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STIPENDIER

5 min
À retrouver dans l'émission

Mes chers compatriotes, Notre institut de sauvegarde des mots menacés d'extinction est un organisme indépendant, et cela ne plaît pas à tout le monde. Aussi a-t-on plusieurs fois tenté de nous corrompre, en nous proposant des sommes d'argent faramineuses, qui s'écrit indifféremment avec un f ou avec ph, pour assurer la sauvegarde de tel ou tel mot qu'en notre âme et conscience nous jugions indigne de notre sollicitude. Nous avons refusé systématiquement de céder à ces pressions scandaleuses, sauf lorsque le niveau du faramineux dépassait cent euros, nous disons bien cent t euros, et non pas cen h euros et encore moins cent z euros, ... ce qui fut le cas cette semaine en ce qui concerne le verbe stipendier et son participe passé pris comme adjectif stipendié, pour la défense desquels un correspondant mystérieux vêtu d'un jean et d'un manteau nous a offert 134,80 euros, sous le manteau. Par commodité, la somme avait été placée dans un pot de vin cacheté à la cire de plante cérifère, adjectif qualifiant une plante dont certaines glandes secrètent de la cire, comme le myrica cerifera qu'on appelle aussi arbre à cire, étant bien entendu que cérifère a le même sens que l'adjectif cirier, au féminin cirière, et qu'il ne faut pas le confondre avec séricigène, qui s'écrit non plus avec un c mais avec un s, au début tout du moins, et signifiant qui produit de la soie et non de la cire, et allez donc cacheter un pot de vin avec de la soie, fermons la parenthèse. Stipendier, c'est tout simplement corrompre pour de l'argent, et c'était pire dans un sens plus ancien, payer pour une besogne méprisable, ignoble. Dans un sens plus ancien, tenant compte de cette dimension ignoble et méprisable, nous ne nous serions pas laissé stipendier, nous ne fûmes pas devenus, je vous remercie moi non plus je ne fume pas, nous ne fûmes pas devenus les stipendiés de l'étrange bonhomme dont je vous parlais tout à l'heure, et si je vous ai précisé qu'il était vêtu d'un jean, c'était pour vous amener avec douceur à ne plus confondre les deux assertions complémentaires que voici : je me méfie de stipendier, et je me méfie de c'type en jean. Les stipendiés ne sont jamais bien loin des affidés, dont nous avons parlé ici même, sachant que les stipendiés agissent pour une solde, même en dehors de la période des soldes, alors que les affidés sont prêts à agir gratuitement, ce qui est assez ridicule quand il suffit d'un geste sous le manteau pour devenir un bon stipendié bien faramineux, ce qui nous ramène dans le voisinage des concussionnaires, également traités ici, avec le plus grand mépris cela va sans dire. Mais je parle, je parle, et j'allais oublier de vous présenter une saynète hypermoderne visant à susciter en chacun d'entre vous le désir d'utiliser au moins une fois tous les cinq ans le verbe stipendier. - Simone, qu'est ce que tu fais ? - J'essuie les verres ! - Au fond du café ? - Non, au fond de la cuisine. - Note qu'il vaut mieux essuyer les verres qu'essuyer une rebuffade, une tempête, les plâtres ou un échec cuisant... - Oui, chéri, je le note. Et sinon ? - Sinon quoi ? - Tu voulais me demander quoi ? - Comment ça ? - Ben, si tu es venu me voir jusqu'au fond de la cuisine, c'est bien que tu voulais me demander quelque chose ! - Oui, en effet, probablement... - Alors quoi donc ? - Ah oui, ça me revient ! Je voulais te demander si tu ne voyais pas d'inconvénient à ce que nous remettions à plus tard la conversation que nous avions projetée d'avoir toi et moi sur le thème des différents usages courants et/ou commodes du verbe stipendier. - Pas de problème ! De toute façon je ne me sentais pas très stipendieuse ce soir... - Ca existe, ça, stipendieuse ? - Prends un verre et embrasse moi... Voilà. Mes chers compatriotes, et je m'adresse là plus particulièrement aux plus incorruptibles d'entre vous, la prochaine fois, nous sauverons le mot nagaïka, qui désigne le fouet de cuir des cosaques, et qui est menacé par la disparition des cosaques, du cuir, et des fouets.

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