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gabegie

5 min
À retrouver dans l'émission

"Les Belles Lettres du Professeur Rollin.com" vient de paraître chez PLON. "Les Grands Mots du Professeur Rollin" est désormais disponible en poche chez POINTS. Mes amis, Si l'Institut de Sauvegarde des Mots Menacés d'Extinction que j'ai l'honneur de diriger d'une main ferme et d'un coeur du même métal... si cet institut omettait de sauver de l'oubli le joli mot de gabegie, c'en serait une ! Ce serait une véritable gabegie ! En d'autres termes : un gaspillage, un gâchis, avec deux accents circonflexes pour mieux gâcher. Exemple n°1: « Oh lala lala, c'est pas possible, mais quel gâchis, quelle gabegie, mes enfants ! J'en suis tout retourné ! » Exemple n°2 : « Oh lala lala ! ». Je suis bien conscient que le mot gabegie ne figure pas, stricto sensu, dans l'exemple n°2, c'est qu'il y est lourdement sous entendu, comme en témoigne l'intense dépit mâtiné d'indignation qu'exhale l'interjection « Oh lala lala »... Soyons précis, à présent : une gabegie, selon Robert, est un désordre résultant d'une mauvaise administration ou gestion. Selon Larousse, c'est un désordre, un gaspillage, provenant d'une gestion défectueuse ou malhonnête. Les deux dictionnaires sont à peu près d'accord sur le sens, et ils le sont davantage encore sur la manière d'encadrer cette gabegie : entre le « gabbro », avec deux B, roche éruptive grenue à pyroxène, et la gabelle, avec deux L, impôt indirect sur le sel. La gabelle qui a donné le gabelou, autre nom du douanier, grand ennemi de tous les passe-droits, de toutes les combines louches, de toutes les gabegies. En théorie, à tout le moins. Le mot, c'est une chose, la réalité décrite par le mot en est une autre, plus dramatique encore. Imaginons une PME. Une petite entreprise en difficulté. Les commandes sont rares. Elles arrivent, pourtant. Par téléphone. Mais, pour cause de désordre interne, personne ne répond. C'est la gabegie. Gaston, de 0,55 à 1,12 Le standardiste, le fameux Gaston, est rappelé à l'ordre. S'il ne décroche pas lorsque les rares clients appellent, l'entreprise court à la faillite. On le lui dit. Mais Gaston ne change rien à son comportement. La gabegie redouble de gravité. Gaston, idem. Manifestement, Nino aura beau s'égosiller, le père Gaston va persévérer dans sa tragique négligence. Une dernière chance ? Un gros client au bout du fil ? Gaston, idem. Peine perdue. La gabegie est consommée. - Simone, qu'est ce que tu dis de cette situation ? - Je dis que c'est une épouvantable gabegie. - Parce que ? - Parce qu'il suffirait que Gaston décroche le téléfon, lorsque le téléfon son, et que Gaston, distrait par je ne sais quelle sorte d'attraction sans véritable intérêt, s'entête à ne pas décrocher. Il y a un gros client au bout du fil... gros client, gros contrat... l'occasion pour cette PME en péril de sauver sa peau, il suffirait que Gaston « se bouge un peu les fesses », comme on dit vulgairement... mais je t'en fiche... Gaston a la tête ailleurs... le téléfon son, son, son, et Gaston reste sans réaction. La gabegie ! - J'avoue que... ça fait de la peine... un seul geste de Gaston, et tout serait repeuplé... et Gaston... non ? Vraiment non ? Gaston, idem. Bien. Je n'insiste pas. La prochaine fois, mes amis, nous sauverons le verbe serfouir. Si toutefois Gaston fait l'effort de répondre... Ca vaudrait le coup, pour serfouir...

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