LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Pepsifoga : Radotage

5 min
À retrouver dans l'émission

  • Vois-tu, Simone, ce qui me préoccupe au plus haut point, dans le sympathique système de petites conversations piquantes dont nous avons pris l'habitude toi et moi, ce qui me préoccupe, c'est la douloureuse perspective de me répéter. - Eh bien j'ose dire que l'affaire n'est pas trop mal engagée... dans la mesure où ce que tu viens de me dire là, tu ne me l'as jamais dit auparavant. Tu n'es donc pas en train de te répéter, et je pense que nous pouvons nous en réjouir tout à loisir. En revanche, je me permets d'attirer ton attention sur le fait que, si d'aventure tu exprimais à nouveau cette crainte de te répéter, et surtout si tu l'exprimais dans les mêmes termes, alors tu serais enfermé dans le piège que tu viens de décrire très brillamment, à savoir le piège, le « redoutable » piège, de la répétition. - Tu fais bien, Simone, d'actionner ce signal d'alarme. Certes, je ne suis pas encore gâteux, et je n'ai pas pour habitude, me semble-t-il, de radoter, mais il est de fait, néanmoins, que cette hantise de la répétition me tarabuste à un point tel que je pourrais, si tout à coup les circonstances avaient la malice de m'y pousser, me laisser happer par la tentation de formuler à nouveau cette désormais fameuse crainte de me répéter. - ... et ce faisant, « affreux paradoxe », tu justifierais ta légitime crainte... dont on ne pouvait être certain qu'elle fût légitime, jusqu'au moment où, glissant sur une peau de banane sémantique, tu lui auras, par une manière de coupable inadvertance, conféré sa pleine et entière légitimité. - Je comprends bien, Simone, et cependant, si effrayante que soit la perspective que tu viens de dessiner, j'ai envie de dire que nous n'en sommes pas là. J'ai exprimé, en ouverture de notre conversation, la crainte de me répéter, mais j'ai bien pris garde de ne pas revenir sur le sujet, excepté incidemment, au moment où tu m'as toi même mis en garde contre le risque d'y revenir. - C'est tout à fait exact. Je ne saurais pas dire si c'est ta propre vigilance ou bien si ce sont mes mises en garde personnelles qui t'ont permis d'éviter l'écueil fatal, mais le fait est que tu l'as évité, jusqu'à plus ample informé. - Voilà qui est bien résumé. Subséquemment, et fort du susdit constat, je me remémore avec plaisir tes mots de tout à l'heure. Nous n'étions pas tombés dans le piège, disais-tu, et nous pouvions, je crois te citer avec exactitude, « nous en réjouir tout à loisir ». C'est bien cela ? - Sans nul doute. C'est ce que j'ai voulu dire, et, manifestement, c'est ce que j'ai dit. - A la bonne heure ! Et dès lors, qu'est ce qui nous empêche, veux-tu me le dire, de nous jeter à corps perdus et toutes affaires cessantes dans cette roborative activité consistant à nous réjouir tout à loisir ? - Rien. - Pardon ? - Rien. Rien ne nous en empêche. J'ai d'ailleurs déjà commencé. Pas toi ? - Si. Moi aussi. Voilà déjà trois secondes que j'ai entrepris de me réjouir sans restriction, et je me réjouis d'apprendre que tu es toi aussi en phase de réjouissance. - C'est génial, la vie, non ? Il suffit de si peu de choses pour basculer des angoisses les plus ténébreuses aux plus exquises jubilations. - Tout à fait. - Comment ? - Je dis : tout à fait.
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......