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Attentat à la basilique Notre-Dame de Nice

Terrorisme islamiste : que peut notre politique de renseignement ? Avec Benjamin Oudet

17 min
À retrouver dans l'émission

L'attaque qui s'est déroulée peu après 9 heures du matin à l'intérieur de la basilique Notre-Dame de Nice a fait trois morts. Le Parquet national antiterroriste s'est saisi de l'affaire.

Attentat à la basilique Notre-Dame de Nice
Attentat à la basilique Notre-Dame de Nice Crédits : VALERY HACHE - AFP

Le procureur national antiterroriste l'annonçait en octobre : une demi-douzaine d'attentats ont été déjoués ces derniers mois en France. La menace terroriste a conduit à une profonde réorganisation des services de renseignement, notamment par la loi sur le renseignement votée en 2015. Quel bilan tirer de la réforme interne des Services de renseignement français de 2015 ? Comment évaluer la politique publique du contre-terrorisme ? 

Pour en parler,  Benjamin Oudet, doctorant en Science politique à l'université de Poitiers, enseignant. Il est également rattaché à l'Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM). Il est co-auteur, avec Olivier Chopin, de "Renseignement et Sécurité", éd. Armand Colin. 

Un échec de la politique française du renseignement ?  

C'est la question qui se pose à chaque fois que malheureusement, se produit un attentat. On s'interroge sur effectivement l'échec du renseignement. Ce qui est intéressant d'observer, c'est qu'en l'espèce la question n'est pas posée de cette manière, et que ne se pose pas la question de l'échec du renseignement : des réformes ont eu lieu, une attribution de nouveaux moyens technologiques et humains, la loi de 2015 qui a permis le recours à un certain nombre de techniques de renseignement. On vivait peut être depuis quelques mois dans l'illusion que nous sortions du cycle contre-terroriste. C'était sûrement une forme d'illusion et le regard se portait plus vers des menaces interétatiques plus traditionnelles. La réponse est posée en termes de valeur, mais les services de renseignement, malgré l'augmentation des moyens humains et techniques, ne peuvent pas pénétrer jusqu'à la psyché des individus au point de pouvoir détecter ce type de passage à l'acte. Benjamin Oudet

"Après l'évènement, c'est plus simple de reconstituer la chaîne causale qui a conduit à l'évènement. Ce qui a manqué, c'est le lien entre les messages qui ont été écrits sur les réseaux sociaux et la situation telle qu'elle pouvait s'encastrer dans l'établissement scolaire. C'est sans doute peut être une limite du renseignement technique. En tout cas, ce qui est ce qui est sûr, c'est que le renseignement technique ne peut pas aller jusqu'à la recomposition d'une chaîne causale en amont." Benjamin Oudet

Il faut revenir très rapidement à la généalogie de ce qu'a été la réforme du renseignement depuis 2008. Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, s'opère la fusion entre la direction de l'assurance du territoire, la DST et la direction centrale des Renseignements généraux. A l'occasion de cette fusion, il y a eu une perte de ce qui faisait la capacité du renseignement territorial qui était portée par les renseignements généraux, c'est à dire des gens des RG comme on en connaît bien dans l'imaginaire collectif. Des gens des RG avaient capacité de connaître sur un territoire, au bénéfice du préfet, un peu ce qui se passait dans les entreprises. C'est ce qui se passait dans les établissements scolaires, et de façon générale dans le tissu social. Cette capacité a été démantelée en 2008.  Benjamin Oudet

Une collaboration européenne du renseignement

Plus de 98% des informations qui sont collectées sont partagées dans des relations bilatérales entre Etats, dans l'espace européen. Le cycle terroriste qui a été ouvert par le 11 septembre, mais surtout dans l'espace européen par les attentats de Londres et Madrid, a conduit à un accroissement exponentiel du nombre d'échanges. Benjamin Oudet

Comment évaluer l'efficacité de ces coopérations ?

En France, on communique très peu dessus. Quelles en sont les modalités réelles ? C'est beaucoup plus compliqué par le Parlement, qui ne fait pas partie de cette délégation qui est, disons, un acteur un peu à la périphérie de la politique publique de renseignement. Dans le cadre des coopérations, il y a une règle de fonctionnement des relations bilatérales, la règle du tiers service, qui énonce que vous ne pouvez pas transmettre une information que vous avez reçu d'un service étranger sans demander à ce service l'autorisation de transmettre cette information. Dans ce contexte, la délégation parlementaire est considérée comme étant un tiers service. Il faudrait pouvoir demander l'autorisation à tous les services partenaires avant de transmettre l'information à la délégation parlementaire au renseignement. Benjamin Oudet

Pour écouter la seconde partie des Matins, avec l'écrivain américain Daniel Mendelsohn, c'est ici.

Bibliographie

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