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Enfants nigériens jouant le long des clôtures de l'armée de l'air française en décembre 2017, à Niamey. LUDOVIC MARIN / AFP

"Zone des trois frontières" : l'épicentre des violences au Sahel

25 min
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L'assassinat de huit personnes, dont deux Nigériens et six Français dimanche 9 août dans la réserve de Kouré, proche de la capitale Niamey, illustre la complexité de la guerre au Sahel dans laquelle la France est engagée depuis 2013.

Enfants nigériens jouant le long des clôtures de l'armée de l'air française en décembre 2017, à Niamey. LUDOVIC MARIN / AFP
Enfants nigériens jouant le long des clôtures de l'armée de l'air française en décembre 2017, à Niamey. LUDOVIC MARIN / AFP Crédits : LUDOVIC MARIN / AFP - AFP

Niagalé Bagayoko, politologue et présidente du Réseau africain du secteur de la sécurité et spécialiste de cette région, décrypte la situation.

Les humanitaires, nouvelle cible ?

Sept des huit passagers assassinés faisaient partie de l'ONG Acted. Il était possible d'identifier leur statut d'humanitaires à partir de la plaque d'immatriculation du véhicule dans lequel ils se déplaçaient. Il est même possible que leur nationalité puisse avoir été un facteur déclencheur de l'attaque.  

Il n'y a pas que les groupes armés qui agissent dans la zone. Il y a aussi des groupes d'autodéfense mis en place par les populations elles-mêmes qui se constituent sur des bases communautaires, ce qui implique des conflits. Il y a des bandits armés, comme les appellent les populations, ou des hommes armés non identifiés. Les populations civiles sont soumises à de nombreuses attaques, y compris parfois de certaines unités ou membres des forces de défense et de sécurité. Niagalé Bagayoko.

Même si le groupe n'avait pas été particulièrement visé, ce que l'enquête à venir devrait déterminer, l'attaque pose aux yeux de Niagalé Bagayoko la question de la protection des civils, pour qui les humanitaires se déplacent en premier lieu. Ils sont pris en étau par les groupes et les individus armés de la région. L'intervention militaire est nécessaire, mais largement insuffisante toutefois, pour parvenir à rendre vivable leur situation. "Le modèle d’État post-colonial actuel, avec des élites corrompues (...) et trop investies dans des logiques d'exploitations des rentes extérieures" est largement remis en cause, notamment dans les manifestations de la population, par exemple contre Ibrahim Boubacar Keïta, président du Mali. 

Une zone conflictuelle

Si le Niger est "moins touché", il n'est pas épargné par les violences, loin de là. Il fait face à trois fronts : la zone des trois frontières (Mali, Burkina Faso, Niger), à l'Est, où agit l'Etat Islamique au Grand Sahara; l'Ouest, occupé par "les héritiers" du groupe Boko Haram, divisé en deux factions; ainsi que le Nord de la Lybie. 

Les fronts "des trois frontières", de l'Est et de la Lybie. L'attaque s'est déroulé à proximité de la capitale, Niamey.  Encyclopaedia Britannica
Les fronts "des trois frontières", de l'Est et de la Lybie. L'attaque s'est déroulé à proximité de la capitale, Niamey. Encyclopaedia Britannica Crédits : Encyclopaedia Britannica - Getty

La proximité avec la capitale de la réserve de Kouré, où a eu lieu l'incident, est un signal "particulièrement préoccupant". 

Niamey était en effet considérée comme relativement sûre. Et si ce n'est sûre, en tout cas, jouissant d'une protection satisfaisante. Niagalé Bagayoko.

La dernière attaque visant des Occidentaux avait eu lieu en 2011. Vincent Delory et Antoine de Léocour avaient été pris en otage dans un bar de la la ville. 

L'intervention des puissances étrangères, et notamment de la France, est destinée à combattre cette violence. L'objectif est celui de la lutte contre le terrorisme, même si Niagalé Bagayoko considère que cet axe ne "répond que partiellement à la complexité de la problématique" de la zone.  Toutefois, elle contribue à maintenir les dirigeants au pouvoir et par cela à l'insatisfaction des populations. 

Terreaux du terrorisme

Al-Qaïda au Maghreb Islamique a "décliné toute responsabilité". Mais il n'est pas le seul groupe à opérer dans le territoire, puisque le Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans, qui se divise en plusieurs factions, y est aussi présent. Ils coopéraient anciennement, mais sont aujourd'hui en conflit et n'ont plus du tout les mêmes méthodes opérationnelles, Al-Qaïda ne ciblant que les représentants de l'autorité tandis que le GSIM vise les civils. Leur action s'explique notamment par la crise de gouvernance et la défaillance de l'Etat.

La compétition à laquelle on assiste entre ces groupes est celle de la gouvernance de portions de territoire qui ne sont plus contrôlées par l'Etat. Les groupes affiliés à Al-Qaïda, notamment, sont très investis dans les mécanismes locaux de gestion des ressources naturelles (...) ou dans l'activation de mécanismes de réconciliation de type coutumier. (...) Mais cela se produit vraiment dans un contexte où les Etats n'ont pas été capables d'assumer leurs responsabilités régaliennes ou sociales. (...) Il y a un désespoir face à un sentiment d'abandon des États. Niagalé Bagayoko.

Le sentiment d'une "incapacité des Etats à répondre aux attentes en matière d'éducation, en matière de démocratisation, en matière de développement, en matière d'urbanisation" nourrit le mécontentement des populations, au même titre que la perception de l'inefficacité de l'intervention internationale pour améliorer leur condition. Par ailleurs, les débordements des unités armées étrangères comme nigériennes constituent parfois une motivation à intégrer des groupes terroristes. 

Il y a vraiment différentes motivations pour adhérer à ce type de mouvement.  Elles peuvent être économiques. Elles peuvent être idéologiques. Bien sûr, elles peuvent être religieuses. Elles peuvent être criminelles. Il est très, très important de faire faire une sociologie assez fine et très compliquée.  Niagalé Bagayoko.

Les situations sont par ailleurs contrastées, entre les zones urbaines et rurales, les capitales et le reste des pays. Il est difficile dans cette perspective d'effectuer une description uniforme du terrorisme, celui-ci étant dépendant à la fois des logiques internationales, et à la fois des contextes locaux.

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  • Politologue, présidente de l’African Security Sector Network, une organisation panafricaine qui rassemble des spécialistes de la réforme des systèmes de sécurité
  • journaliste, reporter (France 24, Jeune Afrique)

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