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Un iceberg au large du Groenland, pris en photo le 15 août 2019.

Rapport du GIEC : ce qui est irréversible, ce que l’on peut corriger, avec Christophe Cassou

29 min
À retrouver dans l'émission

Le GIEC a présenté lundi la première partie du sixième rapport d'évaluation depuis sa création en 1988. Consacré aux éléments scientifiques de la science climatique, il dresse un tableau accablant des bouleversements climatiques provoqués par l'activité humaine. Comment infléchir cette dynamique ?

Un iceberg au large du Groenland, pris en photo le 15 août 2019.
Un iceberg au large du Groenland, pris en photo le 15 août 2019. Crédits : Jonathan NACKSTRAND - AFP

Depuis la publication de son premier rapport, le GIEC n'a eu de cesse de conforter sa certitude sur les sources humaines du réchauffement atmosphérique observé actuellement par rapport à l'ère préindustrielle ( 1,1° C). Le groupe de scientifiques juge aujourd'hui que le facteur anthropique est indiscutable pour expliquer le réchauffement climatique, dont la tendance est inédite sur une fenêtre temporelle aussi courte. 

Selon le rapport publié lundi matin, au rythme actuel d'émissions, un réchauffement de 1,5° C par rapport à 1750 sera atteint d'ici 2030. L'ambitieux objectif de l'accord de Paris sur le climat serait donc déjà quasiment hors de portée. À cette température, le GIEC prévoit une augmentation sans précédent des événements météorologiques extrêmes. Selon les divers scénarios d'émissions de gaz à effet de serre envisagés, la durée et l'intensité de périodes de canicule et de phénomènes orageux augmenteraient encore.   

Le GIEC alerte en même temps sur la dynamique de fonte des glaciers arctiques, ainsi que sur la capacité décroissante des forêts à agir comme "puits de carbone". Ces dynamiques pourraient-elles renforcer les effets de rétroaction du système climatique ? Alors que le changement climatique est porteur de conséquences dans toutes les régions du monde, pouvons-nous encore inverser la dynamique ? Pour en débattre, nous accueillons Christophe Cassou, climatologue et directeur de recherches au CNRS, co-auteur du rapport du GIEC. 

Réalité incontestable du changement climatique 

Le sixième rapport du GIEC innove par une identification plus fine des réponses du système climatique aux multiples facteurs qui peuvent induire des changements de température. Il établit la responsabilité incontestable du facteur humain dans le réchauffement observé pour cette décennie par rapport à la période préindustrielle.   

On arrive à ce résultat parce qu'on compile différentes méthodes indépendantes pour essayer de comprendre les facteurs qui peuvent induire des changements de température. La compilation de ces méthodes, qui arrivent toutes au même résultat, montre que le réchauffement climatique depuis 10 ans est lié aux activités humaines. Christophe Cassou

On a aussi une meilleure compréhension des enregistrements climatiques passés. Alors évidemment, avant 1850, on ne pouvait pas enregistrer la température, il n'y avait pas d'instruments. On avait ce qu'on appelle des archives climatiques, c'est-à-dire des milieux qui ont enregistré les conditions atmosphériques du moment où ils se sont formés. Donc, on a des carottes de glace [ndlr. des échantillons retirés des calottes glacières], on a des archives comme des pollens, les cernes d'arbres… Christophe Cassou

Dans ce rapport, on remonte jusqu'à cent mille ans pour dire que la dernière décennie est probablement la décennie la plus chaude depuis depuis cent mille ans. Christophe Cassou

Les effets du réchauffement climatique concernant les composantes lentes du système climatique sont irréversibles. Ces effets concernent la cryosphère (fonte des calottes glacières et des glaciers continentaux), mais aussi le réchauffement des océans, qui provoque une augmentation du niveau de la mer, selon Christophe Cassou.

Climats extrêmes et impacts régionaux

Des progrès dans la compréhension des événements extrêmes ont également été faits. Les activités humaines ont ainsi déjà changé les statistiques d'événements tels les canicules, pluies diluviennes, et les submersions marines.

On a des canicules aujourd'hui qui sont plus longues, qui sont plus intenses, qui apparaissent dans des endroits où il ne devrait pas y en avoir, et à des moments de l'année où les températures ne devraient pas être aussi hautes, en particulier dans l'hémisphère nord. Christophe Cassou

Chaque fraction de degré a un effet considérable sur l'apparition de phénomènes météorologiques extrêmes : 

Les événements extrêmes sont très corrélés avec la température globale de la planète. Ils sont très sensibles à une petite fraction de degré supplémentaire, et donc, ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui, c'est un avant goût de ce qu'on va vivre demain. Christophe Cassou

La mise en ligne d'un atlas interactif du changement climatique témoigne par ailleurs de l'apport pour les sciences climatiques d'une approche régionale :

Il y a des régions particulières qui subissent le réchauffement climatique de manière plus forte. On appelle ça des régions sentinelles, parce que c'est là où on voit le réchauffement climatique émerger fortement de la variabilité ou des fluctuations naturelles du climat que l'on subit tous les jours. Christophe Cassou

Les régions arctiques comme le Canada ou la Sibérie se réchauffent ainsi deux à trois fois plus vite que la moyenne globale, un phénomène touchant également l'Europe méditerranéenne.   

Agir pour l'avenir

Le rapport inclut également des événements "à faible probabilité et à haut risque" qui constituent des points de basculement pour le système climatique. Effondrement des calottes glacières antarctiques, dépérissement mondial des forêts, circulation perturbée de l'océan Atlantique nord… Ces événements auraient des effets cataclysmiques pour le climat. 

Si ces événements doivent être envisagés pour cerner le risque climatique, certains constats sont également encourageants : 

On voit que si aujourd'hui on agit, on a une réponse du système climatique qui est assez rapide, plus rapide qu'on ne l'imaginait. Christophe Cassou

L'inertie du système climatique est en fait plus faible qu'on ne l'imaginait, au sens géophysique du terme. Donc, en fait, l'inertie est dans les sociétés humaines. C'est la vitesse des changements que nos sociétés humaines sont capables de faire qui va conditionner le climat futur. Christophe Cassou

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  • climatologue, chargé de recherche CNRS au laboratoire Sciences de l'Univers du Centre Européen de Recherche et de Formation Avancée en Calcul Scientifique, le CERFACS
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