LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Un silo à grains sur le port de Beyrouth le 14 juillet 2021

Un an après l'explosion de Beyrouth, les plaies à vif du Liban. Avec Karim Emile Bitar et Zeina Arida

31 min
À retrouver dans l'émission

Un an pile après l'explosion qui a ravagé une capitale déjà marquée par une crise endémique, qui pour traduire en justice les responsables et remédier à la catastrophe humanitaire qui traverse le Liban ? Une discussion, suivie par une visite sur place du Musée Sursock, toujours fortement endommagé.

Un silo à grains sur le port de Beyrouth le 14 juillet 2021
Un silo à grains sur le port de Beyrouth le 14 juillet 2021 Crédits : PATRICK BAZ - AFP

Le 4 août 2020 explosaient dans le port de Beyrouth plusieurs tonnes de nitrate d'ammonium entreposées depuis 2013 sans aucune mesure de sécurité. Un an après, qui pour traduire en justice les responsables et pour remédier à la catastrophe humanitaire qui traverse le Liban ?

Bien avant que Beyrouth ne soit dévastée par l'une des plus importantes explosions non-nucléaires jamais enregistrées, le Liban était en proie à une crise économique galopante sur fond d'irresponsabilité politique. La contraction du PIB par tête de 40% (baisse du PIB de 55 à 33 milliards de dollars) entre 2018 et 2020 est parmi les plus brutales depuis la Seconde Guerre mondiale, selon la Banque Mondiale, qui n'a recensé des cas de cette amplitude que dans des pays en proie au conflit et à la guerre.

Pointant les réponses "délibérément inadéquates" des pouvoirs publics libanais, la Banque Mondiale émet un jugement sans appel sur la classe politique libanaise. Celle-ci est accusée de détourner des fonds publics pour satisfaire le clientélisme qui alimente le partage confessionnel du pouvoir.  

Alors que le Premier ministre désigné Najib Mikati a reconnu lundi que la constitution d'un gouvernement ne pourrait être conclue d'ici le jour des commémorations, comment expliquer la paralysie des institutions étatiques ? Pour discuter des dangers et des espoirs qui traversent la démocratie libanaise, les Matins accueillent Karim Emile Bitar, directeur de l’institut de sciences politiques à l’université Saint-Joseph de Beyrouth et directeur de recherches à l’IRIS.

Politiques irresponsables dans le pays du cèdre

J'avais vécu quinze années de guerre civile au Liban et je n'avais jamais ressenti une explosion d'une telle ampleur. C'est pour cela que nous avions pensé que l'enquête irait vite, et le gouvernement nous avait promis des résultats en cinq jours, et nous nous retrouvons un an après, sans gouvernement, sans le moindre résultat. Karim Bitar

Il y a un tel degré d'incompétence, de corruption, d'inégalités au Liban, que les politiques préconisées par le FMI apparaissent comme beaucoup plus progressistes que celles qui sont en vigueur au Liban. Mais pour que cette aide internationale soit débloquée, cela passe par la formation d'un gouvernement. Karim Bitar

Il y a une urgence humanitaire, mais il ne faudrait pas que cette aide humanitaire ne vienne remettre à flot cette classe politique, ne vienne leur permettre de reclientéliser la population libanaise, à quelques mois des élections. Donc, il faut absolument que cette aide passe par l'intermédiaire d'ONG plutôt que par l'intermédiaire des partis politiques. Karim Bitar

À long terme, il faut reconstruire un Etat, reconstruire des services publics. Le gros problème du Liban, c'est que l'Etat a toujours été trop faible, et c'est cette faiblesse de l'Etat qui a permis aux communautés d'asseoir leur assise et de conquérir leurs clientèles respectives. Karim Bitar

Une ville à reconstruire : le musée Sursock

dans le musée Sursock le lendemain de l'explosion, le 5 août 2020
dans le musée Sursock le lendemain de l'explosion, le 5 août 2020 Crédits : PATRICK BAZ - AFP

En deuxième partie, nous diffusons la visite par Frédéric Martel du musée Sursock à Beyrouth, en compagnie de sa directrice, Zeina Arida. Le musée, situé à 800 mètres en ligne droite de l'épicentre de l'explosion, est fermé depuis le 4 août 2020.

Le musée a implosé. Les dégâts sont énormes au niveau du bâtiment historique datant de 1912, la villa de Nicolas Sursock, mais les dégâts vont aussi jusqu'au 4ème sous-sol. Zeina Arida 

C'est mon expérience de la guerre qui nous a sauvés, (..) on a cette habitude, pour se mettre à l'abri, de s'éloigner des vitres. Donc j'ai demandé à mes collègues de s'éloigner, de me suivre à l'entrée des bureaux. Zeina Arida

On s'est retrouvés sans porte, sans fenêtre, sans toit, sans cage d'escalier et sans ascenseur, et tout ça pour un musée qui d'habitude est exigeant sur le niveau d'humidité à l'intérieur. Zeina Arida 

Portes défoncées, œuvres déchirées et recouvertes de poussière : l'explosion sur le port a ravagé tout l'intérieur du musée. Un important travail de restauration devra être réalisé, notamment dans les ateliers du centre Pompidou :  

Ce sont trois œuvres qui nécessitent beaucoup de travail, une grande équipe qu'on n'a pas ici. Zeina Arida

On a dû faire une campagne de dépoussiérage gigantesque qui a duré plus de trois mois, avec trois équipes de volontaires qui travaillaient tous les jours. Zeina Arida

Chroniques
8H00
14 min
Journal de 8 h
Afghanistan : un attentat à Kaboul fait au moins quatre morts et 20 blessés
Intervenants
  • Directeur de l'Institut des Sciences politiques de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.
  • Directrice du Musée Sursock de Beyrouth
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......