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Femme travaillant depuis chez elle (14.05.2020)

Télétravail, isolement, précarité… le bien-être des Français à l’épreuve. Avec Claudia Senik et Yann Algan

44 min
À retrouver dans l'émission

Jusqu’ici, le gouvernement gérait la crise sanitaire, tiraillé entre les enjeux de santé et d’économie. Depuis quelques temps, une troisième variable, le bien-être, semble faire son apparition.

Femme travaillant depuis chez elle (14.05.2020)
Femme travaillant depuis chez elle (14.05.2020) Crédits : LOIC VENANCE - AFP

The Economist a présenté la semaine dernière son évaluation annuelle de l’état de la démocratie dans le monde. Et l’hebdomadaire britannique relègue la France au rang de démocratie défaillante. La crise sanitaire a certes induit des mesures, mais celles-ci se sont révélées en France particulièrement coercitives. D’un point de vue subjectif, la situation ne serait guère plus réjouissante car, selon l’étude de l’Observatoire du bien-être en France en 2020, les Français seraient particulièrement peu satisfaits. 

Comment la défiance, interpersonnelle mais aussi politique, a-t-elle impacté la gestion de la crise sanitaire ? La crise sanitaire est-elle une crise de défiance ? Comment reconstruire la confiance ? 

Claudia Senik : professeur à Sorbonne-Université et à l’Ecole d’économie de Paris, directrice scientifique de l’Observatoire du bien-être au cepremap, directrice de l’ouvrage “Crises de confiance”, Éditions la découverte

Yann Algan, professeur d’économie à Sciences Po et doyen d’affaire public, co-auteur de “Les origines du populisme” (Seuil, 2019)

Comparaison entre le premier et deuxième confinement

Grâce à cette enquête trimestrielle en partenariat avec l'Insee, on peut suivre assez fréquemment, les différentes dimensions du bien-être, du ressenti subjectif des Français. On voit que le premier confinement n'a pas été vécu très douloureusement par l'ensemble des Français. En fait, ça dépend des situations, mais la moitié des Français ne l’ont plutôt pas mal vécu. Claudia Senik

Ce genre de parenthèses peut avoir son charme quand on sait que pour un temps limité. Le confinement a eu un effet vraiment euphorisant sur les gens et même une reprise de la consommation, etc. Claudia Senik

Dans le rapport, on voit graphiquement la replongée de la dernière vague de décembre 2020.  Pas tellement l'estimation par les Français de leurs perspectives économiques, mais surtout, au niveau du moral, de l’anxiété et du mal-être. Claudia Senik

La mesure du bien-être

Le gouvernement et l'ensemble des analystes se sont rendu compte qu’avant on était dans une espèce de dilemme cornélien entre santé et économie, et maintenant il y a une troisième dimension, qui était très importante et qui influe sur les deux autres, qui est le moral des Français. Claudia Senik

Une enquête de Santé Publique France montre que les indices d’anxiété, de dépression et même de pensées suicidaires commencent à avoir une prévalence très élevée. Surtout chez les personnes âgées recluses et chez les jeunes qui sont en train de rater la période où les relations sociales sont un facteur de construction de soi. Claudia Senik

Pendant le premier confinement il y a eu énormément de renouveau utopique. C’est le moment de tout mettre à plat et voir ce qu’on peut garder ce qu’on peut jeter. […] Le deuxième confinement a été beaucoup plus sombre et moins propice à la floraison de grands espoirs, mais reste un moment de prise de conscience. Claudia Senik

Un second confinement inégalitaire

La seconde période de confinement s’est ressenti beaucoup plus durement et il y a deux grandes explications à cela. Il y a bien sûr l'épuisement psychologique, la solitude, notamment chez les jeunes étudiants privés d'interactions sociales. Mais il faut bien voir aussi que la situation actuelle est ressentie de façon beaucoup plus inégalitaire. Yann Algan

Pendant le premier confinement, on n'avait pas le sentiment, contrairement à la seconde période, que certains magasins pouvaient ouvrir, d'autres pas. Certains avaient des mesures restrictives et d'autres non. Yann Algan

Les dangers d'un manque de perspectives 

La projection et l’anticipation de l’avenir, la possibilité de se projeter sont un élément essentiel du bien-être. Le fait que les horizons soient bouchés est un facteur de dépression important. Claudia Senik

Si on avait les moyens de dire que la lumière est au bout du tunnel, ça irait mieux pour tout le monde. Claudia Senik

Il y aura certainement un avant et un après surtout si l’idée s’installe qu’il y aura des pandémies. Ce mal-être français est lié à une nostalgie d’un monde révolu, passé. Claudia Senik

Les particularités de la crise de confiance en France

On s’aperçoit dans les comparaisons internationales, que la France présente un certain nombre de singularités. La première, c'est la très forte insatisfaction dans la gestion de la crise par le gouvernement dans l'ensemble des classements internationaux. On n'est au même niveau que les États-Unis et le Brésil, avec deux tiers des citoyens qui rejettent vraiment la gestion gouvernementale. Yann Algan

Il y a une deuxième chose qui est vraiment singulière, c'est la façon dont a été géré la crise. Je renvoie un très bon livre qui a été fait par Henri Bergeron et ses coauteurs sur la crise du Covid d'une crise organisationnelle, qui montre bien que dans un pays où la coopération initiale est faible, on a tendance à multiplier les structures : ARS, Conseil scientifique, Santé publique France. Des structures qui, en plus, ne collaborent pas entre elles. Yann Algan

Troisième spécificité : On est le seul pays qui, au cours de la crise, a autant décroché dans la confiance au niveau des scientifiques. […] On en est maintenant à 60 % des Français qui disent avoir confiance envers les scientifiques. Yann Algan

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Bibliographie

bibliography

Crises de confianceLa Découverte, 2020

Les Origines du populisme

Les Origines du populismeYann Algan, Daniel Cohen et Martial FoucaultSeuil, coll. La République des idées, 2019

Intervenants
  • professeure d’économie à Sorbonne Université et à l'École d'économie de Paris. Elle dirige l'Observatoire du bien‐être du CEPREMAP et est directrice adjointe du CEPREMAP (Centre pour la Recherche Economique et ses Applications).
  • doyen de l’école d’affaires publiques de Sciences Po et professeur d’économie
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