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Insécurité alimentaire : l'autre faim du monde avec Antoine Bernard de Raymond et Hélène Botreau

31 min
À retrouver dans l'émission

Au confluent des crises sanitaire et climatique, la faim est au centre des préoccupations internationales. La progression de la malnutrition soulève de nouvelles interrogations sur notre rapport à l'alimentation. La sécurité alimentaire en question, avec Antoine Bernard de Raymond et Hélène Botreau.

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. Crédits : Guido Dingemans, De Eindredactie - Getty

Le dernier rapport onusien est sans appel : l'objectif d'éradiquer la faim dans le monde d'ici 2030 s'éloigne sensiblement depuis la fin des confinements, et même avant. Externalités négatives du changement climatique, prix des denrées agricoles et circuits de distribution inefficaces - autant de facteurs qui remettent la sécurité alimentaire à l'ordre du jour.  

Dans l'attente d'un sommet de l'ONU sur les systèmes alimentaires en septembre 2021, de nombreux rapports pointent la gouvernance des systèmes alimentaires et une production irrespectueuse de l'environnement comme catalyseurs de cette crise de la sécurité alimentaire. Le fossé est profond entre pourfendeurs d'une nouvelle "révolution verte" portée par l'innovation, et les défenseurs d'une production agricole autonome à petite échelle.

Produire plus ou distribuer mieux ? Avec nous pour passer du constat aux solutions, Antoine Bernard de Raymond, sociologue et auteur, avec Delphine Thivet, de Un monde sans faim (2021), et Hélène Botreau, porte-parole d'Oxfam France pour la sécurité alimentaire. 

Crise multiforme

La crise sanitaire, le changement climatique et les conflits ont contribué à aggraver l'insécurité alimentaire à travers le monde. Deux personnes sur trois souffrant de faim extrême vivent ainsi dans des régions où sévissent des conflits.

Les restrictions qui ont été appliquées pour endiguer la pandémie du Covid-19 ont donné lieu à des fermetures de frontières, un manque de débouchés pour les producteurs et productrices, et à une paupérisation croissante d'une partie de la population ayant perdu leur activité sans  bénéficier d'un filet de sécurité sociale. Hélène Botreau

Alors que la faim reculait encore il y a quelques années, des pays à moyen revenu connaissent à nouveau une recrudescence de la malnutrition. Le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud sont ainsi devenus des foyers de la faim, selon Hélène Botreau. Les pays du Nord ne sont pas épargnés non plus: en France, Oxfam estime que 8 millions de personnes nécessitent une aide alimentaire, c'est-à-dire 2,5 millions  de plus qu'en 2019. Alors que la France n'a pas connu de problèmes majeurs d'acheminement en denrées alimentaires du fait des confinements, de nombreuses personnes n'ont plus pu recourir au travail informel comme source de revenu. 

Des réactions ponctuelles

Pour Antoine Bernard de Raymond, la crise sanitaire fait écho à la crise de 2008, qui avait causé des "émeutes de la faim" dans 60 pays du monde. Cet épisode avait conduit à une réforme de la gouvernance internationale de l'alimentation et à un sursaut de solidarité.

C'est un problème qui tend à exister, justement, quand on est dans des situations de crise ou perçues comme telles. On va organiser un sommet et on va essayer de prendre des décisions, de créer des institutions ou des mécanismes d'action pour résoudre ces problèmes-là. Antoine Bernard de Raymond

Une action qui ne s'inscrit pas suffisamment dans la durée, selon l'auteur d'Un monde sans faim. En cause, affirme Hélène Botreau, une volonté politique insuffisante, alors que la production agricole mondiale suffirait à nourrir bien plus que la population mondiale actuelle. Pour remédier aux pertes de revenu imprévisibles comme lors de confinements, Oxfam France plaide pour la mise en œuvre d'un Fonds mondial pour la protection sociale. Pourtant, une proposition récurrente consiste à augmenter les stocks produits :  

Il y a des gens qui, lors des crises, vont vous dire qu'il faut augmenter la production parce que la population mondiale augmente et s'urbanise, raison pour laquelle il faudrait plus de calories par tête. Antoine Bernard de Raymond

C'est une option qu'on peut contester mais qui reste politiquement prégnante. À l'inverse, il y a une vision différente qui parle non pas de la production agricole, mais plutôt de l'alimentation, des régimes alimentaires. Antoine Bernard de Raymond

Réforme ou navigation à vue?

Tandis que des ONG plaident pour une transformation des chaînes d'approvisionnement et le passage vers des systèmes alimentaires inclusifs et durables, les plans de réforme de la Banque Mondiale, du G7 ou du G20 s'appuient sur des partenariats publics-privés et suivent une logique de gains de productivité et d'innovation technologique. 

La FAO, institution onusienne qui se charge historiquement de la sécurité alimentaire, n'a pas de moyen d'action directe sur l'organisation des marchés. 

C'était un débat à la création de cette institution dans les années 40, à la création du système onusien. C'est finalement une agence d'aide au développement agricole par la formation et le progrès scientifique qui a été créée. Antoine Bernard de Raymond

La gestion du commerce internationale a elle été déléguée à l'OMC, tandis que la FAO ne peut agir ni sur la distribution de stocks ni sur la régulation du marché agricole. Avec une dizaine d'agences onusiennes saisies des questions alimentaires et d'autres organisations internationales telles la Banque Mondiale ou le G20 avec leurs propres plans d'action, la gestion de la sécurité alimentaire manque de cohérence.  

Alors qu'un sommet à été convoqué par Antonio Guterres pour septembre 2021, il est déjà vivement critiqué pour tenir à l'écart le Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale (CSO), organe représentatif des acteurs concernés par les problèmes de faim.

Les anciens rapporteurs des Nations Unies sur le droit à l'alimentation ont utilisé une métaphore  intéressante en disant que c'était comme si on arrivait à un dîner et en fait, la table est déjà mise. Le menu est déjà décidé et on vous dit à côté de qui s'asseoir. C'est vraiment extrêmement problématique, puisque la société civile, les organisations paysannes, les travailleurs et travailleuses des chaînes de valeur agricoles sont les principaux concernés par ce qui se passe sur nos systèmes agricoles et alimentaires. Ils devraient avoir une place prépondérante dans ce sommet. Hélène Botreau 

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