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purpurin et incarnat

5 min
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Mes chers homoglottes, Vous vous souvenez certainement que Verlaine, Paul, ne voulait pas la couleur, il ne voulait rien que la nuance, car, disait-il dans son inimitable jargon, « la nuance seule fiance le rêve au rêve et la flûte au cor ». Admettons ! Et dans la même foulée, faisons plaisir à Verlaine, en ne sauvant pas aujourd'hui le rouge, qui n'est d'ailleurs en rien menacé, mais quelques nuances du rouge, en tête desquelles j'ai placé, avec tout l'arbitraire dont je suis capable, le purpurin et l'incarnat. Le rouge purpurin, dont un jeu de mots aussi irrésistible que répandu rappelle qu'il est sans rapport avec un engrais naturel tout à fait naturel... le rouge purpurin, qu'on n'utilise plus guère que pour qualifier des lèvres purpurines... le rouge purpurin, c'est tout simplement le pourpre, cette couleur rouge foncé tirant sur le violet... la même définition, soit dit en passant, que l'on donne au rouge « bordeaux ». C'est ensuite par manière de plaisanterie ou, plus rarement, dans l'univers poétique, que l'on transforme le pourpre en purpurin. Et puis le rouge incarnat, au féminin incarnate : c'est un rouge-rose clair et vif, proche de la couleur de la chair, comme son nom l'indique si bien. Mais, arrivés là, nous serions injustes en ne citant pas le rouge d'alizarine, qui est un rouge soutenu ; le rouge de Mars également appelé rouge anglais, un rouge légèrement rosé ; le rouge d'aniline, joli rouge vif ; le rouge Andrinople ou rouge turc, qui est un rouge qualifié de profond ; le rouge queue-de-renard, alias passe-velours, alias amarante, que l'on définit comme un rouge bordeaux velouté. Et puis les nuances brique, carmin, grenat, tomette, nacarat, écarlate, ou encore garance, la couleur des pantalons militaires français en 1914. Le rouge a plus d'une corde à sa lyre, comme nous le chante le souriant San Severino... Rouge, San Severino, de 0,13 à 0,44 Merci gamin... On me signale par téléphone que nous n'avons pas nommé le vermeil, rouge plus foncé que l'incarnat ; le rouge Bismarck, de nuance rouge-brun ; le rouge cardinal, rouge soutenu de la robe des cardinaux, ni l'élémentaire rouge vermillon appelé aussi cinabre. Entreprenons, avec Simone, de rougir encore un peu le paysage, grâce à l'exquise gamme des rouges métaphoriques... - Simone, commençons par quelques fruits... - Très bien. Citons donc le rouge cerise, le rouge fraise, le rouge groseille, le rouge framboise, et le rouge tomate... - ... couleur de la tomate mûre, cela va sans dire. A boire, maintenant ? - Oui, le rouge grenadine, un rouge associé à une forme de transparence ; le rouge bordeaux, tirant sur le violet, et le rouge bourgogne, tirant sur le brun. Je ne parle pas du rouge lie-de-vin, ça ne se boit pas. - A manger ? - Le rouge écrevisse, qui évoque l'écrevisse quand elle est cuite et pas avant ; et puis pour les vampires, le rouge sang... un peu différent du rouge sang de boeuf, qui est un « rouge sang tirant sur le marron ». - A sentir ? - J'ai ça aussi en magasin : le rouge feu, qui est la couleur des braises et non des flammes ; le rouge capucine, lumineux et très légèrement orangé ; et le rouge ponceau ou rouge coquelicot, un rouge soutenu à profond. - Tu es bien savante, Simone ! - Moi ? Non... - Ah ! Tu as rougi !!! Mes chers homoglottes, nous avons parlé des bleus, en sauvant l'adjectif contus, nous avons parlé des rouges, avec l'adjectif purpurin, la prochaine fois nous parlerons des verts : vers à soie, verres à pied, Graves de Vayres, vert-de-gris... il sera bien temps de faire le tri sur place.

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