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Pepisefoga : Amour génial

5 min
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  • Crois-tu, Simone, que les génies ont des problèmes de coeur ? - Sans aucun doute : regarde Pierre Albarran et Robert de Nexon, deux grands génies du bridge... combien de fois ils ont tenté une impasse à coeur qui a lamentablement échoué !!... - Non, Simone, je ne suis pas d'humeur à plaisanter. Je suis vraiment préoccupé par ces deux questions : « les génies sont-ils capables d'amour », et « peut-on éprouver de l'amour pour un génie ? »... Par exemple : Antonin Artaud a-t-il aimé, et quelqu'un a-t-il ou a-t-elle aimé Antonin Artaud ? - Ah ! On parle sérieusement, donc... Ecoute... pour Artaud, on sait que dans sa jeunesse il a beaucoup aimé les femmes, et que les femmes le lui ont bien rendu. Et puis au fil des années, l'aventure intellectuelle, poétique et théâtrale, a commencé de prendre toute la place... la vie amoureuse d'Artaud est devenue essentiellement cérébrale et platonique... - Ainsi, quand il est parti, à l'âge de 52 ans, le verbe avait pris le pas sur la chair ? - Oui. On peut même se demander si, pour pouvoir accomplir une vie intellectuelle d'une telle densité et d'une telle fulgurance, Artaud n'a pas fait, plus ou moins volontairement, le sacrifice des aventures exaltantes de l'amour. Ce qu'il n'a pas donné aux femmes, c'est à nous qu'il l'a donné. Et il ne nous aurait pas donné tant s'il avait pris le temps d'aimer. - De là à en faire une généralité... - ... il y a un pas que je me garderais bien de franchir !!! Victor Hugo a aimé Adèle Foucher, j'en mettrais ma main à couper, et surtout, pardon pour Adèle, il a aimé Juliette Drouet, et Juliette Drouet l'a aimé. Plusieurs milliers de lettres, entre 1833 et 1883, en témoignent avec fièvre. Et pendant tout ce temps, rien du génie hugolien ne s'éteint. Il faut donc que l'on puisse aimer génialement. - Et Tchaïkowski ? - Tu veux savoir si c'était un génie ? - Non. Ca, ça me semble établi. Mais s'il a aimé ? - Doublement, semble-t-il. Il a aimé des femmes, et des hommes. Confusément, c'est le cas de le dire. Et en retour, il a été aimé, aimé d'amour, indubitablement, et par des hommes, et par des femmes. C'est lui que nous entendons, d'ailleurs ? - Oui. La valse du Lac des Cygnes. Et sinon - je tire le fil de ma réflexion - , sinon, Paul Léautaud ? - Il n'aimait pas grand monde, si on l'en croit, mais jusqu'à quel point ? - Les poètes sont tellement menteurs ! Que savoir de la vie amoureuse de Paul Verlaine, de René Char, de Francis Ponge, de Federico Garcia Lorca, de Rainer Maria Rilke, de Charles Baudelaire... - Oui, la liste est longue et c'est pourquoi je t'arrête. Est-ce que somme toute on ne s'en fout pas complètement, à la lecture de leurs oeuvres, de savoir s'ils aimèrent ou furent aimés... trop, mal, mieux, plus, peu, ou pire ? - On devrait s'en foutre, certainement... - Ca n'interdit pas une forme de gourmandise pour la petite histoire... mais chaque fois qu'il est question de génie, c'est l'oeuvre qui nous touche et doit nous toucher ... - Quelle sagesse que la tienne, Simone... - C'est que je suis amoureuse ! - De qui ? - De Raoul Dufy. - Voilà autre chose ! On en parle une prochaine fois ? - Promis !
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