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épiphanie

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À retrouver dans l'émission

"Les Belles Lettres du Professeur Rollin.com" vient de paraître chez PLON. "Les Grands Mots du Professeur Rollin" est désormais disponible en poche chez POINTS. Mes amis, Nous allons ci-devant décrire un splendide parcours en abyme, puisque nous allons encourager l'apparition, ou réapparition, et la manifestation, d'un mot qui signifie à la fois manifestation et apparition : il s'agit de l'épiphanie. Le plus souvent, l'épiphanie ne désigne que la manifestation de Jésus Christ aux trois Rois Mages venus l'adorer, Balthazar, Melchior et Gaspard, - et cette manifestation est célébrée chaque année par les chrétiens, le 6 Janvier, au cours d'une fête plus ou moins festive appelée Epiphanie, avec une majuscule, comme à Pâques et à Noël, autres fêtes chrétiennes plus ou moins festives. En France, la tradition veut que l'Epiphanie soit l'occasion de « tirer les rois » : une figurine est cachée dans une pâtisserie, le plus souvent une galette, même si parfois une brioche, et la personne qui trouve cette figurine dans la part de gâteau qui lui a été attribuée devient le roi de la journée. Cette figurine porte le nom de fève, tout simplement parce qu'autrefois on utilisait une authentique fève, et pourquoi une fève ? Selon de bonnes sources, parce que la fève, avec sa cosse ridée et sa forme recroquevillée, fait penser à un foetus d'homme, donc éventuellement au petit Jésus. Mais ce n'est pas cette épiphanie-là qui nous intéresse le plus, c'est l'autre, l'originale, celle qui est d'origine grecque, qui signifie, comme je l'ai dit en commençant, «manifestation» ou «apparition», et que l'on peut donc utiliser comme un nom commun ordinaire, pour parler de l'apparition ou de la manifestation naissante de... n'importe quoi. Il me semble que le champion toutes catégories de l'utilisation du mot épiphanie est le brillant philosophe Michel Onfray, qui y a recours au minimum trois fois par page... j'exagère, mais c'est pour susciter en vous l'épiphanie d'une juste indignation. Citons tout de même Michel Onfray, dans son essai pour un nietzschéisme de gauche, essai intitulé « Physiologie de Georges Palante » : « Le nietzschéen, nous dit Michel, travaille à une méthode critique, à une révolution mentale, à une épiphanie éthique ». Avant de retrouver Michel Onfray pour une autre fête de l'épiphanie, écoutons une belle chanson où il est fortement question des Rois Mages Sheila, comme les rois mages... Merci Sheila ! Comme promis, retrouvons Michel Onfray, qui nous propose, dans ses « Féeries anatomiques », cette belle description de la pulsion de mort, ponctuée d'une puissante question finale : « Là où le vivant prolifère », écrit Michel, « la pulsion de mort veut la réduction à rien de ce qui s'active. Quand de l'être se répand, elle oppose du néant. Au coeur de chacun gît cette énergie sombre, noire, mortifère, mystérieuse, car on ignore son origine. Elle génère, certes, mais qui la produit elle, qui ou quoi ? Avant la pulsion de mort, quelle condition pour son épiphanie ? » - Simone, nous allons, grâce à toi, susciter l'épiphanie d'un mot... par le truchement d'une fine charade ! - Youpi ! - Non, c'est pas ça! - Ah mais je ne proposais pas un mot, je m'exclamais... de joie : youpi ! - Ah d'accord. Donc, mon premier pousse sur la tête. - Epi ? Bosse ? Cheveu ? - Mon second précède César... - Fanny ? Sylla ? Oscar ? - Ce qui donne ? - Bosse-Sylla ? Cheveu-Oscar ? - Eh non !! - Alors ? - Epiphanie ! Tu y étais presque ! - Je l'avais sur le bout de la langue ! - Le cheveu ? - Hin hin hin... Mes amis, mes bons amis, nous remonterons de deux crans, à notre prochain rendez-vous, pour sauver l'épinochette. Qui n'a rien à voir avec le Chili, soit dit en passant.

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