LE DIRECT

foutriquet

5 min
À retrouver dans l'émission

"Les Belles Lettres du Professeur Rollin.com" vient de paraître chez PLON. "Les Grands Mots du Professeur Rollin" est désormais disponible en poche chez POINTS. Mes amis, Non, non, et non ! Il n'y a pas de place, au sein de notre Institut de Sauvegarde des Mots Menacés d'Extinction, pour les foutriquets. Notre équipe n'est composée que de gens élégants, responsables, compétents, ambitieux, performants, au physique avantageux, et portant bien, ... notre équipe dont, vous le savez, je suis le seul et unique représentant. Bref, pas de place pour les foutriquets. En revanche, le mot « foutriquet », qui tend à disparaître de nos conversations, est le bienvenu ! Un foutriquet, mot familier et péjoratif à la fois, désigne initialement une personne chétive, de petite taille... mais très vite, les considérations physiques cèdent le pas aux considérations morales et politiques, et le foutriquet désigne alors une personne insignifiante, un minus habens, un incapable, un bon à rien, un gâcheur, un pied-plat, un incompétent. En somme, tout le portrait d'Adolphe Thiers, premier président de la Troisième République, et responsable de l'écrasement de la Commune de Paris au cours de la Semaine Sanglante de 1871, Adolphe Thiers qui n'était pas bien grand il est vrai, et pas hyper compétent non plus, et que ses opposants avaient donc méchamment surnommé « foutriquet », un sobriquet dont s'empara le grand caricaturiste Honoré Daumier, qui ne se priva pas de croquer le bonhomme avec une évidente gourmandise. Napoléon III, c'était Badinguet ; Thiers, c'était Foutriquet. Mais le mot ne lui est pas réservé : nous avons tous, dans notre entourage, un bon paquet de foutriquets, de freluquets, de paltoquets. A moins que nous ne soyons nous mêmes, horresco referens, l'un des trois, ou deux des trois, voire les trois à la fois. Laissons donc Brassens nous dire tout le mal qu'il pense des foutriquets, mais surtout tout le bien qu'il pense de la femme d'Hector. Brassens, la femme d'Hector, de 3'26 à fin. Merci Georges. Il y en a un autre qui n'a pas intérêt à se vanter, c'est le marmouset. Il est plutôt plus jeune que le foutriquet, mais tout aussi insignifiant. On peut lui dire, sans complexes : « Ote toi de ma vue, pitoyable marmouset ! » De la même façon, on peut dire : « Disparais immédiatement, misérable freluquet ». On peut dire aussi, même si c'est plus difficile à articuler : « Ripe donc tes pompes, grotesque paltoquet ». On peut dire également : « Dégage de là sans tarder, lamentable foutriquet ! ». - Oui, chéri, tu as tout à fait raison, on peut dire tout ça. Toutes ces exhortations à débarrasser le plancher sont grammaticalement correctes. Mais pour pouvoir les énoncer, il manque quelque chose ! - Non ! - Si ! - Quoi donc ? - Il manque la présence d'un freluquet, d'un paltoquet, d'un marmouset, ou d'un foutriquet. Or il n'y en a pas. - Evidemment qu'il n'y en a pas, ma pauvre Simone : je viens de leur commander de vider les lieux. - C'est donc ça !... Mes amis, il est temps pour moi de m'arracher, comme disent les jeunes. Mais je reviendrai, porteur de mille trésors, et notamment du mot « godelureau », sorte de freluquet que nous n'avons eu le temps d'étudier aujourd'hui. Allez, c'est dit : je m'arrache !

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......