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Pepisefoga : Additions de génies

5 min
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  • Simone ? - Oui ? - Tu m'as posé une question la nuit dernière... je crois que je t'ai un peu envoyé promener... - Ah ça oui ! C'est le moins qu'on puisse dire ! Tu m'as répondu, textuellement : « Simone, il est quatre heures du matin, je dors, ou plutôt j'essaye de dormir, fiche moi donc une paix royale, nous verrons tout cela quand il fera jour ». - C'est pour ça que je t'en parle maintenant : il fait jour ! Alors... quelle était ta question ? - Non, laisse, je ne vais pas t'embêter avec ça... - A quatre heures du matin, tu m'embêtes, mais maintenant, il n'y a pas de problème. Repose moi ta question, je te le demande comme un service. - A ce compte-là, d'accord. Ma question est : peut-on additionner les génies ? - Tu veux dire : est-ce que « un génie » plus « un autre génie », ça donne un super génie ? - Voilà. C'est ma question. - Non. - Quoi non ? - C'est ma réponse. - Ca ne s'additionne pas ? - Non. De même que si tu fais deux fois, immédiatement consécutives, le plein d'essence dans ta voiture, ça ne fait pas un double plein. Quand c'est plein, il n'y a pas de place pour rajouter quoi que ce soit. Le deuxième plein est une vue de l'esprit. C'est un plein virtuel, ce deuxième plein, qui consiste à remplir quelque chose qui est déjà plein. - Et donc... en ce qui concerne les génies ? - Un génie, c'est déjà plein. Il est déjà à 100%. Si tu essayes d'en rajouter, ça déborde, ça coule sur la route et ça s'évapore. - Un exemple concret. - Facile. Tu prends Goethe. Johann Wolfgang von Goethe. Il est plein. Il est au taquet, comme disent les anciens jeunes. Tu lui rajoutes Balzac. Ou plutôt tu essayes de lui rajouter du Balzac. Ca ne rentre pas. Le Balzac coule par terre, et il s'évapore. - Merde alors ! - Tu tentes maintenant l'opération inverse. Tu prends Balzac. C'est un génie total. Son génie, extensible comme un gaz, remplit tout l'espace disponible. Tu prends donc Balzac, tu le fixes solidement à un plot en béton. - Sur un parking ? Dans le jardin ? - Sur un parking, on sera plus tranquilles. Donc tu fixes Honoré, bien soigneusement et sans l'abîmer, et tu commences à essayer de lui rajouter du Goethe. Par exemple les souffrances du jeune Werther... ou même non ! moins que ça, tu essayes juste de rajouter Le Roi des Aulnes. Tu essayes de le tasser entre le Père Goriot et la Cousine Bette. Devine ce qui advient... - Le Goethe ne rentre pas, il coule par terre sur le parking, et il s'évapore. - Exact. Conclusion ? - Conclusion : les génies ne s'additionnent pas. Mais... - Tu doutes encore ? - Non non. - Alors que signifie ton « mais » ? - Je voulais dire « Mais... il reste une question ». - Laquelle ? - Est-ce qu'ils se retranchent ? - Comment ? - Est-ce que les génies se retranchent ? - En cas d'invasion barbare, oui. - Où se retranchent-ils ? - A l'intérieur d'eux mêmes. - Fortiche ! Très fortiche !... Super fortiche !
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