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hourvari

5 min
À retrouver dans l'émission

Le livre "Les grands mots du Professeur Rollin" est disponible chez PLON. Mes chers homoglottes, Nous avons besoin de grand air - en tout cas moi j'en ai bien besoin, car l'atmosphère est confinée dans nos bureaux du Centre de Sauvetage des Mots Menacés d'Extinction - secourons donc toutes affaires cessantes un mot qui se fait désormais aussi rare que la discipline qui l'a engendré : le hourvari. Le hourvari est un mot de la vénerie, la grande ou la petite, qui désigne le cri des chasseurs pour ramener des chiens tombés en défaut, c'est à dire des chiens courants qui font fausse route. Par extension, un hourvari, avec un h bien aspiré, ou des hourvaris, avec des haches très inspirées, désigne toute sorte de vacarme, de grand tumulte. Le dictionnaire Robert cite Gobineau, Joseph Arthur, comte de Gobineau, né à Ville d'Avray en 1816 et mort à Turin en 1882, un auteur injustement mis à l'index, en raison du très mauvais usage que fit un certain Adolf Hitler de son « Essai sur l'inégalité des races humaines ». Et Gobineau écrit : « Ce fut un hourvari, un tourbillon, une mêlée, un éclair ». On en frémit. Mais revenons à nos cerfs et à nos chevreuils, pour remarquer que, dans son sens le plus ancien, le hourvari est « la ruse d'une bête de chasse » qui, en revenant sur sa voie, trompe les chiens de la meute. D'où la nécessité de rappeler les chiens, ce que fait le petit ou le grand veneur en criant : "Hourvari !". Parenthèse inutile : selon un chasseur alcoolique de ma connaissance, quelques chiens récalcitrants ont eu, par le passé, l'idée de détourner le fameux distique de François 1°, en rétorquant, non pas « Souvent femme varie », mais : « On nous crie hourvari, bien fol est qui s'y fie ». Fermons la parenthèse. La vénerie, l'art de chasser avec des chiens courants, la vénerie, qui porte l'accent grave ou l'accent aigu à votre libre choix, la vénerie, donc, est riche d'un abondant jargon, dont seuls quelques mots, malheureusement, subsistent dans le langage courant, à l'instar du taïaut, avec un i tréma ou avec un y, le taïaut : terme que l'on emploie lorsqu'on voit l'animal de chasse par corps, à la chasse au cerf, au daim ou au chevreuil. Attention : pour le sanglier et le loup, on ne crie pas taïaut, on crie vlo-o. Dans tous les cas, avant de commencer à crier tayaut, hourvari, ou vlo-o, on sonne la marche de la vénerie. Celle-ci : (...) Merci de tout cor. Autre mot de vénerie encore en usage : l'hallali, cri de chasse annonçant que l'animal est aux abois. Il y a l'hallali courant, l'hallali sur pied en courant, et enfin, lorsque l'animal est tombé, on sonne l'hallali par terre, comme au Japon. L'hallali, c'est la fin des haricots, surtout quand l'animal blessé se couche lourdement sur les fragiles plants de haricots. Le lexique de la vénerie nous rappelle encore un mot plein de potentiel : la mouée. La mouée, c'est la soupe des chiens courants. Laquelle mouée permet de perfectionner la blague bien connue : - « Il est tatoué, ce chien ? » - « Un peu, qu'il est à moué ! »... ... la perfectionner de la façon suivante: - « Et ça, c'est à moué ? » - « Non, ça c'est pas t'à toué, et c'est pas ma mouée non plus, ça c'est la mouée du chien ». - Attention Simone, voilà le cerf ! - Taïaut taïaut taïaut ! - Et voilà le sanglier ! - Taïaut taïaut taïaut ! - Non, Simone, le sanglier ! - Autant pour moi. Vlo-o vlo-o vlo-o... - J'ai failli me fâcher ! - Embrasse-moi ! Mes bons vieux homoglottes, nous étudierons très bientôt le cri par lequel le valet de limier réchauffe l'ardeur de son chien, à savoir, en cinq mots : HO ! LO ! LO LO LOO !

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