LE DIRECT

albédo

5 min
À retrouver dans l'émission

"Les Belles Lettres du Professeur Rollin.com" vient de paraître chez PLON. "Les Grands Mots du Professeur Rollin" est désormais disponible en poche chez POINTS. Mes amis, Afin de décourager dans l'oeuf toute velléité de contestation qui pourrait naître au sein du vénérable auditoire que vous formez, je vous relis l'article 121 G des statuts de notre Institut de Sauvegarde des Mots Menacés d'Extinction. Cet article stipule, je le cite, que « l'Institut a pour vocation fondamentale de sauver de l'oubli des mots français qui menacent de disparaître, mais l'Institut peut aussi, si son directeur, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, en décide ainsi, sauver des mots qui ne sont pas spécifiquement menacés, mais qui (Mon Dieu qu'il est long cet article !) mais qui présentent un intérêt intrinsèque et certifié, soit en raison de leur puissance sémantique, soit en raison de leur richesse paradigmatique, soit enfin en raison de leur sonorité particulièrement rigolote ». Je n'inflige donc aucune espèce d'entorse à nos règlements et usages en mettant ce matin en avant le mot « albédo ». L'albédo, nom masculin, du bas latin albedo signifiant blancheur, c'est la fraction diffusée, ou réfléchie, par un corps, de l'énergie de rayonnement incidente. Regardons la chose d'un peu plus près, en considérant un milieu physique pourvu d'une surface qui reçoit un rayonnement électromagnétique déterminé. Une partie du rayonnement incident va être réfléchie par la surface et renvoyée vers son pays d'origine. Le rapport du flux de rayonnement réfléchi sur le flux de rayonnement incident, détermine l'albédo du milieu considéré. Peu de réflexion, c'est un petit albédo ; beaucoup de réflexion, un grand albédo. On mesure l'albédo sur une échelle graduée de 0 à 1, le 0 étant, même s'il n'est que théorique, l'albédo d'un corps noir, qui ne réfléchirait rien, dont la surface serait entièrement absorbante ou transparente ; et le 1 de l'échelle, c'est l'albédo, là encore théorique, d'un miroir parfait, d'un corps entièrement réfléchissant, qui diffuse sans aucune absorption l'intégralité du rayonnement électromagnétique qu'il reçoit. Dans la pratique, un corps est perçu comme blanc dès que son albédo dépasse 0,8. A l'autre bout de l'échelle, un corps dont l'albédo est inférieur à 0,03 nous apparaît noir. Par exemple, la lave des volcans a un albédo de 0,04, le sable un albédo situé entre 0,25 et 0,30, la glace aux alentours de 0,4, la neige jusqu'à 0,9. L'albédo moyen terrestre, toutes surfaces confondues, est de 0,39. Une diminution de l'albédo terrestre est le signe certain d'un réchauffement climatique. Sauver la planète, c'est faire grimper l'albédo. Mais pas trop. Je prie l'ensemble de l'humanité de bien vouloir écouter maintenant un morceau de musique électronique, intitulé Human, et extrait d'un album intitulé, quant à lui, et comme de juste, Albedo. Human, de 1,51 à 2,21 Merci je ne sais pas trop qui. L'albédo étant un terme qui appartient au riche glossaire de la météorologie, j'en profite pour vous livrer, comme l'article 136 M m'y autorise, quelques considérations philosophiques au sujet de la météo. Je considère, et je pèse mes mots, comme une forme d'enfermement suicidaire, l'habitude d'associer systématiquement la pluie et le froid à des valeurs négatives de mort, de tristesse, ou de malheur... et d'associer symétriquement le soleil et la chaleur à des valeurs positives de vie, de joie, et de bonheur. C'est se condamner à vivre des jours maussades chaque fois que le temps n'est pas au beau fixe, et il ne l'est pas si souvent, sous nos climats tempérés. Je ne voudrais pas faire mon Bohringer, mais c'est beau la pluie, et puis l'eau c'est la vie, et puis c'est sympa, le froid, ça rapproche les gens, c'est beau la neige, et les nuages aussi c'est beau et ça fait plein de formes amusantes. Il faut cesser d'annoncer comme une bonne nouvelle indiscutable un Dimanche chaud et ensoleillé et comme un cauchemar insurmontable le même dimanche froid ou pluvieux ou les deux. Pour faire un monde harmonieux, il faut du yin ET du yang, n'est-ce pas Simone ? - Ben oui ! Il faut les deux ! - (...) Mes amis, la prochaine fois, je ne sais pas de quoi nous parlerons exactement, mais une chose est sûre : nous donnerons la parole à Simone.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......