co-fondateur de l’École de la régulation, et auteur de Les capitalismes à l'épreuve de la pandémie (éd. La Découverte).

Robert Boyer

Lorsque le plan de relance a été adopté en France, on pensait que l’économie allait reprendre à la fin de l’année 2020. Or ce que l’on voit aujourd’hui, c’est que le virus mène la danse.

Jusque-là, les gouvernements étaient obsédés par les déficits publics. Or brutalement, il y a eu un basculement des objectifs, et la priorité est devenue la préservation des vies humaines. 

"La santé a été remise au centre du jeu, elle constitue un préalable à toute activité économique"

La nouveauté, c’est aussi la synchronisation des économies. Pendant la première vague, deux tiers des économies ont été touchées simultanément. Cela remet au centre du jeu la santé comme préalable à toute activité économique.

Dans les crises financières comme celle de 2008, l'incertitude est contenue puisqu'elle touche la sphère financière. Ces crises naissent de l'explosion d'une bulle formée par des produits financiers nouveaux et vicieux. Lorsque qu'une telle bulle explose, les banques ne savent plus ce que valent leurs actifs, mais l’incertitude peut-être surmontée par une série de mesures de relance. Or là, nous assistons à un déferlement de l'incertitude sur l'ensemble de l'économie.

Sous la pression du libéralisme, l’idée que le secteur public est moins efficace que le privé s’est répandue. On a confié des tâches publiques à des agences indépendantes, et ce faisant, nous avons évidé le noyau dur de l’action publique. On a tellement créé d’entités qu’elles ne sont plus coordonnées entre elles. C’est donc une crise de l’Etat français.

"Il  n’y aura pas de retour à la prospérité économique sans retour à la sécurité sanitaire"

La dette paie une chute du niveau de vie. Ce n’est pas un crédit qui anticipe de la valeur ajoutée future, mais cela compense un appauvrissement. Il faudrait que les nouveaux crédits servent la relance de l’investissement. 

Après la Seconde Guerre mondiale, il y eu une mathématisation des systèmes de projections économiques. Cela a donné une apparence de rigueur aux analyses économiques, et les économistes ont eu l’illusion qu’ils pouvaient prévoir les cycles. Or en temps de crise, on constate le silence de ces mêmes économistes.

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