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baraterie

5 min
À retrouver dans l'émission

"Les Belles Lettres du Professeur Rollin.com" vient de paraître chez PLON. "Les Grands Mots du Professeur Rollin" est désormais disponible en poche chez POINTS. Mes amis, Lorsqu'on entreprend, comme nous l'avons entrepris, de sauver les mots menacés d'extinction, il faut savoir mettre ses mains dans le cambouis, et porter secours « aussi » à des mots qui recouvrent de bien vilaines réalités. Nous avons, dans le passé, sauvé apoplexie, charlatan, concussion, délétère, ergastule, gougnafier, jocrisse, létal, peccamineux, pignouf, pultacé, remugle, salisson, ou stipendier... nous pouvons bien sauver « baraterie ». Ce mot, féminin comme on s'en doute, désigne la faute commise dans l'exercice de ses fonctions par le capitaine, maître, ou patron d'un navire. La baraterie est, en droit maritime, une sorte de malversation, de fraude commise par le capitaine ou par l'équipage, au préjudice soit des armateurs, soit des assureurs, et qui consiste le plus souvent à faire essuyer au bâtiment un naufrage volontaire. Cette baraterie ne prend qu'un T, et n'a rien à voir avec la baratte à beurre, qui en prend deux, T, comme son verbe baratter et son substantif le barattage. En revanche, la baraterie est cousine du baratin, et de sa famille baratiner, baratineur, et baratineuse, puisque la baraterie vient de l'ancien français barater, qui signifie « tromper ». Si un capitaine, connu par ailleurs pour être un baratineur impénitent, si ce capitaine se rend coupable de baraterie, on ne pourra pas dire qu'il n'avait pas annoncé la couleur. Il ne faudra pas venir pleurnicher ! Cette baraterie est par ailleurs l'occasion providentielle de faire le point sur la longue liste des voyous de la mer, en distinguant soigneusement corsaires, flibustiers, boucaniers et pirates. Ecoutons auparavant le groupe The Pirates nous chanter Going Back Home. Les pirates rentrent à la maison, ça va nous faire des vacances. The Pirates, Going back home, de 0,51 à 1,22 Merci les Pirates. Mais revenons à nos voyous. Un corsaire est un membre de l'équipage d'un navire civil armé, autorisé, par une lettre de course, à attaquer tout navire battant pavillon ennemi, et particulièrement les navires marchands. Le flibustier était un aventurier qui, aux XVI° et XVII° siècles, écumait les côtes et dévastait les possessions espagnoles en Amérique. Le pirate, lui, qui tire son nom d'un verbe grec signifiant « essayer», « tenter sa chance à l'aventure », - le pirate pratique la piraterie, qui a pour objet l'attaque d'une embarcation dans le but de voler son chargement, et parfois le bateau tout entier. Contrairement au corsaire, le pirate n'est muni d'aucune accréditation et agit pour son propre compte, comme le flibustier. Quant au boucanier, il est, à l'origine, un coureur des bois de Saint-Domingue qui chassait les boeufs sauvages pour en boucaner la viande. C'est par extension que le boucanier désigne un écumeur des mers, un pirate. - Mais tais toi donc ! Tu racontes n'importe quoi ! C'est de la baraterie, tout ça ! - Ah non, ce n'est pas de la « baraterie »... - Mais si ! C'est de la baraterie à l'état pur ! - Mais non ! - Mais si ! - Non : c'est du baratin, si tu veux, mais ça n'a rien à voir avec la baraterie ! - Eh ben voilà, si tu préfères, c'est du baratin. C'est une grosse tartine de baratin, ton machin ! - Eh ben oui, je préfère. Comme ça, d'accord... - Mais c'est du baratin ! - Je t'ai dit oui, Simone, on va pas y passer la nuit ! ... Mes bons amis, nous sauverons la prochaine fois le mot « voiture ». Ca n'a aucun intérêt, mais ça nous évitera des polémiques pénibles... - Mais c'est du baratin !!

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