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Les éleveurs et agriculteurs s'organisent face aux phénomènes de sécheresse depuis le début de l'été

Sécheresse : comment l'agriculture peut-elle s'adapter ?

19 min
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Après la crise sanitaire, les records de chaleur. Face à un phénomène climatique toujours plus sévère, le secteur agricole tente d'imaginer des alternatives. Mais face à l'urgence, seront-elles efficaces à temps ?

Les éleveurs et agriculteurs s'organisent face aux phénomènes de sécheresse depuis le début de l'été
Les éleveurs et agriculteurs s'organisent face aux phénomènes de sécheresse depuis le début de l'été Crédits : Jean-François Menier - AFP

Les difficultés s'accumulent pour le secteur agricole. Après une baisse d'activité due au confinement, la sécheresse oblige les acteurs à trouver des solutions. Aussi bien les agriculteurs eux-mêmes, comme notre invité Sylvain Ratheau, éleveur de vaches dans la Nièvre et porte-parole de la Confédération paysanne du département, que le milieu associatif, avec notre deuxième invité, Félix Lallemand, docteur en écologie et évolution du Muséum national d'histoire naturelle et co-fondateur de l'association "Les Greniers d'Abondance" qui travaille sur les voies de résilience des systèmes alimentaires. 

La sécheresse aujourd'hui se traduit sur ma ferme par un grand tapis jaune qui s'étend de plus en plus sur l'herbage, des rivières à sec, des animaux qui ont faim. Nous sommes obligés de puiser dans nos stocks hivernaux. C'est la quatrième sécheresse consécutive à laquelle nous devons faire face. Sylvain Ratheau

De tels témoignages existent partout en France. Et ce n'est pas la première fois : chaque année, le milieu agricole décrie cette situation qui, si elle ne peut être considérée comme normale, est devenue habituelle et récurrente. Ainsi, chaque année, les agriculteurs en sont les premiers témoins, et les premières victimes. 

Nous basculons vers un nouveau monde, une nouvelle norme, où les sécheresses perçues il y a quarante ans comme exceptionnelles sont devenues récurrentes. Cela ne fait qu'empirer, en raison des trop importantes émissions de gaz à effet de serre que nous avons déjà générées. En 2050, les sécheresses accrues telles celle de cet été correspondront au niveau moyen de sécheresse des sols. Ce qui sera considéré en 2050 comme une sécheresse exceptionnelle sera un événement inédit, sans équivalent aujourd'hui, avec un potentiel destructeur pour l'agriculture. Félix Lallemand

Récemment, le ministre de l'Agriculture a autorisé les éleveurs affectés par la sécheresse à utiliser les surfaces en jachère pour faire pâturer leurs troupeaux et à faucher  pour produire du fourrage. Une mesure d'urgence nécessaire ? 

C'est une mesure totalement inefficace. Les jachères aussi bien que le restant des prairies ont totalement brûlé. Il n'y a plus que de la paillasse. Comme d'habitude, c'est une mesure qui arrive bien trop tard. De même, l'autorisation de faucher ces mêmes jachères ne sert strictement à rien. C'est de l'inconscience que d'aller faucher des jachères aujourd'hui : on risque de démarrer un feu rien qu'en y utilisant des outils agricoles. Le frottement d'une faucheuse sur des jachères complètement sèches ne sert qu'à mettre le feu dans les bois environnants et à ajouter d'importants dégâts sur l'environnement. Sylvain Ratheau

En tant que porte-parole de la Confédération paysanne de la Nièvre, Sylvain Ratheau alertait déjà sur le facteur aggravant pour la sécheresse qu'est le réchauffement climatique, il y a 15 ans. Chaque année, l'agriculteur pose la même question : face au rôle que joue l'agriculture dans le changement climatique, quel modèle veut-on, une agriculture fermière, ou bien une agriculture industrielle, aux conséquences beaucoup plus dramatiques sur l'environnement ? 

Pour répondre à ce dilemme essentiel, des initiatives associatives se mettent en place afin d'explorer et de promouvoir des modèles agricoles alternatifs et viables au long-terme. C'est le travail de l'association co-fondée par Félix Lallemand, "Les Greniers d'Abondance", qui concentre ses efforts sur la résilience alimentaire. 

La résilience est la capacité d'une société à encaisser des chocs, à maintenir son fonctionnement normal malgré les perturbations. Nous appliquons cette notion à l'alimentation : comment faire pour garantir la sécurité alimentaire dans les territoires face aux perturbations climatiques et énergétiques, face au déclin de la biodiversité et aux problèmes sociaux et politiques que génère la dégradation de l'environnement et qui sont, eux aussi, en train de s'accentuer ? Nous regardons toutes les dimensions du système alimentaire, de la gestion du foncier à la production agricole en passant par la transformation de la distribution des produits (aujourd'hui encore très dépendante du pétrole). Nous essayons de trouver des voies de transformation de ce système car nous anticipons que les conditions de production, d'ici une trentaine d'années, n'auront rien à voir avec celles d'aujourd'hui, et que notre système actuel n'y sera absolument pas adapté. Sa transformation est un impératif pour garantir la sécurité alimentaire. Félix Lallemand

Pour aller plus loin : les recherches de l'association "Les Greniers d'Abondance"

Intervenants
  • docteur en écologie et évolution du Muséum national d’Histoire naturelle, co-fondateur de l’association « Les greniers d’abondance »
  • Eleveur dans la Nièvre

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