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Des lycéens aux épreuves du baccalauréat, le 17 juin 2019 à Strasbourg

Rentrée scolaire : le mérite dépend-il du diplôme ?

45 min
À retrouver dans l'émission

Si les diplômes sont de moins en moins valorisés sur le marché du travail, il restent nécessaires pour y accéder. Les inégalités face aux diplômes et à leur conversion dans le monde du travail peuvent-elles menacer la cohésion sociale voire la démocratie ?

Des lycéens aux épreuves du baccalauréat, le 17 juin 2019 à Strasbourg
Des lycéens aux épreuves du baccalauréat, le 17 juin 2019 à Strasbourg Crédits : FREDERICK FLORIN - AFP

12 millions 800 000 élèves ainsi que leurs 866 500 enseignants reprendront demain le chemin de l’école. A rentrée exceptionnelle, mesures exceptionnelles : désormais les enfants de plus de 11 ans ainsi que tous les adultes les accompagnant devront obligatoirement porter le masque. Un des protocoles sanitaires « les plus stricts d’Europe » selon Jean-Michel Blanquer. Le ministre de l’Education nationale a souhaité que cette rentrée des classes soit « la plus normal possible » et met un point d’honneur à garder le cap des réformes engagées afin « d’élever le niveau général et réduire les inégalités ». Des inégalités scolaires qui continue à miner l’idéal méritocratique, malgré les réformes successives ces dernières années. Si le taux de bacheliers n’a jamais été aussi élevé, les diplômes sont de moins en moins valorisés sur le marché du travail, tout en restant de plus en plus nécessaires pour y accéder. D’où des attentes déçues, des frustrations chez des jeunes qui se sentent souvent déclassés par rapport à leurs parents, sans compter ceux qui quittent le système scolaire sans aucun diplôme en poche. Ces inégalités face aux diplômes et à leur conversion, ou non, dans le monde du travail peuvent-elles à terme menacer la cohésion sociale voire notre système démocratique ? 

Pour en parler ce matin, nous recevons François Dubet, professeur de sociologie émérite à l’Université de Bordeaux, directeur d’études à l’EHESS et Marie Duru-Bellat, sociologue, professeure émérite à Sciences Po, chercheuse à l’Observatoire sociologique du changement et à l’IREDU, à l’occasion de la sortie aux éditions le Seuil de leur livre L’école peut-elle sauver la démocratie ? 

Marie Duru-Bellat : 

Un enfant de primaire qui est en difficulté, se dit très vite « je suis nul », et ça il va le traîner toute sa vie. Quand on est le dernier de la classe toute sa vie, on est un peu abîmé et en France particulièrement, on relie ces inégalités de réussite à l’intelligence. Les ouvriers dans notre pays disent qu’ils en sont là parce qu’ils sont moins intelligents. L’école renvoie cette image et cela nourrit un ressentiment. 

« Les élèves de polytechnique et de l’ENA, c’est 400 personnes, à savoir 0,06%, qui trustent de nombreuses places dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Si on regarde dans la vie politique, et en particulier dans certains partis, notamment celui qui est au pouvoir, ils sont surreprésentés de façon extrême, et même chez nos députés qui sont 70% à être diplômés du Supérieur alors que cette tranche d’âge-là c’est moins de 30%. Il y a donc une surreprésentation des diplômés qui sont davantage convaincus qu’ils méritent leur place. »

François Dubet : 

La pandémie révèle la faiblesse de notre modèle éducatif. Avec la massification de l’école, on a cru qu’allaient se répandre les valeurs de la raison, de la démocratie, du progrès, de la nation… Or on observe que si vous avez beaucoup réussi à l’école, vous devenez encore plus démocrates, encore plus Verts, encore plus féministes, encore plus antiracistes et si vous avez échoué, vous le devenez encore moins. C’est un paradoxe : l’école élargit son empire et sa capacité éducative, au sens d’autorité morale, faiblit simultanément.

«  Un des paradoxes de l’école, c’est que les inégalités scolaires sont moins fortes qu’elles n’étaient mais elles sont beaucoup plus mal vécues. Il y a une focalisation sur l’idéal de l’égalité des chances. Au fond, on avait rêvé le monde en termes d’inégalités sociales, on ne le pense plus qu’en termes d’inégalités des chances, de discriminations, d’obstacles, mais l’égalité des chances c’est l’idéal d’une société dans laquelle les inégalités sont justes, ce n’est pas l’idéal d’une société d’égaux. C’est un match sportif : on rentre dans le jeu et le meilleur ramasse la mise. »

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Intervenants
  • Sociologue, directeur de recherche à l'EHESS
  • sociologue, professeur émérite à Sciences Po Paris, chercheuse à l'Observatoire sociologique du changement et à l'IREDU
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