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Pepisefoga : Balzac chagrin

5 min
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  • Tu vois, Simone, à chaque fois que la littérature française m'a déçu, et c'est arrivé relativement souvent ces dernières années, à chaque fois c'est Balzac qui m'a réconcilié avec elle. - Balzac ? Mais pourquoi pas Sartre, Flaubert, Camus, Proust, Genet, Kessel, Bazin, Maupassant, Mauriac, Hugo, Zola, Voltaire, Dumas, Tournier, Giono, Stendhal ou Vian ? - Pourquoi pas, en effet. Cette seule énumération vient de me donner de violentes envies de lecture, que je vais assouvir pas plus tard que la nuit prochaine. Mais selon moi, le grand génie du roman, la valeur sûre, l'étalon incontestable, c'est Balzac... Honoré Balzac, dit Honoré de Balzac, né à Tours le premier prairial an VII. - A quoi ça te sert de savoir qu'il est né à Tours ? - Ca me sert à me calmer... car, comme Balzac l'a écrit dans la Peau de Chagrin, « Vouloir nous brûle, pouvoir nous détruit; mais savoir laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme ». - Ah oui, la Peau de Chagrin ! Je connais cette histoire, et je n'y crois pas une seconde. Et pour commencer, de quel chagrin s'agit-il, au juste. - Le chagrin, Simone, c'est un cuir de chèvre que l'on utilise notamment en reliure, et qu'on a baptisé « cuir chagrin ». Mais dans le roman de Balzac, cette peau de chagrin est en réalité une peau d'onagre... - Nous voilà bien avancés ! - J'arrive ! L'onagre, quand ce n'est pas la jolie plante bisannuelle à fleurs jaunes originaire d'Amérique du Nord, l'onagre est un âne sauvage. On en trouve en Inde, surtout. Mais il faut bien chercher quand même. - Admettons. Il n'en reste pas moins que cette histoire est totalement invraisemblable. Un morceau de peau de bête qui a le pouvoir d'exaucer tous les désirs, qui rétrécit comme par enchantement à chaque désir exaucé, et qui raccourcit du même coup la vie de son propriétaire... pardon, mais c'est du grand n'importe quoi ! - Mais personne ne te dit que c'est vrai, Simone. La peau de chagrin est un symbole, il s'agit d'un roman métaphorique. - Ah bon ? (...) Alors comme ça, d'accord. (...) Un roman comment, tu dis ? - Métaphorique. - Voilà... Eh ben disons que comme ça d'accord. Et... pour ceux qui n'auraient pas le temps, ou le courage, de le lire en entier, ce génial roman métaphorique ? - Alors je leur conseille de dévorer en priorité les quelques pages de description du capharnaüm de l'antiquaire chez lequel Raphaël va trouver la fameuse peau de chagrin éponyme. C'est donc plutôt au début du livre, juste après que le héros a momentanément renoncé à se suicider, et c'est un monument de la littérature. Même Victor Hugo dans les Travailleurs de la Mer n'a pas fait si bien ! - Et... pour ceux qui n'ont pas « du tout » le courage de lire... tu ne pourrais pas nous en citer quelques fragments, de ce passage remarquable ? - Là, Simone, tu pousses un peu loin la paresse ! Réduire un chef d'oeuvre de la littérature à l'audition d'un morceau d'une partie d'un petit bout, c'est un peu gonflé ! - Et alors ? On est en République, non ? Chacun consomme les chefs d'oeuvre comme il l'entend ! - Tout à fait, Simone : comme il l'entend, ou comme il ne l'entend pas...
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