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acrophobie

5 min
À retrouver dans l'émission

Toujours disponibles... "Les Belles Lettres du Professeur Rollin", éd. PLON "Les Grands Mots du Professeur Rollin", éd. POINTS Mes amis, Souvent, après m'avoir laissé vous entraîner dans de folles aventures lexicales, au secours de mots si menacés que plus un seul être sur cette terre ne pensait pouvoir les sauver... souvent, au moment de savourer la savoureuse victoire que nous venons ensemble de remporter... souvent vous me soufflez à l'oreille : « Oh lala, professeur, vous nous avez emmenés à des hauteurs si vertigineuses que nous en frémissons ». C'est bien normal, soit dit en passant. Mais ce que j'entends surtout relever, c'est que vous êtes, dans ces précieux moments d'extase, victimes d'une forme noble d'acrophobie. L'acrophobie, avec un seul C bien entendu... c'est - vous le saviez, mais il n'y a pas de honte à le rappeler -, la phobie des lieux élevés, phobie souvent accompagnée de vertiges. Le plus généralement, l'acrophobie se manifeste en montagne, ou sur la Tour Eiffel, ou dans le quartier de la Défense, ou même en haut d'une échelle... mais il n'est pas rare, pour autant, que la perspective d'une imminente conquête intellectuelle de grande envergure confine à une forme d'acrophobie mentale. L'acrophobie est formée sur le préfixe grec acro-, akron, qui signifie « extrémité ». L'extrémité supérieure, autrement dit le haut, lorsqu'on parle de l'acropole, le haut de la ville, la ville haute. Ou bien les extrémités du corps, lorsqu'on parle du douloureux trouble de la circulation sanguine dénommé « acrocyanose ». Il ne faut pas tout mélanger : l'acrophobie n'est pas le vertige. L'acrophobie est ce qu'on appelle une phobie de situation : la personne atteinte redoute de se retrouver dans une situation au cours de laquelle elle serait en hauteur, susceptible de tomber ou de s'effondrer en l'absence d'aide ou de protection, et elle redoute tout autant de voir d'autres personnes dans la même situation. Comme dans toute phobie, la victime reconnaît parfaitement le caractère absurde de ses troubles, mais cela ne parvient pas à la rassurer. Ecoutons donc, pour nous détendre, le guitariste néozélandais Kevin Borich interpréter, de toute la hauteur de son céleste talent, un morceau de grande altitude intitulé, précisément, Acropolis. Acropolis, de 0,21 à 1,07 Nous ne pouvons pas décemment évoquer l'acrophobie sans dérouler la longue liste des phobies, au sein de laquelle certaines dénominations sont largement contestables, voire farfelues, particulièrement lorsqu'elles procèdent d'une sorte perverse de néologismomanie technocratique et opportuniste... vous voyez ce que je veux dire. Citons d'abord les moins suspectes... les bien connues agoraphobie et claustrophobie ; l'hématophobie, peur du sang ; l'acarophobie, peur des acariens, et l'arachnophobie, peur des araignées. Admettons l'éreutophobie, la peur de rougir ; la nosophobie, peur de la maladie, et la zoophobie, peur des animaux en général. Admettons même la coprophobie, peur des excréments ; l'apiphobie, peur des abeilles ; ou la gymnophobie, peur de la nudité. Admettons à l'extrême rigueur la phobophobie, qui serait la peur d'avoir peur... Mais laissons à Simone le soin d'énumérer les plus farfelues... - Oui, volontiers, et sans complexes... Je suis ravie de citer la dysmorphophobie, qui est la peur des anomalies physiques ; l'ablutophobie, la peur de se baigner et de se noyer ; l'ailurophobie : la peur des chats ; et l'achluophobie, peur de l'obscurité. - Et c'est parti pour le grand délire... - Si tu veux... Avec l'apopathodiaphulatophobie, qui est la peur d'être constipé. L'hexakosioihexekontahexaphobie, je ne plaisante pas, c'est la peur du nombre 666. - Moi non plus, je ne plaisante pas... - ... et je reviens à des phobies plus banales, avec la triskaïdekaphobie, traditionnelle peur du nombre 13, et la paraskevidékatriaphobie, qui est, comme chacun le sait, la peur bien légitime du vendredi 13. - Sans commentaire. Enfin : sans autre commentaire que « sans commentaire ».... (Simone) : Mes amis, la prochaine fois, on ne sait pas, parce que là, le professeur, il a la tête qui tourne, apparemment...

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