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Louis Aragon et Elsa Triolet, le 1er janvier 1946

Louis Aragon (4/10) : L'amoureux engagé

22 min
À retrouver dans l'émission

Au cours de ce quatrième entretien, Louis Aragon évoque Elsa, Elsa Triolet, la femme de sa vie comme celle de ces œuvres. Celle au travers de laquelle on croit parfois voir une allégorie de la France. L'écrivain raconte ensuite comment le mysticisme de l'islam s'est mêlé au "Fou d'Elsa".

Louis Aragon et Elsa Triolet, le 1er janvier 1946
Louis Aragon et Elsa Triolet, le 1er janvier 1946 Crédits : Ralph Morse - Getty

Malgré l'importance de son engagement, Louis Aragon se défend, dans ses poèmes de la Résistance, d'invoquer le nom d'Elsa pour parler de la France. Car on perçoit parfois à tort dans ses écrits poétiques des allégories qui n'en sont pas. Tout simplement parce qu'Aragon n'en avait pas la nécessité.  

Quand je parle de la France, j'ai l'habitude de l'appeler par son nom. Et sans doute qu'un certain nombre de gens ont pu croire à l'époque que c'était à la réalité nationale que l'allusion était faite, avec "Elsa". Mais du temps de Pétain, il n'était pas du tout besoin de contrebande dans ce domaine. Le mot "France" avait des significations, un contenu différent, suivant qui le prononçait. La censure ne m'aurait pas coupé pour avoir employé le mot "France". Seulement, je n'avais pas le même point de vue de la France que la censure de Vichy. 

Si mentionner la France ne pose pas de problème à l'écrivain, il avoue néanmoins que la lecture de ses vers pour la Résistance par le général De Gaulle, à Alger en 1943, a éveillé en lui un certain trouble. Trouble lié à son action contre Vichy et qui pouvait lui causer du tort, voire présenter un risque.  

C'est un poème que je n'ai pas écouté sans une certaine gêne lorsqu'il a été lu à la radio d'Alger par le général de Gaulle. Pour des raisons de sécurité, bien sûr, mais que cependant on a publié à l'époque et qui s'appelait "Plus belle que les larmes". C'était en réalité une réponse à Drieu La Rochelle, qui avait dans la presse parisienne écrit un article qui avait le caractère de dénonciation contre moi, et à la suite duquel d'ailleurs j'ai eu quelques ennuis dans le midi.

Louis Aragon profite de mentionner un poème qui nommait la France pour finalement évoquer Elsa Triolet, son épouse. Il explique en quoi elle aussi est explicitement désignée dans ses écrits. Un choix qu'il fit progressivement, au fil de la construction de son œuvre et de la notoriété grandissante de la relation qui les liait. "Elsa" n'est jamais une façon de dire autre chose, pour le poète.  

Quand je disais "Elsa", il va sans dire qu'il s'agissait d'une personne liée à ma vie et que tout le monde connaît, et pas de quelqu'un d'autre.  Pourquoi aurais-je emprunté son nom pour parler d'autre chose? C'est même pour moi totalement inexplicable. Et si la question a pu se poser au moment du "Cantique à Elsa", ou "Des yeux d'Elsa", publié en 1943, par la suite, j'ai été si étonné de cette interprétation. Quand je suis revenu à la charge un certain nombre de fois dans mes poèmes, j'ai à plusieurs reprises nommé Elsa et expliqué de quoi et de qui je parlais. Mais finalement, dans la fin des années 1950, j'ai publié un grand poème qui s'appelle "Elsa". Et il s'agit bien, non seulement de la femme de toute ma vie, mais aussi d'une femme professionnellement située. Je parle des livres qu'elle écrit. La réalité dans mes poèmes ne laisse de côté aucune de ces choses. L'équivoque n'est pas possible, depuis longtemps maintenant. 

Au cours de cet entretien, il est toujours question du recueil de poésie Le Fou d'Elsa. Une œuvre où la poésie et la mystique arabe se mêlent. Ce qu'Aragon revendique. Il raconte ainsi, en se référent à la pensée d'un poète arabe des XIIe-XIIIe siècles, Ibn Arabi, en quoi la poésie remet du sens dans la mystique, en faisant de l'adresse à Dieu une invocation de la femme aimée.  

Un des plus grands mystiques arabes, Ibn Arabi, a dit : "Un être n'aime, en réalité, personne d'autre que son créateur." Personnellement, je connais qui j'aime, je ne connais pas mon créateur. Pour interpréter donc, d'une façon conforme à la réalité, la pensée d'Ibn Arabi, ne faudrait-il pas renverser la proposition et dire "Qui j'aime, me crée" ? Ceci est la proposition mystique remise sur ses pieds. C'est la définition du rôle même de la femme. L'explication de l'attitude du fou qui lui, à Grenade, est taxé d'idolâtrie. Les paroles adressées à Dieu s'adressent dans ces conditions, naturellement, à la femme aimée.   

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