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airain

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Mes chers homoglottes, Nous allons parler d'airain. Non pas pour évoquer quelque souci néphrétique, ce n'est pas de ces reins là qu'il s'agit, mais bien de l'airain, a-i-r-a-i-n, L'airain, c'est le vieux nom du bronze, le bronze qu'on ne présente plus, et qui est un alliage de cuivre et d'étain. Si on accepte d'appeler campanologie l'étude des cloches, on acceptera de dire que l'airain désigne en campanologie l'alliage utilisé pour la fonderie des cloches, et qu'alors un peu de zinc s'ajoute au cuivre et à l'étain. Mais l'airain, coulé par le bronze, au sens propre, survit essentiellement au sens figuré, et c'est en ce sens qu'il peut encore être protégé. Chacun connaît, en premier lieu, la loi d'airain, cette loi décrite par l'économiste allemand Ferdinand Lassalle, né à Breslau en Pologne en 1825 et mort à Genève en 1864. Lassalle a énoncé, et même dénoncé, la loi d'airain comme étant la loi qui, en régime capitaliste, réduit mécaniquement le salaire de l'ouvrier au minimum vital. Pas de quoi pavaner, donc. Pour les capitalistes, j'entends. D'un autre côté, nous avons tous en mémoire, du moins je l'espère, la biche aux pieds d'airain, la biche de Cyrénie, qui est l'enjeu du troisième des travaux d'Hercule. Rien de bien excitant, du reste, dans ce travail-là : Hercule, alias Héraclès, poursuit cette biche pendant toute une année, au bout d'un an il la touche d'une flèche bien placée au moment où elle traverse le fleuve Ladon, et le tour est joué. A côté de l'hydre de Lerne ou du sanglier d'Erymanthe, c'est de la petite bière. Toujours au figuré, il n'existe malheureusement pas de noces d'airain : il faut se contenter des noces de bronze, qui célèbrent 22 ans de mariage, ou alors, pour les plus ingénieux, fêter le même jour les noces d'étain et les noces de cuivre, qui couronnent respectivement 10 et 32 ans de mariage. Alliance de l'alliage, alliage de l'alliance. Notez au passage qu'en matière de longévité conjugale, le métal le plus coté est encore un alliage, le vermeil, alliage d'or et d'argent qui récompense 70 ans de mariage. Puisque nous parlons de longévité heureuse, écoutons donc résonner l'airain des trois cloches des neuf compagnons de la chanson, avec la voix cristalline du beau Fred Mella. Les trois cloches, de 0,25 à 1,00 Merci, joyeux compagnons. Autre poète, Alfred de Vigny devait avoir une affection particulière pour l'airain : dans le premier poème du recueil des Destinées, finement intitulé « Les destinées », Alfred cite en effet trois fois l'airain en 123 vers, une fois dans un doigt, le doigt d'airain, « doigt des Volontés inflexibles et graves », une autre fois dans les pieds, en l'espèce « leurs pieds d'airain, leur main inexorable et leur face inflexible », une troisième fois dans les tables, il s'agit des «tables d'airain où notre loi se grave ». Dans la suite du recueil, on trouvera également des « colonnes d'airain » et une « colombe au bec d'airain », voilà un poète qui avait l'airain solide. Venons-en maintenant à l'aspect pratique des choses : - Simone : interrogation surprise concernant les alliages... - Ca me fait pas peur, je viens de réviser... - Voyons ça : un alliage de cuivre et d'étain, c'est ? - Du bronze, ou de l'airain... solide, comme tu l'as dit. - Fer et carbone ? - C'est l'acier, comme disait l'empereur d'Ethiopie... - L'alliage du cuivre et du zinc ? - C'est le laiton, comme on dit à Riga. - Cuivre et argent ? - C'est le billon, billon noir ou billon blanc. - Et que dis-tu, Simone, d'un alliage de cuivre, de zinc, de nickel, d'argent, de plomb et de fer. - Je dis que c'est un peu n'importe quoi ! - Tout à fait... d'où son nom : le maillechort. - D'où le dicton: « Le maillechort, c'est un peu n'importe quoi ». - C'est un dicton ? - Embrasse-moi ? Mes chers homoglottes, nous verrons dans un prochain chapitre s'il y a lieu de défendre l'ikebanane, qui serait l'art de disposer les bananes en bouquets. Le débat reste ouvert.

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